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pourront assister à des conférences en ligne et visionner des vidéos explicatives en suivant deux parcours : « Initiation » pour les débutants, et « Expertise » pour les investisseurs chevronnés. Le programme prévoit aussi la gestion d’un portefeuille virtuel d’actions.
Baromètre Finance & Investissements arT DE VIVrE & PaTrIMOINE uLE COIN DES ANALYSTES
La pierre-papier séduit toujours
u Actions : Swiss Life AM voit des valori- sations attractives en zone euro
Pour Swiss Life AM, la construction de portefeuilles défensifs, capables de résister à la volatilité des marchés, va rester une priorité dans les mois à venir. Selon le gestionnaire, les actions, qui se distinguaient jusqu'ici par leur prime de momentum et leur prime de croissance, risquent de s'essouffler dans le régime de marché baissier actuel. Il observe que c'est déjà le cas pour certains titres du secteur technologique. « En revanche, notre modèle nous incite à investir dans des titres dont la valorisation paraît faible pour de mauvaises raisons et qui, en plus, sont capables de procurer de la stabilité au portefeuille », écrit-il. Il cite notamment le secteur des utilities, qui comprend des valorisations très attractives.
u Pétrole : Source prévoit un baril à 20 dollars
Selon Paul Jackson, directeur de la recherche Multi- Asset chez Source, le choc de la baisse des prix du pétrole diffère des précédents épisodes dans la mesure où l'on observe une certaine nervosité sur les marchés actions. Il pense que l'effondrement des prix donnera in fine un coup de pouce à l'économie mondiale. L'analyste attend notamment un transfert de revenus massif des producteurs aux consommateurs, et des pays peu endettés aux pays fortement endettés. Il remarque qu'une comparaison avec les cycles de baisse du pétrole à partir de 1969, 1976 et 1979 permet de constater que de manière
prix du pétrole plongent. Selon lui, le prix du pétrole devrait atteindre le point bas de 20 dollars. « La transition vers cette nouvelle ère de pétrole bas risque d'être assez houleuse », anticipe-t-il.
uDNCA Investments privilégie les actions Selon une note de marché de DNCA Investments, 2016 sera une année compliquée sur les marchés, dans le prolongement de 2015. Dans ce contexte, « l'Europe paraît attractive et les actions doivent être privilégiées par rapport aux obligations ». Il estime que les marchés deviennent de plus en plus systémiques de par leur fonctionnement. Il faut selon lui savoir vivre avec cette volatilité excessive, et même transformer ces conditions de marché en opportunités. « Mais pour les saisir, il est essentiel de conserver une part de liquidités importante en portefeuille », souligne-t-il.
La rentabilité est de plus en plus difficile à obtenir sur les placements traditionnels alors que le Livret a semble enlisé à un taux historiquement bas de 0,75% et que les livrets
d’épargne proposés par les banques voient eux
aussi leur rendement s’effriter. Dans ce paysage
morose, les sCPI parviennent à garder la tête
hors de l’eau. En 2015, leur rentabilité tournait
autour de 5% en moyenne – nettement mieux que
la grande majorité des assurances-vie. La sCPI
Corum Convictions a même atteint un chiffre de
6,30% net. L’atout de cette dernière : sa
répartition géographique, distribuée entre la
France et le reste de la zone euro. D’autres
produits se développent sur le même modèle,
avec comme objectif de profiter de la croissance
économique de certains pays européens. C’est le
cas de Novapierre allemagne par exemple, ou
encore du LFP Europimmo commercialisé par La
Française aM.
L générale, les actions progressent à mesure que les
Sandel vs. Tirole : Morale vs. Ethique – de la neutralité
éthique & Finance
a collection Points seuil vient de publier en poche la traduction sentiments moraux comme l’indignation et condamnant a priori le du best-seller planétaire de Michael sandel, Ce que l’argent marché, il est préférable d’analyser en toute neutralité nos tabous ne saurait acheter. Ce livre important propose une magnifique moraux. son exemple le plus frappant concerne le commerce des
par
synthèse, analytique et construite, des « limites morales du marché ». organes humains : certes ces échanges marchands soulèvent de
Arthur
sa thèse est aussi simple que profonde : « le marché affecte les biens dont il permet l’échange ». Tout n’est pas monétisable (comme une amitié ou un Prix Nobel), et la marchandisation à outrance impacte en profondeur la psychologie de chacun en promouvant une éthique permissive liée à la possibilité de tout acheter. Non content de corrompre la nature des certains biens ou services, l’argent est aussi facteur d’inégalité – qui mine de facto le fondement des sociétés dé- mocratiques et justes : « l’approche neutre des valeurs inhérente au raisonnement marchand » interdit le recours à l’argument moral et à l’indignation, et favorise de dangereuses dérives – contre lesquelles le professeur de philosophie à l’université de Harvard présente l’urgence de « repenser le rôle du marché » en refusant « l’amoralisme économique » et en lui imposant des « limites morales ».
légitimes réticences ; mais comme le démontrait G. Becker, l’interdiction de vendre son rein limite considérablement les donations et condamne à mort chaque année des milliers de personnes. Jean Tirole fustige ainsi ceux qui se targuent de moralité en prenant une position a priori sur ce débat, sans réfléchir aux conséquences impli- quées : se draper dans sa vertu pour condamner certains échanges est une attitude qui peut se révéler coupable. Dès lors, conclut Tirole, « les réflexions éthiques, si elles doivent guider intelligemment nos politiques publiques, ne devraient en aucun cas nous priver des examens de fond qui seuls nous permettront de relever les défis de l’avenir ».
Cohen
Président Directeur général des éditions Hermann, Philosophe spécialisé dans les questions éthiques appliquées au secteur financier
Lors d’une récente allocution prononcée dans le cadre des travaux de la Fondation éthique et économie et intitulée « La Moralité et le marché » (www.asmp.fr), Jean Tirole a examiné les critiques formulées à l’encontre des défaillances du marché au nom de la morale. Le lauréat 2014 du Prix Nobel d’économie considère que, plutôt que d’adopter d’emblée une posture morale, reposant sur des
Ce face-à-face éclaire la distinction entre l’approche morale et l’approche éthique. La première repose sur des principes et des normes socialement reconnues, et admet un raisonnement essentiel- lement de nature déontologique ; la seconde, plus rationaliste, ne postule aucun axiome et reconnaît la pertinence d’une méthode de probation de type conséquentialiste. La première se pose comme externe au marché ; la seconde autorise son intégration à la rationalité économique. L’éthique est neutre, la morale partisane.
Mars 2016
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