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n°36
RH & FoRMaTIon Carrières & Talents - La double casquette manager-ingénieur toujours sexy ? Analyse d'une formation et de sa capacité à satisfaire les besoins des entreprises
Devenir un manager du futur
VL'ingénieur qui voulait être manager. Un cas d'école de la double compétence. Mais aujourd'hui, le paradigme change. car plus aucune fonction n'est épargnée par la technique et l'innovation.
alérie n. – le nom vague de double-di- gramme qui permet et à la performance.
a été changé par la plômes initiée il y a de comprendre les en- Rappelons néanmoins que rédaction –, 32 dix ans se perpétue jeux de l'innovation. sur les 1500 offres d’em-
ans, est aujourd’hui direc- encore aujourd’hui, à Les participants déve- ploi diffusées au premier
trice des achats division luxe chez un grand nom de la cosmétique française. Son bagage de compé- tences, acquis au fil des an- nées, explique sa progression de carrière. Mais tout aura commencé par un cursus ingénieur mené à HEI, école d’ingé- nieurs généraliste post- Bac, rattachée avec l’ISEn à leur nouvelle bannière Yncréa Hauts-de-France, qui dépend de l’université catholique de Lille. après cinq années brillantes, Va- lérie ponctuant chaque année par une place de major, cette dernière décide de poursuivre ses études à HEc. Un plus, lui dit-on en 2006, pour commencer une carrière grâce à un diplôme estampillé HEc et le réseau d’alumni qui l’accom- pagne. ce sera donc un mastère spécialisé manage- ment de la supply chain et achats internationaux en 2007 qui catapulteront la même année notre jeune di- plômée aux commandes d’un poste d’acheteur pour un grand groupe coté du cac40. ce parcours, dont raffolaient les recruteurs il y a une dizaine d’années en raison de sa rareté, s’est désormais démocratisé avec la course aux MBa et mastères spécialisés et avec la création de nouveaux formats tels que les BBa, DBa, les Executive Mas- ters... D’ailleurs – et n’en déplaise à carlos Ghosn qui regrette l’effet cloning en matière de recrutement – il n’est pas rare que Valé- rie recrute des profils qui ont acquis cette double compétence, parfois dans les mêmes grandes écoles. Surtout, la double compé- tence ingénieur-manager demeure toujours en odeur de sainteté si bien que la
la différence que de nouvelles tendances émergent. La pre- mière concerne une nouvelle lame de fond
qui touche l’ensemble
des acteurs de l’ensei- gnement supérieur et consiste en l’accéléra-
tion de la formation continue en tant que nouvelle source de re- venu et de diversifica-
tion des expertises, avec de nouveaux for- mats. La seconde ten- dance, comme le suggère le dernier ba- romètre d’Hays et les initiatives de l’asso- ciation pacte PME
(cf. observatoire), se caractérise par une né- cessaire montée en expertise des entre- prises, quelle que soit
leur taille ; le Big Data, par exemple, devient une composante in- contournable à intégrer comme Internet le fut dans les années 1990.
loppent leurs capaci- tés à piloter des business models com- binant de nombreuses technologies et impli- quant des acteurs très variés ( (clients, cen- tres de R&D, régula- teur, ONG...) », détaille nicolas Mot- tis, directeur acadé- mique de l'Executive Master de Polytech- nique. L'idée est de construire des mo- dules « Etat de l’art » directement avec les chercheurs, pour per- mettre aux dirigeants de bien comprendre les frontières techno- logiques et la façon de les gérer.
semestre 2015 sur le site de l’apec ciblant des jeunes diplômés d’écoles de commerce, seules 5% d’entre elles exigeaient une double spécialisa- tion. Tout comme très peu de recruteurs en France exigent spécifiquement un MBa, un DBa ou un EMBa. Ici, l’idée n’est pas tant de critiquer ce type de diplôme mais plutôt de souligner que la plupart des recruteurs, hors ceux qui co-conçoivent ces pro- grammes, ne s’y intéres- sent pas encore spécifiquement. « Les in- dustries ont toujours du mal à innover y compris dans la manière d’intégrer ces nouveaux profils et de les faire peser dans l’orga- nisation de l’entreprise. Mais elles sont conscientes qu’il ne suffit pas seule- ment de les recruter, il im- porte également de faire évoluer leur propre orga- nisation », ajoute Philippe Silberzahn, professeur à l’EM Lyon et co-directeur du programme Idéa, for- mation pionnière dans l’in- terdisciplinarité et le design thinking.
tion et à l’entrepreneuriat. L’enseignement de cette « bi-culture » est devenu primordial dès la forma- tion initiale, évoque Domi- nique Rossin, adjoint du directeur de l’enseigne- ment et de la recherche à l’Ecole polytechnique. L’émergence de nouveaux modèles économiques, la transformation digitale, l’innovation exigent combi-
La double compétence, double protection face à un marché de l'emploi serré ?
rupture sur le site de Palai- seau. Nous avons ensuite décidé de lancer un pro- gramme ambitieux, la “Lead Academy” en parte- nariat avec PwC et Google avec qui nous partagions la volonté d’accompagner les entreprises face aux diffé- rentes ruptures », détaille Dominique Rossin. « Les participants à notre Execu- tive Master ont une dizaine
SAVOIR SE VENDRE ? L’ingénieur-manager et ses dérivés conti-
UN SEUL LEITMO-
TIV : L’ACCOMPA-
GNEMENT DES
ENTREPRISES VERS
L’INNOVATION ?
nombreuses sont les écoles
à cultiver depuis des décen-
nies un positionnement à
cheval entre formation ner les disciplines. » d'années d'expériences et doubles casquettes sont
Malgré donc ce double sé- same, savoir se vendre de- meure le nerf de la guerre, en particulier quand la double compétence reste rare : master de manage- ment avec un autre en sciences humaines, de même avec un diplôme d’école d’ingénieur et un autre de design, par exem- ple. Une double casquette qui certes rime avec inno- vation, mais mérite encore un effort d’évangélisation
L'émergence de nouveaux modèles économiques,
la transformation digitale, l'innovation exigent de ne plus séparer les disciplines
scientifique de haut niveau conjointement, l’éventail en grande majorité un pro- rentrées dans les mœurs en et management. « Si ce po- de nouvelles disciplines fil scientifique. Nous avons matière de recrutement ? sitionnement à la croisée ouvre de nouvelles pers- longuement mûri le format car cette hybridation des des expertises a toujours pectives en formation avec des DRH, des recru- compétences signifierait fait partie de l’histoire de continue. « Cela a débuté teurs, des laboratoires de que les ressources hu- l’école, nous avons créé en 2015. Nous avons déve- recherche et des dirigeants, maines et a fortiori les en- l’année dernière un nou- loppé de nouveaux formats regardé ce qui se passe en treprises feraient de veau département dédié au pour accompagner les France et à l'international, l’interdisciplinarité un ter- management, à l’innova- sciences et technologies de pour aboutir à un pro- reau fertile à l’innovation
.
nue
convaincre aujourd’hui les recruteurs. Si les cabinets d’audit et certains grands groupes raffolent encore de ces bi-cursus diplômants, d’autant plus lorsque les écoles sont à la cime des classements – quelle entre- prise d’ailleurs ne voudrait pas de ce type de profils ? – une autre question sub- siste : est-ce que toutes les
de plaire et de
chez certains recruteurs.
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Déc. Jan. 2017
Geoffroy Framery

