Page 68 - EcoRéseau n°33
P. 68

www.ecoreseau.fr
n°33
Art De VIVre & PAtrImoINe La Sélection culturelle
Choix culturels et artistiques de la rédaction, sans prétention aucune
Livres - BD
n Le dernier qui s’en va éteint la lumière (de Paul Jorion, Fayard, 2016)
Cet « essai sur l’extinction de l’humanité » (c’est le sous- titre !) ne traduit pas un optimisme débordant de la part de l’anthropologue. Une petite entorse à la ligne édito- riale d’EcoRéseau, tant l’expert belge parvient à se plonger dans l’histoire de l’homme et de sa constitution psychique avec brio. Il s’avoue finalement sceptique sur notre capacité à éviter l’effondrement civilisa- tionnel. Pour lui, il ne reste même à l’humanité que deux ou trois générations avant de disparaître, car nous serons, toujours selon l’auteur, incapables de faire face à la ro- botisation de la société. On peut évidemment être en désaccord avec sa conclusion à la Cassandre, mais il
n’empêche que le diagnostic est des plus pertinents.
n Qui veut la peau d’Imogen Tate ? (de Lucy Sykes et Jo Piazza, Stock, 2016)
A 42 ans, elle est prêtresse de la mode, respectée par les plus grands créateurs... Et puis Imo- gen Tate est tout à coup consi- dérée comme un dinosaure après un éprouvant congé ma- ladie. Elle retrouve son maga- zine arrêté au profit d’un site Internet. Le tout alimenté par une armada de très jeunes femmes corvéables à merci, di-
Film / Série
n Nous trois ou rien (de Kheiron, sorti en salle en novembre 2015)
Que pouvait-on attendre d’un premier film personnel réalisé par un « jeune comique de scène » qui a déjà montré quelques furtifs talents d’acteur ? À la fois tout et rien. Ce genre de saut dans le vide sans parachute s’est souvent soldé par des crashs spectaculaires, plus rarement, par de belles envolées merveilleuses. L'exception est ici de mise. Kheiron, ancien du Jamel Comedy Club, qui a beaucoup fait rire les téléspectateurs dans le programme court culte de Canal+ Bref, où il incarnait le personnage secondaire du pote obsédé, a réa- lisé un petit chef d'oeuvre. Accompagné d’un joli casting composé de Leïla Bekhti, Zabou Breitman ou encore Gérard Darmon, il a ni plus ni moins conté l'histoire de ses parents. Acteur principal jouant le rôle de son père, réalisateur et scénariste, il aborde avec talent la jeunesse de son paternel en Iran, ses années de lutte politique contre le régime du Shah, ses sept ans et demi de prison qui en ont fait un symbole de la résistance, sa rencontre avec sa mère, l’exil en France alors que Khomeiny a pris le pouvoir, l’intégration dans cette nouvelle patrie, l’apprentis- sage de cette nouvelle culture, la vie associative dans le 93... Un destin hors du commun qui nous mène des prisons de Téhéran aux cités parisiennes, en passant par les cols de montagnes enneigés pour fuir la dictature. C'est surtout le ton à la fois tendre et décalé, ponctué de quelques saillies verbales bien senties héritées de ses stand up, qui en font un film hors du commun. Epopée qui se transforme en fresque sociale, où l’amour familial, le don de soi et surtout l’idéal d’un vivre-en-
semble transparaissent. Un coup d'essai pou un coup de maître.
rigées par une perverse, brillante, dont les dents rayent ostensiblement le parquet. Et c’est parti pour le choc des cultures, où seule l’intelligence pourrait se révéler salvatrice...Caricatural, mais délicieux pour l’étendue des vacheries proposées...
n Le temps est assassin (de Michel Bussi, Presses de la Cité, 2016)
Un été en corse en 1989. Une route sinueuse au bord d’un ravin... Un terrible accident de voiture emporte le frère et les parents de Clotilde. Eté 2016. Elle revient, avec son mari et sa fille, passer des vacances au même endroit. Et reçoit une let- tre de sa mère... Cette femme, saisie par une douce nostalgie du temps passé, bercée par le charme des paysages insulaires,
devient très vite attachante. Et l’intrigue n’en est que plus trépidante, dans ce pays qui oscielle entre beauté et violence...
n Charmer, s’égarer et mourir (de Christine Orban, Albin Michel, 2016)
Tout le monde croit la connaî- tre, se l’est appropriée. C’est qu’elle appartient à l’histoire. Et pourtant nombreux sont ceux qui la jugent mal. Marie- Antoinette, archiduchesse, dauphine, reine et mère a vécu
plusieurs vies et se révèle plus complexe qu’au premier abord. De nombreux écrivains, historiens, cinéastes se sont penchés sur son cas mystérieux avec plus ou moins de succès. Christine Orban se glisse donc dans sa peau au plus près de l’intime, des frissons et des peurs de celle qui n’a pas fini de nous fasciner.
n Souriez, vous êtes français ! (de Bernard Maris, éd. Grasset 2016)
Bernard Maris est mort en jan- vier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo dans les cir- constances qu'on sait. Son hu- mour, son ironie nous reviennent le temps d'un livre, d'un message déjà distillé l'été 2014 sur France Inter dans une série d'émissions. Il s'agis- sait alors de défendre le mo- dèle français contesté de
toutes parts. serait-ce un mal que la sécu y protège mieux qu'ailleurs ? Ou que les travailleurs français soient contents de pouvoir revenir de congés tannés par le soleil ? Etre assisté n'est ni un drame ni une honte, mais une sécurisation bienvenue. L'économiste romancier remet les points sur les "i" : "la fraude concerne 2% des allocataires du RSA", "les syndicats vi- vent aujourd'hui de la pénibilité du travail et sont in- capables de penser le travail de demain", "les patrons de la Banque Populaire sont aussi bien payés que ceux de la BNP, société privée"... Une libre parole rafraîchis- sante, qui sonne aussi comme un dernier hommage...
68
SePtembre 2016
n The Expanse (diffusée depuis fin 2015 sur la chaîne Syfy, de Hawk Ostby et Mark Fergus)
Seul sur Mars, Interstellar et Gravity avait annoncé le grand retour de la science-fiction. Cette série vient encore le prouver. Dans un futur pas si lointain (200 ans), les drones sont quotidiens dans le paysage et les écrans de mo- biles, désormais transparents, sont toujours aussi fragiles. L’humanité a colonisé le système solaire et s’est divisée en trois grandes forces : la Terre et ses maigres ressources, Mars, indépen- dante et florissante, et la ceinture d’astéroïdes située entre l’orbite de Mars et de Jupiter, habi- tée par des prolétaires aux corps déformés par l’absence de gravité et dépendants de la Terre et de Mars pour leur survie. C’est dans ce décor im- probable qu’un flic bourru et un officier de vais- seau spatial vont se retrouver embarqués dans une enquête trépidante, à la recherche d’une mystérieuse jeune femme. Polar noir, anticipation politique, critique sociale... où les au- teurs ont eu la bonne idée d’éviter les races extraterrestres étranges
et la surenchère technologique via effets spéciaux grotesques.


































































































   66   67   68   69   70