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n°35
PANorAmA Hexagone - Le président de la République et sa marge de manœuvre économique
Dans chaque numéro EcoRéseau Business revient sur une problématique très commentée de l'actualité française,
Grand marionnettiste
Le style présidentiel, un facteur pas si anodin qui va peser sur la destinée économique de l’Hexagone.
L a mue de la crise financière en crise des dettes souve- raines a remis au goût du jour le concept de dictature des marchés, qui contrain- drait les etats à tenir des politiques budgétaires d’austérité. A cette pression de la main invisible, s’ajou- tent celles de bruxelles, de berlin, des agences de no- tation, telles des épées de Damoclès sur la politique économique française. en parallèle, la perte de la pré- rogative régalienne de frap- per la monnaie, avec la mise en œuvre de l’euro, peut être vécue comme une étape de plus vers la perte de marge de manœuvre du gouvernement et a fortiori du président de la répu- blique en matière d’éco- nomie. Sans oublier le lob- bying dans tous ses états... Les contre-pouvoirs exis- tent. mais ligotent-ils vrai- ment les mains du gouver- nement et de celui qui l’a
PERTE DE PRÉROGATIVE ET IMPORTANCE DU SOFT POWER
d’autant que la France a perdu en partie son rôle d’arbitrage dans les choix monétaires depuis l’euro – diffusé depuis 2002. « Les président de la Vème ont souvent eu un rôle d’arbi- trage sur la dévaluation ou le maintien de la parité du franc, qu’il s’agisse de Valéry Giscard d’Estaing ou de François Mitterrand qui avaient fait le choix du
Président et son gouver- nement n’ont plus de pou- voir. Le Brexit en est un exemple. »
dans ses choix écono- miques », met en perspec- tive Luc rouban. A l’image de de Gaulle ayant opté pour des hauts fonction- naires qui ne s’étaient pas compromis avec vichy et qui provenaient du mrP, de la SFIo, du centre. « De- puis 1974, l’entourage s’est plus politisé, ajoute Luc rouban. La politique di- plomatique est essentielle- ment économique. Comme l’illustre actuellement l’em- bargo sur la Russie et ses effets sur l’élevage. La po- sition diplomatique évidem- ment ferme ou ouvre des marchés. Le réseau du Pré- sident y jouera un rôle de premier ordre. A l’image de Jean-Yves Le Drian et des ventes réalisées dans le cadre de partenariats liés à la Défense. »
tations, la question de la confiance est centrale. La fiabilité et la stabilité de sa politique pèsent lourdement sur la vie économique de notre pays : songez à la « valls-hésitation » concer- nant la loi Travail ou les reproches faits à François Hollande sur ses atermoie- ments concernant la ques- tion fiscale. « Mais face à ces attentes qui ne sont pas neuves, resurgit également l’idée d’un Etat régalien fort avec un crédo simple : pas de prospérité dans l’in- sécurité. La question du pouvoir régalien est de nou- veau sur le devant de la scène », complète le cher- cheur du CNrS. A la sta- bilité d’un programme po- litique, s’ajoutent donc d’autres constantes et une réactivité face à l’actualité. Cette prévalence ressurgit aussi sur le style des actuels candidats à la primaire qui se joue à droite. D’un côté, Alain Juppé et François Fillon, les techniciens. De l’autre, Nicolas Sarkozy, centré sur un électorat in- quiet les rassurant à coup de charisme. et rien d’autre pour l’instant. « Plus que la pertinence du programme et des mesures écono- miques, la question de ces primaires est de savoir quel style va l’emporter. Est-ce le style notabiliaire ou cha- rismatique ? », s’interroge Luc rouban. Ces deux styles s’exportent par ail- leurs hors les murs de la droite. Le côté régalien de l’etat étant aussi une pro- blématique forte du Front National et le style charis- matique, l’apanage de ma- rine Le Pen et de Jean-Luc mélenchon. bien plus qu’un pugilat politique, la primaire de droite questionne sur le style de notre futur chef d’etat et ses incidences éco-
afin de la décortiquer et de la mettre en perspective (historique, géographique,...)
formé ?
L’etat est récemment in- tervenu en faveur d’Alstom, manuel valls ayant an- noncé la commande de 15 rames TGv en plus des six prévues pour Paris-Turin- milan. Plus vieux, la pro- messe de l’etat d’injecter des fonds a notamment per- mis le redressement judi- ciaire de l’entreprise Heu- liez. Des relents de l'etat keynésien qui trouvent leurs racines dans la reconstruc- tion d’après-guerre, la construction de monopoles et le contrôle de l’etat sur le rythme de la croissance, sa politique budgétaire étant un instrument de sa poli- tique économique et so- ciale.
Que peut-on encore atten- dre de l’etat et de son lea- der en 2016 ? Une mari- nière et des rafales ? Quelle latitude d’action en matière de pouvoir économique ? Analyse.
Le style militaire reviendrait-il en odeur de sainteté ?
LE STYLE PRÉSIDENTIEL ET SES INCIDENCES ÉCONOMIQUES
Jamais Président sous la vème république n’aura connu une telle bérézina en matière d’image que celle vécue par François Hollande... La question du style et de l’aura du Prési- dent peut paraître moins importante que ses idées et ses mesures. Pourtant, elle revêt une importance nouvelle en matière d’éco- nomie. « La position cen- trale de la fonction prési- dentielle rejaillit en cascade
« Du point de vue stricte- ment légal, au regard de la Constitution, la président de la République ne pos- sède pas de prérogatives en matière de pouvoir éco- nomique. Il est un arbitre et un garant des institu- tions. Les articles 20 et 21
Par ailleurs, en tant qu’au- torité morale, l’influence du président peut fortement peser sur d’autres champs de l’action socio-écono- mique, tels que le déve- loppement de la formation, le poids de la fonction pu- blique, la politique fiscale...
lui confèrent la position de guide moral. Si juridique- ment, il ne possède pas de pouvoir, son influence pèse cependant sur le déroule-
franc fort face à la déva- luation durant leur man- dat », illustre le haut fonc- tionnaire. Cela dit, Luc rouban, directeur de re-
« Le parcours politique joue de façon déterminante. L’économie de marché est toujours régulée par l’Etat. Le Président choisit son
La primaire de droite questionne sur le style de notre futur chef d’Etat et ses incidences économiques
ment des affaires », intro- cherche au CNrS et cher- état-major à l’Elysée tout sur les autres acteurs po- duit maxime Tandonnet, cheur au CevIPoF, mo- comme ses leaders dans litiques et économiques. inspecteur général de l’ad- dère:«Ilnefautpasou- les différents cabinets. De C’est assez subtil. On se ministration, ancien blier que les Etats membres même à Bercy. Ces derniers situe dans le domaine de conseiller au cabinet pré- sont libres d’organiser les vont considérablement la psychologie et des re- sidentiel de 2007 à 2011 services publics et l’éco- orienter la gestion du bud- présentations qui pèsent et auteur de l’ouvrage nomie en interne. N’ou- get et la politique fiscale. parfois bien plus que la « Histoire des présidents blions pas le principe de La capacité du Président donnée chiffrée », analyse de la république ». subsidiarité. C’est un cliché à s’extraire d’un réseau Luc rouban.
nomiques.
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Un soft power renforcé de se dire que l’Etat, le partisan sera déterminante Dans l’ordre des représen-
Geoffroy Framery
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