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n°34
PANOrAMA International - Marché de la défense et diplomatie
Analyse d'une problématique transversale qui concerne plusieurs pays et interpelle la rédaction,
Q uinze ans de disette. Une longue attente. Puis tout s’est en- chaîné. Pour Dassault Avia- tion, la vente à l’étranger de son avion-phare – le ra- fale – a enfin pris la forme d’un cercle vertueux. en l’espace de 15 mois, l’egypte, puis l’Inde et le
Le commerce des produits d’armement est dominé par le facteur politique. Seuls quelques pays le maîtrisent. coup de projecteur.
grâce aux qualités intrin- sèques de l’avion. Il faut ajouter l’évolution favorable de la parité euro-dollar, qui a rendu le Rafale plus com- pétitif en matière de prix. Il y a aussi le contexte géo- politique. Dans les pays où la France est active et où nous avions déjà vendu des
marché à part. Il ne suffit pas de faire un bon produit et de passer devant la concurrence. Ces biens en- gagent la politique exté- rieure du pays vendeur et celle de ses clients. Ils sont des vecteurs de sécurité et d’indépendance et peuvent influer sur les équilibres
catalogue des prix, le rafale perd pourtant le marché face au F35 américain. « A l’époque, il y avait encore 45000 soldats américains sur le territoire sud-coréen ; acheter le Rafale, c’était mettre à mal l’alliance mi- litaire avec les Etats-Unis. Les clients de la France sont surtout les pays qui ne peuvent ou ne veulent pas acheter américain. »
monde, au gré des priorités géopolitiques décidées à Washington. Sur la période 2011-2015, ils détenaient 33% du marché mondial des exportations, estiment les analystes de l’Institut in- ternational de la recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). D’autres nations peu- vent néanmoins tirer leur épingle du jeu. c’est le cas de la russie qui a gardé un savoir-faire industriel de pointe et est devenue la tête de pont des pays non alignés. Des alliances de longue date avec d’importants importa- teurs comme l’Iran ou l’Inde, et le refus des embargos américains, expliquent sa part de marché élevée, aux alentours de 25% selon le
les etats-Unis, la russie et la chine – capables de pro- duire chez elle l’ensemble des parties d’un avion de combat (châssis, moteurs, systèmes électroniques em- barqués). Avec DcNS, elle sait aussi fabriquer d’autres bijoux de technologie, comme des sous-marins de projection nucléaire et des bateaux de guerre. Le ta- bleau pourrait être idéal pour les exportations. Il ne l’est pas. La réintégration de la France sous le commande- ment intégré de l’Otan de- puis 2008 et l’accord récent rendant de nouveau possible l’installation de bases amé- ricaines sur le territoire na- tional ont affaibli l’image d’indépendance du pays. De
Un monde à part
choisi en toute subjectivité
Des ventes à chaque fois politiques et explosives...
INDÉPENDANCE ET DIPLOMATIE
« Il n’existe pas à propre- ment parler un marché de l’armement. Chaque pays a ses propres besoins, qui sont très spécifiques », ex- plique notre source. com- ment se démarquer ? « Selon les circonstances, il peut exister des secteurs de pé- nétration car ils sont dé- laissés par d’autres pour des raisons stratégiques, af- firme emmanuel rémy, an- cien sous-marinier et inter- venant à l’ecole de guerre économique sur les sujets du renseignement. Mais glo- balement, les cinq ou six Etats qui dominent le mar- ché n’ont pas de terrain fai- ble. » c’est particulièrement le cas de la France qui est l’un des seuls pays – avec
Qatar, ont passé commande. De quoi voir l’avenir avec plus de sérénité et maintenir en activité les chaînes de production d’ici aux pro- chaines commandes de l’ar- mée française. « Il faut avoir un premier contrat, com- mentait le directeur général de Dassault Aviation, eric trappier. Le Rafale est entré dans une dynamique de suc- cès. Pourquoi ? Avant tout
Mirage 2000, la vente du Rafale s’inscrit dans une politique de réussite de la diplomatie tricolore, mais également dans une poli- tique en creux des Etats- Unis. » Quand on demande aux spécialistes quelle est la caractéristique première du marché de la défense, ils répondent invariable- ment : « politique ».
régionaux », explique une source au sein d’un impor- tant industriel de l’arme- ment. Les débuts infruc- tueux du rafale à l’expor- tation sont exemplaires. Au début des années 2000, Das- sault Aviation se lance dans un appel d’offres de la corée du Sud pour l’acquisition de plusieurs aéronefs de combat. Arrivé premier dans les tests en vol et dans le
taro-industriels américa. et russes se gaussent. Les uns de cette balle dans le pied de leur seul concurrent sérieux, les autres des mil- liards que nous allons devoir rendre au bénéfice des chan- tiers navals russes. » Ga- geons que cette crise de dé- pendance ne dure pas...
L’HEXAGONE DANS LETOP5
Avec plus de 60 milliards d’euros d’exportations es- timées pour 2015, le secteur militaire figure en bonne place dans le commerce mondial. Mais c’est un monde à part. Les pays pro-
Les clients de la France sont surtout les pays qui ne peuvent ou ne veulent pas acheter américain
ducteurs d’engins de haute technologie sont peu nom- breux, car cette industrie est gourmande en capitaux et en matière grise. Seuls les industriels qui bénéficient d’importantes commandes de la part de leur etat na- tional peuvent développer des produits susceptibles d’accéder au marché de l’ex- port. A ce jeu, les etats- Unis sont champions. Les dépenses consacrées aux ar- mées US y atteignaient 600 milliards de dollars l’an der- nier, soit quatre fois plus que la chine, son premier poursuivant, et 12 fois plus que la France. Un effort co- lossal destiné à équiper les 700 bases que cet empire militaire possède à travers le globe et à nourrir ses nombreuses interventions armées. Il est plus facile, dans ces conditions, d’ex- porter sa production. Selon Amnesty International, les etats-Unis vendent des armes à 170 pays dans le
Sipri. et la France ? elle produisait 5% des ventes mondiales entre 2011 et 2015, soit avant les com- mandes récentes du rafale.
plus en plus aligné sur le plan diplomatique et mili- taire, le gouvernement fran- çais est allé jusqu’à refuser de vendre des navires de guerre Mistral à la russie, lesquels avaient été pourtant payés de longue date. Un coup de tonnerre dans ce marché sensible. « L’em- bargo sur les BPC Mistral est une faute lourde, un coup sévère porté à notre crédi- bilité et à notre industrie d’armement, commente un ancien général d’armée. La France seule est ici sanc- tionnée. Les lobbies mili-
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OctObre 2016
« L’export militaire est un
Ludovic Greiling


































































































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