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RH & FORMaTiON Réseaux et influence - Cercles mélomanes
Décryptage d'un groupement ou cercle en particulier, de son dynamisme et de sa capacité à favoriser le networking
C des dirigeants qui connaissent la musique amateurs de grande musique, ils se retrouvent pour soutenir orchestres et festivals au sein d'associations de mécènes,
oncilier le sens des toujours plus ouvertes aux PME. Lenny Spangberg insiste affaires et sa pas- pour sa part sur la qualité sion pour la mu- de la relation établie dans
sique. C’est l’essence même un cadre artistique : « Si
des associations de mécénat qui, partout en France, sou- tiennent orchestres et festi- vals. Une tendance qui s’est renforcée depuis 2003 avec la loi aillagon. Celle-ci per- met en effet aux entreprises de bénéficier d’une réduc- tion d’impôt de 60% sur l’iS pour tout versement ef- fectué au profit d’orga- nismes publics ou privés ayant une activité dans les domaines du spectacle vi- vant, de la musique et du cinéma. En France, un grand nombre d’associations ras- semblent des chefs d’en- treprise mécènes amateurs de grande musique. des ré- seaux de passionnés avant tout, mais aussi des outils de networking non négli- geables. Qui sont ces mé- cènes ? « Il existe autant de motivations que d’adhé- rents, observe Clémence Wronecki, chargée du mé- cénat et de la communica- tion du festival de la Chaise- dieu (43). Parmi nos mé- cènes, on trouve aussi bien de grands groupes interve- nant dans le cadre d’une politique de soutien à la culture clairement définie, que des entreprises dirigées par des passionnés de mu- sique ou des PME locales sensibles au rayonnement du territoire. » Le ticket d’entrée et les conditions d’adhésion sont variables d’une association à l’autre. Chez andantino par exem- ple, le cercle des partenaires de l’Orchestre régional de Cannes, l’intégration d’un nouvel adhérent passe par la cooptation. « Il faut être recommandé par un mé- cène, mais nous acceptons tous types d’entreprises si le dirigeant est amateur de musique », explique Lenny Spangberg, président de l’association et dirigeant d’une entreprise de conseil en organisation d’événe-
l’on compare le mécénat culturel et le mécénat sportif, on se rend compte que le premier va, certes, attirer moins de monde, mais qu’il va permettre un contact pri- vilégié, un partage intellec- tuel et une émotion qui n’est pas celle d’un match de football. »
Entrepreneurs ravis, contrats souscrits et mœurs adoucies...
d’avocats et de consultants amateurs de musique vou- laient nous rejoindre. C’était un véritable besoin. » Même démarche d’ouverture à la Chaise-dieu, avec la fon- dation en 2011 d’un cercle de partenaires locaux re- groupant des entreprises de taille plus modeste. « Le festival est soutenu par des
« FoRmidAbLE ouTiL dE RELA- Tions PubLiquEs » Pour les amateurs du 4e art, adhérer à une association de soutien à un orchestre ou un festival est l’occasion d’allier l’utile à l’agréable. Outre l’avantage fiscal – non négligeable –, le mécé- nat offre d’autres contre-
des contacts et de faire du business. Un orchestre est un formidable outil de re- lations publiques. »
LEviER dE Commu- niCATion inTERnE inviter un client amateur de musique à un concert pres- tigieux ou une rencontre avec un chef d’orchestre est un bon moyen de renforcer les liens. Cela peut égale- ment être un excellent levier de communication interne et de management. andan- tino organise ainsi, quatre fois par an, un concert dédié aux salariés des entreprises mécènes. Le rendez-vous se déroule généralement dans une église et accueille entre 500 et 700 invités. « Au- delà du seul aspect financier, notre rôle est de faire dé- couvrir la grande musique au plus grand nombre », souligne Lenny Spangberg. N’oublions pas que, dans un contexte d’érosion des subventions publiques, le mécénat constitue également une ressource toujours plus importante dans les budgets des organismes culturels. ainsi andantino apporte chaque année entre 20000 et 40000 euros à l’Orchestre de Cannes, tandis que l’Or- chestre de Lille perçoit en moyenne 190000 euros de
ments et de voyages haut de gamme.
TiCkET d’EnTRéE
andantino distingue plu- sieurs niveaux de mécénat : « azur » (à partir de 3780 euros), « premier » (9450 euros) et « lumière » (18870 euros). Si vous habitez à l’autre bout de la France et
Faire partie d’un tel réseau permet de rencontrer une palette de chefs d’entreprise autour d’une même passion. « C’est pour cela que nous sommes très attachés à la variété des profils de nos
Le mécénat culturel attire moins de monde que le sportif, mais va permettre un contact privilégié, un partage intellectuel
et une émotion
que vous souhaitez intégrer l’association arpège, qui soutient l’Orchestre national de Lille, il vous faudra dé- bourser 1000 euros pour être un mécène « ami » et 20000 euros pour être classé parmi les « grands mé- cènes ». il y a deux ans, andantino a créé un qua- trième niveau avec un ticket d’entrée de 1810 euros, dans le but de permettre aux TPE et professions libérales d’in- tégrer le cercle qui compte à ce jour 25 mécènes. « Beaucoup de médecins,
mécènes depuis la fin des années 1970, souligne Clé- mence Wronecki. Quand je suis arrivée, j’ai constaté que les entreprises locales s’excusaient presque de faire du mécénat dans l’om- bre des grands groupes na- tionaux. Il leur fallait une structure dédiée. » Le cercle des partenaires locaux du festival de la Chaise-dieu compte aujourd’hui 17 adhérents et souhaite en in- tégrer un à trois de plus chaque année.
parties intéressantes. Géné- ralement, devenir membre d’un de ces cercles musicaux donne accès à des prestations telles que des places de concert gratuites, des répé- titions commentées, la pos- sibilité d’assister aux répé- titions générales, etc. « Nos mécènes peuvent également accompagner l’orchestre en France et à l’international lors de sa tournée annuelle, ajoute François Bou, direc- teur général de l’Orchestre national de Lille. C’est pour eux l’occasion de prendre
membres, précise Clémence Wronecki. Souvent, les en- treprises qui se rencontrent dans des associations se re- trouvent par secteurs d’ac- tivité. Ici, nous nous plaçons au-delà des clivages de branches et de tailles. C’est, en tout cas, ce que nous es- sayons de favoriser. Et c’est pourquoi nous souhaitons multiplier les rencontres in- formelles (concerts, confé- rences...) tout au long de l’année, afin de maintenir le contact en dehors des quinze jours du festival. »
’une quarantaine
soutiend.
de mécènes (auxquels s’ajoutent 40000 à 50000 euros sur des projets ponc- tuels). du côté de la Chaise- dieu, le mécénat représente désormais 20% du budget global du festival, lequel s’élève à 1,8 M€. Qui dit mieux ?
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Mai 2016
Yann Petiteaux

