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n°13
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A la Une - Entrepreneurs de plus de 50 ans Lub nTREPREnDRE
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Jean-Olivier Lefebvre
fondateur à 61 ans de Coéthique, spécialisée dans la conduite du changement :
« Il est pertinent d’entreprendre avec un plus jeune »
N’T
E PAS SENFERMER
Si les chats ont neuf vies, comme le prétend la légende, les en- IRER LES LEÇONS DU PASSÉ
DANS SES CERTITUDES
trepreneurs peuvent parfois, eux aussi, renaître de leurs cendres. En 2013, les aléas de la vie professionnelle l’amènent pourtant
S’il se garde bien de dresser un ta-
Jean-Olivier Lefebvre est de ceux-là et s’attache à démontrer, à plancher sur un nouveau projet de création. « J’ai travaillé
bleau idyllique de la création d’entreprise par un senior, Jean- depuis le printemps 2014, qu’il y a un fond de vérité dans le pendant plus d’un an sur le concept de Coéthique, dont le cœur
Olivier Lefebvre ne cache pas qu’elle recèle quelques atouts proverbe « jamais deux sans trois ». bien qu’il ait réalisé l’es- d’activité est la conduite du changement éthique. En clair, il
majeurs. A commencer par les réseaux que l’entrepreneur a pu sentiel de sa carrière comme cadre dans des entreprises indus- s’agit de mener des missions d’amélioration de la performance,
créer pendant les années précédentes. « Il n’y a pas de solution trielles, ce néo-entrepreneur de 61 ans, né le 15 mai 1953 dans à la fois métier et financière, mais toujours en passant par les
idéale, affirme-t-il cependant. Mais j’estime que le bon attelage le nord, n’en est pas à son coup d’essai. En créant Coéthique, hommes », théorise-t-il. Pour mener à bien cette troisième aven-
correspond à ce que nous essayons de faire avec Aurélien de une société spécialisée dans la conduite du changement, au ture, Jean-Olivier Lefebvre choisit de se faire accompagner par
Sousa. Quel que soit l’âge du créateur, je crois qu’il est essentiel mois d’avril, il vient en effet de mettre en route son troisième un associé, Aurélien de Sousa, un jeune ingénieur qu’il a ren-
de ne pas partir seul, de s’entourer et surtout d’écouter. Le chef
projet entrepreneurial. une nouvelle pierre ajoutée à un édifice contré durant les années passées au sein du groupe Promens.
d’entreprise senior ne doit surtout pas s’enfermer dans ses cer- finalement inachevé, après deux courtes expériences.
une façon de tirer les leçons des expériences passées et de
titudes. Il faut savoir se remettre en question. »
En 1977, il décide de créer son entreprise dans le domaine de concrétiser un projet placé sous le sceau de la maturité. « Il est
En appliquant cette méthode à Coéthique, Jean-Olivier Lefeb- la construction mécanique, dans sa région natale. une première évident que l’on ne crée pas une entreprise de la même façon
vre entend bien faire de cette création d’entreprise la plus abou- qui s’achève en 1979. Mais l’expérience, pour être très brève, à 25 ans qu’à 60 ans. Lancer l’aventure avec un associé plus
tie des trois qu’il a menées jusqu’à maintenant. « Pour le n’en n’est pas moins belle et enrichissante. Les 25 années qui jeune permet de créer une image fondée sur une dynamique
moment, nous sommes concentrés sur le développement com- suivent le conduisent à visiter, de PME en grands groupes, la complémentaire. L’un va amener son entrain, sa soif d’avancer,
mercial. A partir de 2015, nous devrions vraiment entrer en France et l’industrie hexagonale sous toutes ses coutures. En tandis que le second apportera sa plus grande expérience, un
« production » et nous comptons développer le concept de 2004, pourtant, il se lance une deuxième fois dans la création gage pour certains interlocuteurs de savoir-faire et de savoir
conduite du changement éthique sur Internet dès l’année sui- d’entreprise et s’attaque cette fois aux nTIC. C’est en Corrèze être. » une complémentarité appréciée par les banquiers, no-
vante. Enfin, nous avons l’ambition de nous développer à l’in- qu’il démarre cette nouvelle aventure, qui s’arrête cette fois tamment, mais aussi par les prospects. « Avec les premiers
ternational dès 2018. » Entre temps, une augmentation de après deux exercices. Fort d’une expérience avérée dans le do- comme avec les seconds, je bénéficie incontestablement de mes
capital devrait intervenir, pour doter Coéthique de moyens sup- maine de la qualité, il rebondit finalement en intégrant une usine expériences passées et de l’image professionnelle que je me
plémentaires.
de plasturgie du groupe Promens.
suis construite pendant plus de 30 ans. »
J. D.
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Michel Gien
ierry Benault
66 ans, cofondateur de Twinlife, qui développe fondateur à 60 ans d’Infinitics,
« A l’AnPE, on m’a dit que je devais « Je peux enfin prendre des solutions de communication :
spécialiste de l’impression :
des risques ! »
prendre ma retraite ! »
Michel Gien est un multirécidiviste de la start-up. Cet ancien ingénieur de l’Inria (Institut de recherche en informa- La pression pèse sur les épaules du créateur d’entreprise. Thierry benault as-
tique) a attrapé le virus il y a une trentaine d’années. Féru de nouvelles technologies, bouillonnant d’idées, il participe sure qu’il ne la ressent pas. Le privilège de l’âge, serait-on tenté d’avancer en
en 1986 au lancement d’une première start-up, Chorus Systems, dans le domaine des infrastructures de communi- guise d’explication, même si l’entrepreneur en question vient à peine de passer
cation. L’ingénieur revend la société dix ans plus tard et lance en 2001 une seconde start-up, Jaluna (devenue depuis le cap des 60 ans. « Il n’empêche, assure ce nordiste venu en région lyonnaise
VirtualLogix), toujours dans le secteur des nouvelles technologies. nouveau succès, puisque la société est acquise il y aura bientôt 20 ans, je me sens totalement libéré. Je n’ai plus les mêmes
par Red bend Software en 2010. Michel Gien se retrouve salarié du groupe. Alors qu’il aurait pu attendre tranquil- charges de famille que lorsque j’avais une trentaine d’années et ce n’est pas
lement la retraite, l’envie de créer un nouveau bébé le démange à nouveau. « Je me suis bien amusé toute ma vie et un simple détail. Je peux prendre des risques, que je n’aurais pas forcément
j’ai eu envie de continuer », fait valoir l’entrepreneur. Avec un collègue, Christian Jacquemot, il développe l’idée osé prendre hier. » La tentation de créer sa propre entreprise l’a pourtant ca-
d’une application permettant de communiquer de manière totalement privée et sécurisée. Twinlife est né. « Avec ressé un instant, il y a près de 25 ans. « J’avais sérieusement réfléchi à la ques-
l’affaire de la NSA, on a vu qu’il y avait un vrai besoin chez les personnes de contrôler leurs données », indique Mi- tion, mais les conditions n’étaient pas réunies », assure-t-il. Aujourd’hui, plus
chel Gien. Pour développer leur société, lancée en 2012, Michel Gien et son associé négocient avec Red bend Soft- question de tenir le même discours pour ce spécialiste des techniques d’im-
ware une rupture conventionnelle. Michel Gien a alors 65 ans. « A l’ANPE, on m’a dit que je devais prendre ma pression, qui a aiguisé son discours et affiné ses connaissances du marché en
retraite ! », s’amuse l’ingénieur. Les associés obtiennent une place dans l’incubateur de l’Ecole Centrale à Châte- travaillant avec les plus grands distributeurs de la planète. « J’ai 37 ans d’ex-
nay-Malabry, en banlieue parisienne. Les deux seniors y font figure de vétérans. « Être entouré de jeunes, c’est sti- périence et c’est un atout incontestable, aussi bien quand je dois m’adresser
mulant », assure Michel Gien. De son point de vue, il n’y a pas d’âge pour sauter le pas de l’entrepreneuriat : « La à une banque que lorsque je dois convaincre un prospect. Mon parcours pro-
question de l’âge est un problème très français, estime l’inventeur. J’ai pas mal de connaissances qui doivent accepter
fessionnel parle pour moi. » Autant d’atouts qu’il n’érige pas pour autant en
d’être payées comme un jeune ingénieur pour décrocher un travail. » Au demeurant, entreprendre en France n’a certitudes à l’heure de développer Infinitics, la société qu’il a créée cette année.
pas que des désavantages : de l’avis de Michel Gien, « le système des Assedic que l’on a en France est parfait pour « Je sais ce que je suis capable de faire, mais je suis devenu raisonnable avec
lancer sa société ». Remarqués, les deux associés ont été lauréats du challenge de la meilleure start-up 4G de l’âge. Plus jeune, j’aurais sans doute engagé cette aventure avec l’ambition
bouygues en 2013. Leur application a été téléchargée plus de 40000 fois. D’abord disponible gratuitement pour la de décrocher toujours plus de marchés. Aujourd’hui, je veux monter un projet
faire connaître, elle doit être commercialisée en btob. Désormais, les deux associés sont à la recherche d’investisseurs entrepreneurial durable. » une façon de faire fructifier 40 années d’expé-
pour recruter et développer leur entreprise. Et, au final, indique Michel Gien, « passer la main »...
rience.
J. D.
C.Q.
S2014
EPTEMbRE 37

