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n°33
StrAtéGIe & INNoVAtIoN NUmérIQUe Regard digital - Eric Léandri, cofondateur et DG de Qwant Entretien avec une figure clé de la transformation numérique
« Se faire racheter par un géant,
c’est souvent se faire stopper »
Qwant propose une alternative au moteur de recherche Google. Au programme respect de la vie privée et neutralité du Web pour se différencier. Une autre vision du Web qu’eric Léandri décrit pour ecoréseau business.
Le succès de Qwant est- il au rendez-vous ? Nous enregistrons toujours 15-20% de croissance par mois. Le fait que nous comptabilisions aussi 15 à 30% de requêtes en plus par mois est intéressant, cela prouve que nos clients utilisent de plus en plus l’outil. Nous parvenons à fidéliser car nous respec- tons la vie privée – sans accumuler de données sur les habitudes des inter- nautes et leur historique de navigation – et la neu- tralité du Web. Nous ne connaissons pas précisé- ment nos clients car nous n’avons pas de trackers et ne faisons pas du retarge- ting, mais des sociétés comme SimilarWeb qui étudient les navigations des internautes nous ap- prennent qu’ils sont consti- tués par 60% d’hommes, qui ont suivi des études et ont un certain niveau de culture web. bref des Ceo, des hackers, des early adopters et des per- sonnes sensibles au respect
le contenu des réseaux so- ciaux, afin de pénaliser les Facebook et autres twitter – Google+ n’ayant pas ren- contré le succès escompté. C’est la première fois qu’on laissait un trou béant dans la toile. Nous avons donc créé Qwant en réac- tion à ces manœuvres.
Etes-vous optimistes quant à l’avenir ? Qwant continuera de tirer son épingle du jeu. Les géants peuvent vivre des défaillances, ou de nou- velles alternatives peuvent les concurrencer. Le mar- ché doit pour cela rester dynamique, un service ne reste pas éternellement do- minant (Google possède 94% de parts de marché en France, NDLr). Aux etats-Unis Google n’a «que»62%departde marché, ou en russie 48%. en république tchèque Seznam, société locale, a gardé 50% de parts de marché. De notre côté nous sommes parvenus à pren- dre des points sans publi- cité, grâce à la qualité de notre produit. Quand une alternative crédible existe, les gens n’hésitent pas à changer. Je suis en re- vanche beaucoup moins optimiste quant à la régle- mentation du Web. D’un côté certaines lois en France sont adoptées dans
consiste à taxer les images mises en ligne, même celles libres de droits (re- versement à un orga- nisme), vont dans le mau- vais sens. Prenons Google : quelles images
tion des plateformes qui cherchent à les capter.
partenariat avec les festi- vals d’Avignon, d’Aix ou de Chambord, pour des photos et vidéos à 360°, le tout appartient aux or- ganisateurs et aux acteurs, qui choisissent ce qu’ils veulent mettre en ligne, qui font ou non payer la HD... Au contraire quand Google fait des images de 16 châteaux de la Loire pour les mettre sur You- tube, ceux-ci n’ont pas voix au chapitre.
Sur quels terrains Goo- gle combat ses concur- rents ?
La société californienne a de l’argent et adopte la technique du rouleau com- presseur en matière de dé- penses marketing pour écraser la concurrence. Si nous nouons un partenariat avec le salon des solidari- tés ou du stylisme, eux vont le faire puissance dix. elle est aussi active dans le juridique et l’influence. Lorsqu’elle est attaquée en europe à propos du shopping ou d’Androïd, et lorsque Qwant est inter- rogé dans le cadre de l’en- quête, Google s’active pour que le secret des af- faires soit levé et que la réponse soit rendue pu-
Quel est le regard des start-up françaises sur
parition du paysage et un arrêt des activités. De jeunes pousses promet- teuses du btob – comme récemment moodstocks dans l’intelligence artifi- cielle et la reconnaissance d’images – sont stoppées pour quelques millions d’euros. Souvenons-nous que Google a voulu ra- cheter Criteo pour 500 mil- lions d’euros, qui vaut au- jourd’hui quatre milliards. or un rachat aurait été perçu comme une sortie honorable pour les diri- geants. Il manque souvent l’ambition d’être un jour leaders européens, et pour- quoi pas mondiaux.
L’avenir de Qwant ne vous semble-t-il pas bouché à cause de la vi- talité du géant de Mou- tain View ? Comme nous avons le plus grand des baobabs en face de nous, nous avons sys- tématiquement pris le contrepied pour grandir malgré tout. eux sont po- sitionnés sur le recueil de data permettant de propo- ser de meilleurs services, nous nous efforçons de respecter au maximum la vie privée ; eux apposent des filtres pour transmettre des informations en mode push, quand nous sommes sur un mode pull. Nous œuvrons à la neutralité du Web, eux décident de ne pas référencer le contenu des réseaux sociaux et sont dans la verticalisation à outrance. Pour toutes ces raisons nous visons les 5 à 10% de parts du marché européen dans les cinq ans, par la croissance na- turelle et les partenariats étrangers, comme avec Fi-
sont affichées en France, les- quelles aux etats-Unis ? La
de données rendues pu- bliques ?
Il existe un dik- tat de l’ouver-
Le sens de l’histoire va pourtant vers toujours plus de transparence et
de leur vie privée...
Pourquoi vous êtes- vous lancé dans cette aventure ?
Plutôt en réaction à ce qui s’est passé chez Google. en 2010 Larry Page a an- noncé que la firme de mountain View n’avait plus vocation à être un simple moteur de re- cherche, mais bien un uni- vers à part entière. en ra- chetant Youtube il a créé un univers vidéo qui a ex- clu Dailymotion, un uni- vers shopping, un univers travel avec Google Fly, prenant soin d’enlever des premiers rangs les com- parateurs qui ne sont pas maison. Google a aussi décidé de ne pas indexer
Des couleurs semblables avec Net quelque peu différente...
firme aux anneaux a aussi racheté Picasa, ce qui va lui garantir des revenus supplémentaires. et Qwant
Google, mais une approche du
ture sur les deux rives de l’Atlantique, mais les Américains savent s’arrêter lorsqu’ils constatent que
blique.
La réglementation doit encourager l’opensource, le peer to peer... et lutter contre la centralisation des plateformes
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50 SePtembre 2016
le respect des gens. Grâce sera pénalisé. La régle- cela leur coûte plus cher les géants du Net ?
à l’europe la « privacy by mentation doit encourager que cela ne leur rapporte, Les fondateurs ont mal- design » a été votée. Des l’opensource, le peer to contrairement aux euro- heureusement bien souvent textes défendus par Axelle peer. Les technologies péens. La société Google pour but de se faire ra- Lemaire vont aussi porter existent à l’exemple de la sait garder les données cheter par une des grandes leurs fruits. mais d’autres blockchain. mais il faut pour elle. Un exemple ? plateformes. Ce qui signi- lois, comme celle qui passer outre la centralisa- Lorsque nous nouons un fie généralement une dis-
refox.
Julien Tarby
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