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n°13
CE
Interview croisée LUB NTREPRENDRE
Nous essayons de parvenir à n’est plus celui qui dirige, d’un client, qui est content sont assurément des bos- n’a pas entrainé une révolu- trice et intéressante. Enfin,
un turn-over nul dans l’en- mais celui qui guide, qui et qui nous le dit. Nous tra- seurs. Une région également tion dans l’entreprise car je pense que les écoles de-
treprise, ce qui est la preuve anime, qui donne un cadre, vaillons beaucoup sur la ré- très bien située en Europe, l’équipe ne totalise que 26 vraient former les jeunes très
que les salariés sont heureux tout en s’assurant de la qualité currence, et la fidélisation où le tissu des écoles (com- salariés et est plutôt jeune. tôt au goût de l’entrepreneu-
et est le plus profitable. Et de la production commune. est primordiale. Ces gros merce, ingénieur, informa- Je ne prétends pas que cette riat.
pour les remercier de leur Ce mode de management est clients dont nous sommes tique, design) est le meilleur méthode est efficace mais je PJ : Honnêtement ? Quand
implication, nous avons mis plus compliqué pour le chef fiers, il faut être capable de terreau pour créer sa boîte. trouve que nous vivons plutôt on entreprend en France, on
en place un système d’inté- d’entreprise qui perd là un les garder. C’est un sacré Cette région a la chance de bien avec.
ne devrait pas être surpris de
ressement plutôt généreux.
peu de son pouvoir, un peu
challenge !
compter de grandes familles le faire dans un environne-
PJ :
d’entrepreneurs comme la Ma plus grande fierté ment aussi contraint. On le
famille Mulliez (Auchan, est de constater la symbiose sait, mais il existe des solu-
Décathlon, Leroy Merlin, qui s’est créée entre l’entre- tions ! En revanche la frilosité
Norauto...) qui a créé des prise, sa force de vente et actuelle des banques est un
réseaux dans le seul but d’ai- ses clients. Nous avons réussi vrai sujet. Le système devrait
der les jeunes créateurs. Le à créer de la passion, du plai- permettre aux banques de
Réseau Entreprendre par sir et de la convivialité autour proximité d’avoir des budgets
exemple nous a beaucoup de ce loisir qu’est la cuisine. de démarrage en entreprise.
aidés et je tiens à les remer- Qu’il y ait de la satisfaction Savez-vous que dans une
cier. Vivre et entreprendre à ou de l’insatisfaction, elle banque un projet est validé
Lille est devenu rapidement sera traitée, gérée à travers –oupas–parleseulbiais
une évidence.
un échange privilégié. Chez d’un questionnaire informa-
nous, nos clients ne sont pas tique ? C’est scandaleux !
PJ : C’est vrai, Lille est une
des numéros. Je suis fier de L’image que j’avais du
dire que je ne pense pas avoir
des clients indifférents.
Nord était affreuse.
Comment aider les créa- Pourtant, j’ai trouvé
teurs d’entreprise au-
jourd’hui ? Que change-
riez-vous en priorité au une région accueillante,
système ?
bien située en Europe
BK : Aujourd’hui, le vrai
problème reste le financement
avec des familles malgré tous les dispositifs.
Je remarque beaucoup de
d’entrepreneurs modèles projets intéressants autour de
moi qui ne voient pas le jour
parce que les banques ne
jouent pas le jeu. Aujourd’hui,
Blaise Kremer
le principal ennemi de la
création d’entreprise reste la
On n’arrête pas de nous dire vraie terre d’entrepreneurs.
qu’il y a de l’argent dans les Mais n’oublions pas qu’il
banques, que l’argent ne coûte existe d’autres villes tout
rien, mais dans les fait que aussi dynamiques comme
se passe-t-il ? En France, il Lyon et Strasbourg. Avec un Patrice Jacquelin
y a beaucoup de bonnes idées, peu de provocation, je dirais
des jeunes créateurs pleins que Lille a tenu son rang,
d’enthousiasme mais hélas comme d’autres régions de
Directeur général de Guy Demarle, 26 salariés, leader de la vente directe
France. Ml’argent reste le nerf de la de produits, accessoires et ateliers culinaires. L'inventeur du moule souple en silicone Flexipan, fort de ses 3500 vendeurs à domicile (VDI) ais heureusement
qu’elle l’a fait sinon elle au- guerre ! Alors, nous passons en France, prévoit de réaliser un chiffre d’affaires de
.
rait décroché ! Tout ce qui a à côté d’échecs, mais aussi 30 millions d’euros en 2014.
été fait en ce sens (les pôles et surtout à côté de belles
© Barbara Grossmann
peur du risque. Il existe des de compétitivité, d’excel- réussites.
dispositifs d’encouragement lence, etc.) était nécessaire.
PJ : J’ai opté pour un mana- de la maîtrise de son entre- Quelle est votre plus comme l’ACCRE, mais il Lille est clairement au ren- Vous n’êtes ni l’un ni l’au-
gement très participatif – prise et se doit d’être un peu grande fierté ?
faudrait simplifier l’accès à dez-vous ! Il faut s’en satis- tre originaire de la région
c’est-à-dire on décide mais plus manipulateur. Un consul- BK : Avoir réussi en peu de ces outils intelligents. De faire sans pour autant s’en Nord-Pas de Calais. Pour-
on fait participer – qui évolue tant nous a aidés à mettre en temps à convaincre de grands grands groupes ont tendance glorifier.
quoi avoir créé votre en-
aujourd’hui vers un mana- place ce mode de manage- comptes, à signer de beaux à développer l’intrapreunariat. treprise et réussi ici ?
gement collaboratif – on crée ment, avec des méthodes de contrats. Parfois, certains Le principe est de dire à un BK : Je suis arrivé à Lille à
des produits, on développe travail précises. Nous man- aboutissent au bout de deux salarié : tu as un projet ? 15 ans. L’image que j’avais
l’entreprise en travaillant en- quons encore de recul pour ans, mais quel bonheur alors Monte-le chez nous ! Tout du Nord était affreuse. Pour-
semble. C’est une étape plus en apprécier les consé- ! Le meilleur des salaires est le monde est gagnant, je tant, j’ai trouvé une région
moderne. Le chef d’entreprise
quences. Pour autant, cela
finalement la reconnaissance
trouve l’idée vraiment nova-
ultra accueillante, où les gens
Propos recueillis par
Anne Diradourian
S2014
EPTEMBRE 39

