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n°35
rH & FormATIoN Carrières & Talents - Formation continue : les reconversions professionnelles à la mode
Laetitia Koch, 48 ans, a ouvert une crêperie Dame Juliette à Chantilly
Quelque chose me dit que j’aurais dû ré échir avant de tout plaquer et de me former au métier de skipper...
de Paris, 4.
de reconversion sont dépo- sées chaque année. 150 sont retenues. mais, le ticket d’entrée pour reprendre un fond de commerce est de ... 200000 à 250000 euros. Autant dire que l’étape de la réflexion est loin d’être accessoire.
bien compris par les écoles. business schools, écoles d’ingénieurs, universités... toutes ont investi le champ de la formation continue, avec le développement de cursus courts ou longs, di- plômants ou non, franco- français ou totalement bi- lingues. Un exemple em- blématique : 40% du budget de la sacro-sainte HeC pro- viennent de ce segment de marché. L’Université tech- nologique de Troye (UTT)
a annoncé, lors d’une confé- d’un diplôme – y ont été d’entreprise. C’est le par- rence début octobre, avoir multipliées par deux, en un cours de robin Sauzet. Per- recruté cinq collaborateurs an. cer le plafond de verre ou dédiés. Les demandes de A Gem, la politique mise rompre avec le salariat, ce
validation des acquis de l’expérience (vAe) – au- trement dit comment trans- former ses années profes- sionnelles en tout ou partie
en œuvre vise les 30% de chiffre d’affaires d’ici quatre ans, contre20 % aujourd’hui. « Les potentiels de crois- sance sont plutôt sur cette
directeur administratif et fi- nancier était dans le doute en se lançant à l’assaut du mbA d’Audencia. Il y a rencontré des acolytes mus par la même dynamique. A quatre, ils ont lancé un bra- celet connecté, sous le nom de Goji. « même si le mbA n’apporte pas 100% des ré- ponses, le réseau ainsi créé tient une place centrale dans la démarche. » L’université n’est pas en reste. D’après le rapport Germinet, du nom de son auteur, publié en 2015 et qui fait un point précisément sur le sujet, Strasbourg et Dauphine font partie du pe- loton de tête, avec 10 mil- lions de chiffre d’affaires. Les Instituts d’administra- tion des entreprises (IAe), celui de Paris notamment, développent un catalogue de formations dédiées. Autre exemple : l’Université du maine relaie en région le
Murielle Wolski
40% du budget de la sacro-sainte HEC proviennent de la formation continue
« Avoir été au sein d’une entreprise est un atout pour négocier avec les fournisseurs »
Australie, Chine, Irlande, Afrique du Sud... ses postes de responsable commerciale et marketing dans l’industrie ont amené Laetitia Koch, pendant une petite dizaine d’années, à parcourir la planète. Mais, c’est au bout de sa rue – ou presque – qu’elle a trouvé sa dernière aventure en date. Une simple pancarte : bail à louer. Elle prend une parenthèse d’une année pour création d’entreprise. Elle n’est jamais retournée dans la sienne. Tout est allé très vite : en deux mois, elle monte son dossier, investit les lieux. Aux manettes de Dame Juliette, Laetitia propose alors une carte de salon de thé. Mais, pas de quoi doper le chiffre
d’affaires. Elle élargit la carte. Et cette Bre- tonne s’inspire de ses voyages pour créer des crêpes aux saveurs originales, ainsi que de ses talents de musicienne pour attirer des interprètes et développer des animations. « Mon entourage pensait que je ne sauterais pas le pas. D’autres m’ont parlé de gâchis. Avoir été au sein d’une entreprise est un atout pour négocier avec les fournisseurs, mais la comptabilité a été confiée à un expert. Un an a été nécessaire avant de gagner de l’argent. » En 2016, son chiffre progresse de 10% par rapport à l’année passée. Laetitia Koch a créé deux emplois.
activité, témoigne encore Gaël Fouillard, le marché de la formation initiale est déjà mûr. » et, autrefois parangon de la promotion verticale, les célébrissimes mbA (masters of business Administration) servent au- jourd’hui de tremplin vers la reconversion, et plus pré- cisément vers la création
salon parisien Nouvelle vie professionnelle, avec des ateliers de découverte de l’offre de la formation conti- nue, des retours d’expé- rience, des informations concrètes sur le financement des reconversions... et c’est sans compter tous les centres de formation aux métiers de l’artisanat : joaillier, bou- cher, boulanger... eux aussi voient arriver une popula- tion de cadres. « La montée en puissance est perceptible depuis cinq ans, note Lau- rent Courte, responsable des formations qualifiantes à l’ecole nationale supérieure des métiers de la viande, avec une envie d’ouvrir leur
propre boutique. Pour faci- liter précisément la mobilité, la profession a mis en place un Certificat de qualification professionnelle (CQP) de technicien boucher. » A l’ecole de la boulangerie
00 candidatures
Jean-Michel Santacreu, à la tête de Flaveur-au goût du pain, boulangerie à Suresnes
« Faire attention à l’âge de sa reconversion »
Marc Tentillier, 46 ans, énergéticien à Paris, fondateur
du cabinet Les chemins de l’Âme
« Être dans une grande entreprise
ne me correspondait plus »
En 2014, un cycle de 20 ans passés (contrôle de gestion, développement durable) au sein de BNP Paribas s’achève pour Marc Tentillier. « Cela ne me correspondait plus d’être dans une grande entreprise, avec des lourdeurs, une perte d’énergie pour faire avancer un dossier. Sans être en souffrance, j’avais besoin de plus de rapports personnels, de plus de liberté. » Cet ingénieur de formation a pris alors un virage à 180 degrés : il est devenu énergé- ticien. « Difficile de dire quand cela a basculé, peut-être quatre à cinq ans de cheminement ont-ils été nécessaires. » Des formations suivies pour son confort personnel, puis une évidence. « Mon bien-être passe par celui des autres. Mais les moments de doute existent. Il n’y a pas de recette. Le plus important est de se laisser porter par son intuition, mais pas de suivre des voix toutes tracées. Je sens que je suis à ma place. » Pour autant, les démarrages sont difficiles, avec une perte de revenus de 75% par rapport à la situation antérieure. « D’où l’importance de l’intéressement dans l’entreprise. Un matelas pour amortir l’amorce de l’activité. »
Il était plutôt bien, Jean-Michel Santacreu, dans son entreprise, sur des rails. Directeur commercial dans une meunerie, à la tête de 40 collaborateurs... son confort a été bousculé par une réorganisation interne. « C’était le moment où jamais de partir ! De réaliser ce projet que j’avais en tête de- puis plusieurs années : ouvrir une boulan- gerie. » Même si Jean-Michel Santacreu a réfléchi à la démarche une fois parti de l’entreprise, il n’a pas tout découvert. A la fin des années 80, il avait monté un réseau de franchisés en boulangerie. « La forma- tion ? J’y suis allé la fleur au fusil, en pensant savoir. Mais pas du tout. » Un CAP express... en trois mois ! « Pas de quoi être un bon boulanger, mais pour ras-
surer le banquier. » Trouver un emplacement stratégique, se faire connaître des fournis- seurs, développer des produits... L’ouverture, avec huit employés à la clé, a demandé grosso modo un an... pour la première boutique. La seconde est déjà dans les tuyaux. « J’aurais dû m’atteler à ce projet plus tôt. Aujourd’hui, à 52 ans, je peux tabler sur trois ou quatre ouvertures. A 40 ans, je pouvais en envisager une dizaine. L’âge du capitaine compte. Le problème ? Le temps de développement de l’affaire est plus limité. Mais, j’ai redécouvert le plaisir d’apprendre. Et la polyvalence d’être patron. Rien à voir avec la gestion d’une équipe dans une grande boîte. On ne s’ap- puie pas sur les services. »
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Novembre 2016


































































































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