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n°31
STRATéGiE & innoVATion nuMéRiQuE Décryptage - Le Big Data dans le sport
L'occasion pour EcoRéseau Business d'expliciter en détails le sujet principal de Stratégie & Innovation Numérique
Les données de la gagne
L La façon d’analyser et gérer les performances d’une équipe, aussi bien sur le plan sportif que sur la gestion du club lui-même, est en train d’être révolutionnée.
a victoire de l’Alle- des tactiques adaptées à son permet d’optimiser la per- courues, et quelques autres de la Tour, cofondateur de réel, le coach pourra ef- magne lors de la équipe. Son succès a po- formance sportive. Si elle facteurs. Aujourd’hui, non MacLloyd, qui vend des fectuer un remplacement dernière Coupe du pularisé la montée des n’est pas nouvelle en tant seulement ces chiffres sont capteurs physiques de per- ou des ajustement tactiques
monde au Brésil n’est pas « geeks » au sein des clubs que telle, elle a pris, avec plus précis, mais il est pos- formance. Par exemple, à la volée », poursuit Em-
seulement l’aboutissement d’une performance sportive exceptionnelle. C’est aussi – et le staff ne s’en est pas caché – le résultat d’une obsession pour les statis- tiques : concernant leurs joueurs, ceux de l’équipe adverse, sur les perfor- mances physiques, les ten- dances de jeu... « Quand nous sommes arrivés à la Coupe du monde, nous connaissions par exemple tout de l’équipe brési- lienne : le profil de chaque joueur, ce qu’ils faisaient sur les coups de pied arrê- tés, comment ils jouaient quand ils étaient sous pres- sion... », expliquait Chris- topher Clemens, directeur de la performance de la Mannschaft.
l’équipe d’Allemagne avait constaté que les équipes qui gagnaient les matchs étaient le plus souvent celles qui avaient les temps de possession les plus bas. Et ils se sont entraînés dans ce sens » – avec le résultat que l’on sait.
manuel de la Tour. Mais, pour l’instant, la pratique d’analyse des données en temps réel n’est pas auto- risée par la plupart des ligues sportives. « Le port d’objet connectés en match n’est pas autorisé, et l’ana- lyse en temps réel de la vi- déo non plus, pour des questions de droit », sou- ligne Frédéric Puche. Mais rien n’empêche de s’en ser- vir après coup pour recons- truire les actions – et les clubs ne s’en privent pas. étendue à l’équipe entière, l’analyse des données a plu- sieurs utilités. Tout d’abord, cela permet, grâce aux vi- sualisations détaillées, de revoir exactement des sé- quences de jeu et de pouvoir montrer précisément à tel joueur où il aurait dû être placé, quelle passe aurait été plus optimale... « En plaçant les actions dans leur contexte – nombre d’options disponibles, pres- sion sur le joueur... – on arrive à évaluer la qualité de décision », explique Mehdi Ennaciri, cofonda- teur de Footovision, qui fournit des données enri- chies à partir des images télé. Et, en parallèle, il de- vient plus aisé de repérer et de construire des straté- gies qui exploitent au mieux les forces de son équipe. En élargissant encore un peu le point de vue, on peut également déterminer quel type de joueur serait le plus approprié pour compléter l’équipe, et trouver des ta- lents alors qu’ils n’ont pas encore éclos.
DÉBUTS TRANSATLANTIQUES C’est l’un des derniers exemples en date d’une ré- volution qui est en train de bouleverser en coulisse le monde du sport : l’utilisa- tion du Big Data à des fins d’analyse et de prédiction. une révolution qui a vrai- ment commencé il y a quelques années aux Etats- unis, avec un homme : Billy Beane, dont le nom a dépassé les frontières du baseball américain après avoir été interprété par Brad Pitt dans le film Le Stratège de 2011. Billy Beane avait marqué un coup d’éclat en emmenant plusieurs fois en phase éliminatoire une équipe disposant de moyens bien inférieurs à ceux de ses concurrents (un facteur important quand on sait qu’il n’y a pas de plafond de dépense imposé aux équipes de baseball). Et cela, il l’a fait en s’intéres- sant aux statistiques, en re- pérant des joueurs promet- teurs peu chers, en utilisant
« Mon job ? Data analyzer Ligue des Champions... »
Car c’est à l’entraînement, pour l’instant du moins, que les capteurs sont le plus utilisés. Les avantages sont multiples. Cela permet tout d’abord de bien suivre les efforts des joueurs, leur per- formance, et les comparer avec leur propre historique. Du coup, pour les équipes médicales, c’est un outil précieux. « Par exemple, à chaque foulée, on mesure la poussée exercée sur le pied. Cela permet de cal- culer le déséquilibre sur les deux jambes, et d’iden- tifier éventuellement des valeurs qui sortent de la normale, qui peuvent être un signe d’une blessure à venir », explique Emmanuel de la Tour. En surveillant de près le joueur, en adap- tant son entraînement en conséquence, le pire pourra être évité. Les données ne représentent pas une vérité absolue, mais elles peuvent confirmer des intuitions, ou au contraire les infirmer. Le suivi des performances a une autre conséquence, et non des moindres : elle motive les joueurs – qui sont avant tout des sportifs et des compétiteurs – à s’en- traîner et à battre leurs re- cords personnels.
sportifs des quatre sports majeurs uS. Puis « l’An- gleterre a suivi le pas des Etats-Unis, notamment dans leurs grands clubs de foot- ball, et la vague atteint
l’arrivée du Big Data, une ampleur sans précédent. La technologie ne fait pas que faciliter l’obtention des sta- tistiques : elle augmente considérablement le nombre
sible d’obtenir des données biométriques grâce à des capteurs sur les joueurs : rythme cardiaque, sudation, rythme de foulée, puissance de l’appui... Brutes, ces
Revoir des séquences de jeu et pouvoir montrer exactement à tel joueur où il aurait dû être placé, quelle passe aurait été plus optimale...
PORTÉE TACTIQUE
56 Juin 2016
MIEUX GÉRER
SON ÉQUIPE
L’idée est que la technologie
maintenant l’Europe », es- time Raffaele Poli, cher- cheur au Centre internatio- nal d’études sportives de neuchâtel, en Suisse.
de données mesurées. Par exemple, pour le football, le relevé des statistiques se faisait auparavant à la main, en regardant les vidéos des matchs après les faits. on peut donc compter les passes, les tirs, évaluer gros- sièrement les distances par-
données sont quasiment inexploitables, mais mises en contexte – grâce à l’ana- lyse de données de masse –, elles peuvent se révéler être des atouts précieux. « Il faut identifier les indi- cateurs observables perti- nents, souligne Emmanuel
Mais ce n’est pas tout. La même mesure permet de déceler la fatigue chez un joueur : les appuis s’alour- dissent, les pieds mettent plus longtemps à décoller du sol... « Grâce à ce type de données reçues en temps
DES LIMITES,
DU MOINS POUR L’INSTANT
La raison de ce cantonne- ment à l’entraînement est que l’utilisation du data en live est pour le moins pro-


































































































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