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n°29
STRATÉGIE & INNOVATION NUMÉRIQUE Haute résolution - Effervescence des solutions de paiement en ligne Mi-lièvre mi-tortue
Le e-commerce est définitivement entré dans les mœurs des consommateurs, et on pour- rait penser que le marché des solutions de paiement dédiées s’est consolidé. Ce n’est qu’en partie vrai. Ce dernier est en fait très actif, et évolue considérablement, aussi bien en termes de poids financier que d’activité en- trepreneuriale. La structure centrale reste la même. Au cœur du système se trouvent les Groupements d’intérêt économique (GIE), comme Mastercard, Visa, Carte bleue, qui réalisent le trans- fert à proprement parler entre la banque du marchand et celle du client pour les trans- actions par carte de crédit, qui constituent en France la majorité des transaction élec- troniques. Ensuite, les ac- teurs les plus en vue sont les Prestataires de service de paiement (PSP), qui se placent en intermédiaires entre les banques et les mar- chands, et s’occupent des activités de recouvrement et d’encaissement. Après cela, les choses se compli- quent quelque peu. Il existe des prestataires spécialisés pour tous les moyens de paiement autres que la carte de crédit : les portefeuilles électroniques (comme Pay- pal), les abonnements, les
Le marché est mûr mais effervescent, grâce à l’internationalisation et aux smartphones. Cependant les comportements du public changent lentement...
la culture du paiement étant chez eux différente (si les Français sont excessivement friands de carte bleue, les Allemands préfèrent le vi- rement, par exemple). « À l’international, il existe un nombre de moyens de paie- ments impressionnant, et dans la grande majorité des pays, la carte de crédit est minoritaire », rappelle Chris- tophe Bourbier, PDG de Li- monetik, une plateforme de paiement spécialisée dans les moyens de paiements autres que la carte de crédit. En Russie, la solution ma- jeure de wallet n’est pas Paypal, mais Kiwi ; en Chine, c’est Alipay... En plus de cela, « quand le moyen de paiement utilisé est autre qu’une carte de crédit, chaque transaction doit faire l’objet d’une ré- conciliation, pour s’assurer que la bonne somme arrive sur le bon compte », conti- nue Christophe Bourbier. Une opération menée qua- siment transaction par trans- action. Or, avec l’arrivée notamment des produits nu- mériques, même une PME peut voir au-delà de ses frontières. Les solutions per- mettant d’intégrer ces moyens de paiement inter- nationaux ont donc, logi-
quement, le vent en poupe.
« Maintenant je paie et me fais que mon mari fait sa sieste... »
diaires, entre le marchand et son PSP, qui facilitent l’accès aux nouveaux moyens de paiement (au- trement dit, les interactions avec les prestataires spécia- lisés) en fournissant les ap- plications nécessaires. En plus de tout cela, les banques proposent (en général aux PME) des solutions clé en main, qui intègrent en marque blanche les services d’un ou plusieurs PSP et
livrer tellement vite que je peux faire du shopping en douce pendant
par mois. En face de cela, une quarantaine de mar- chands réalisent plus de 30% de toutes les e-paiements... Autre exemple, certains mar- chands ont des relations avec plusieurs banques, voire avec plusieurs PSP, à la re- cherche du taux d’accepta- tion le plus élevé possible. Autant dire que les profils sont très variés, et les offres se sont adaptées en consé-
L’INEXORABLE MONTÉE DU MOBILE L’autre tendance majeure qui secoue le marché du e- paiement est la domination annoncée de nos écrans fa- voris : les smartphones, qui représentent déjà plus de 10% des paiements en ligne. « Le paiement sur mobile est l’une des tendances ma- jeures du moment », estime Bertrand Pineau, responsa- ble systèmes d’information et nouvelles technologies à la FEVAD (Fédération du e-commerce et de la vente à distance). Cette montée en puissance bous- cule les équilibres du mar- ché. « Les systèmes de paie- ment du type wallet, comme Paypal ou Paylib, sont par- ticulièrement bien adaptés à l’univers du mobile, et y deviennent prépondé- rants », souligne Philippe Marquetty. Il est facile de voir pourquoi : rentrer un numéro de carte bleue sur le clavier d’un téléphone portable, même avec la meilleure ergonomie du monde, reste peu pratique. En revanche, le wallet de- mande de rentrer moins d’informations, voire de se contenter simplement d’un
Les systèmes de paiement du type wallet, comme Paypal ou Paylib, sont particulièrement bien adaptés à l’univers du mobile,
et y deviennent prépondérants
Juridique
Evolution
Le secteur du marché des paiements en ligne va bientôt avoir une nouvelle raison de continuer son ébullition per- manente. « Le régime juridique du paiement va bientôt évoluer, avec la parution prochaine de la 2ème directive eu- ropéenne sur les services de paiement (DSP2). Elle va introduire de la concurrence et de la transparence », décrit Bertrand Pineau, responsable systèmes d’information et nouvelles technologies à la FEVAD. La DSP2 pose le principe du remboursement inconditionnel des prélèvements auto- matiques (à quelques exceptions près) et rabaisse à 50€ le plafond que les utilisateurs pourront être tenus d’assumer en cas de paiement non autorisé à la suite d’une perte ou d’un vol de carte de paiement, contre 150€ avec la DSP1. Et surtout, les services dits d’initiation de paiement, intervenant entre le commerçant et la banque de l’acheteur, seront pris en compte dans le champ de la directive. Autrement dit, les PSP sans carte de crédit seront donc désormais soumis aux mêmes normes de réglementation et de surveillance que tous les autres établissements de paiement. Enfin, la DSP 2 va instaurer des règles de trans- parence stricte pour les places de marchés, la pratique
étant en forte augmentation.
fusions sont régulières dans le marché, et il peut donc sembler difficile parfois de s’y retrouver.
OUVERTURE À ET VERS
L’INTERNATIONAL
Ce foisonnement et cette
ébullition – plus ou moins
constants, mais particuliè-
rement prononcés en ce mo-
ment – s’expliquent en partie
par le vaste éventail de ser-
vices à fournir. « En fait, quence, allant d’un abon-
paiements en plusieurs fois, par carte cadeau ou proprié- taire, par échange de crédit mobile... Une liste qui ne cesse de s’allonger. « Un moyen de paiement ne dis- parait jamais vraiment, sou- ligne Christophe Dolique, CEO de Fivory, éditeur de solutions de paiement mo- bile. La tendance est plus à les faire évoluer, les amé- liorer et les combiner qu’à les supprimer. »
prestataires. Néanmoins, « la tendance est à la décor- rélation entre les métiers de PSP – au sens large, in- cluant la réconciliation, la lutte contre la fraude, le cross-canal... - et ceux de la banque », analyse Gilles Brabant, responsable des ventes pour la France chez Ingenico Payment Services. Avoir les deux prestations séparées autorise plus de flexibilité pour les faire évo- luer. Enfin, pour simplifier le tout, les acquisitions et
pour bien comprendre l’hé- térogénéité des offres, il faut appréhender la diversité des demandes », souligne Didier Brouat, DG de Payline, so- lution de paiement en ligne de Monext. À la fin de l’an- née 2016, la France devrait compter plus de 200000 marchands en ligne. Mais entre 50 et 60% d’entre eux réalisent moins de 100 ventes par mois, certains (et ils sont plutôt nombreux) descendant en-dessous de la barre des dix transactions
nement à 15 euros par mois avec des coûts fixes aux formules sur mesure. Cha- cun peut trouver chaussure à son pied, mais cette exhaustivité encourage l’ac- tivité du marché du e-paie- ment.
Et il y a enfin une dernière grande famille d’intermé-
En plus de cela, l’ouverture du marché européen a attiré des acteurs étrangers, dont l’arrivée est toujours en train de modifier en profondeur le paysage. Leurs services sont en général complémen- taires des acteurs français,
54 AVRIL 2016
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