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n°34
PANOrAMA Hexagone - La pertinence de primaires en politique
Dans chaque numéro EcoRéseau Business revient sur une problématique très commentée de l'actualité française,
Fausse bonne idée ?
afin de la décortiquer et de la mettre en perspective (historique, géographique,...)
Importées des etats-Unis, les primaires ouvertes revitalisent le processus électoral, au prix de la légitimité des partis.
Des voix s’élèvent pour les fustiger, en vain.
tionne très bien dans un cas de figure particulier, qui est celui d’un parti avec une multitude de candidats sans procédure de sélection interne forte », souligne Marc Olivier Padis, direc- teur des études du think tank terra Nova. c’est le cas des républicains cette année. D’ailleurs, « bien que la droite, à l’époque, se soit montrée très critique envers les primaires de la gauche, elle en reprend l’or- ganisation cinq ans après », poursuit-il.
un programme et de le sé- lectionner », analyse bruno cautrès. Il est vrai que l’élection présidentielle française, au suffrage uni- versel, a toujours été plutôt tournée vers la sélection du projet individuel d’un can- didat. Mais « pendant long- temps, c’était le président ou le secrétaire général du parti qui, naturellement, était son candidat à l’élec- tion présidentielle », rap- pelle Yves-Marie cann. D’une certaine façon, au- jourd’hui, un candidat n’a plus nécessairement besoin de l’appui de son parti pour être candidat à la présiden- tielle. Quand Alain Juppé déclare, lors d’un débat, qu’il « n’est pas engagé par le programme du parti », il vide de fait Les républicains de toute subs- tance. en un sens, le parti ne fait qu’organiser le vote...
aux extrêmes du spectre, pour qui cela rentre dans leur dénonciation du cirque politique. On note d’ailleurs qu’ils ne se posent pas la question des primaires. Surtout qu’en France, contrairement aux etats- Unis, les candidats ne se retirent pas progressivement – ce qui dégage le tableau et permet de mettre en place une logique de rassemble- ment. chez Les républi- cains, ceux qui se sont re- tirés de la course, en majo- rité, ont été écartés par la Haute Autorité du parti pour cause d’irrecevabilité du dossier. Si l’exécution ac- tuelle des primaires en France laisse encore quelque peu à désirer, c’est donc à la fois par manque de pratique et parce que le paysage politique français (contrairement aux etats- Unis) ne laisse que peu de place à ce type de proces- sus. Nicolas Dupont-Aignan déclarait en avril dernier que « la vraie primaire, c’est le premier tour », et sur le principe, il n’a pas tort : le rôle du premier tour est de désigner les deux candidats majoritaires. Mais il est compréhensible que la structure maintenant tri- partite du paysage politique français rende les primaires nécessaires pour le PS et Les républicains. elles sont, sur le principe, indé- niablement une bonne idée, et ne plus les organiser se- rait perçu comme un retour en arrière par l’opinion pu- blique. Il est possible qu’un jour elles s’institutionnali- sent, mais ce n’est pas une démarche simple – cela de- mande par exemple de s’in- terroger sur les critères de recevabilité des candida- tures. Pour pouvoir le faire correctement, il faudra dis- poser de plus de recul sur
Jean-Marie Benoist
LUn pugilat pour sélectionner le champion. Un concept qui date...
d’un nombre élevé d’élec- teurs (2,7 millions au pre- mier tour, 2,9 millions au deuxième), et la participa- tion devrait être cette année dans le même ordre de gran- deur. « Cette participation large montre bien que les primaires mobilisent l’in- térêt d’une bonne partie de la population, et répondent à leur attente de désigner “leur” candidat », estime Yves-Marie cann, directeur des études politiques chez elabe, cabinet d’étude, de
FRAGILISER
LES PARTIS
Mais tout n’est pas rose pour autant, et les primaires hexagonales laissent quelque peu à désirer. tout d’abord, elles ne changent pas vraiment le nombre de candidats à l’élection, ce qui est tout de même censé être leur objectif premier : une dizaine de candidats probables cette année, soit le même nombre qu’en 2007 et 2012. Par ailleurs, les primaires viennent rac- courcir d’autant la durée « effective » du mandat présidentiel : « le mandat présidentiel est déjà assez court, et tout le monde sait que l’année avant la pré- sidentielle est bloquée, sou- ligne Guillaume Villemot, cofondateur avec Alexandre Jardin du mouvement bleu
es primaires ou- cela, il était évident que le vertes (non réservées candidat du parti ne pouvait aux membres du pas être issu « que du parti ».
UN PROCESSUS PAS ENCORE AU POINT De plus, « rallonger le dé- bat, répéter une logique de conflit, désengage encore plus : cela renforce le phé- nomène de lassitude qu’éprouvent les Français vis-à-vis de la politique », estime Guillaume Villemot. Même si les primaires font que les échanges et confron- tations se font sur des idées, et non simplement des petits
parti) sont arrivées en France en 2012, grâce au Parti Socialiste, ce qui n’est pas un hasard. Depuis 1995, déjà, des primaires internes désignaient le candidat. Mais deux événements ont conduit à cette évolution. « L’élément déclencheur pour la gauche a été le traumatisme du 21 avril 2002, explique bruno cau- très, chercheur au cevipof. Près de dix ans après, il marquait toujours profon- dément la gauche. » La dé- faite de Ségolène royal au deuxième tour en 2007, mal soutenue par une gauche fragmentée, a confirmé qu’il fallait évoluer.
REDONNER DE
LA LÉGITIMITÉ carentoiledefond,ilya l’incroyable désaffection des Français pour les partis politiques. Au dernières nou- velles, Les républicains comptent 230000 adhé- rents ; le PS, aux alentours de 100000 ; l’écologie-les Verts, 6000... compte tenu de ces chiffres, il est clair
et c’est là qu’entre en jeu le deuxième facteur qui a donné nos primaires ac- tuelles : l’élection d’Obama. Les cadres du PS vont aux etats-Unis et en reviennent fascinés par les primaires, l’utilisation du big Data et d’Internet. Après avoir vu
que limiter le vote de la primaire aux seuls membres du parti ne lui donne qu’une faible légitimité auprès du public. Les primaires ap- portent du renouveau dans la vie démocratique fran- çaise. celles organisées en 2011 par le parti socialiste avaient emporté l’intérêt
conseil et de planning stra- blanc Zèbre. Les primaires tégique. et cela donne une viennent faire durer cette meilleure légitimité au can- logique uniquement élec- didat choisi. Mais il faut toraliste pendant plus long- bien reconnaître que le pu- temps encore. »
mots ou des insultes. Sans compter que voir des can- didats qui se sont écharpés pendant six mois devenir tout d’un coup les meilleurs amis du monde ne va pas changer les prédispositions cyniques d’un public déjà désabusé. tout cela est du pain béni pour les partis
La structure maintenant tripartite du paysage politique français rend les primaires nécessaires. Les cesser serait perçu comme
un retour en arrière
.
blic qui s’exprime lors des Mais surtout, le principal primaires n’est pas néces- problème est que « les pri- sairement représentatif de maires vident le parti poli- l’électorat français. tique de sa fonction prin- De fait, « le système fonc- cipale, qui est de proposer
le sujet.
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