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Décryptage - L’impact économique du streaming sur la musique en ligne sTraTéGIE & INNOVaTION NUMérIQUE
PERCÉE DU STREAMING, DE LA VIDÉO ET RETOUR AUX BASIQUES
Mais la tendance qui touche la musique en ligne demeure le basculement des activités de téléchar- gement vers l’écoute de la musique en streaming. Le rôle des acteurs évolue. Et s’opère un glissement d’une logique de distribu- tion de la musique vers une autre de diffusion en tant que média. « Cet aban- don du modèle de distri- bution vers le média va reconditionner les règles du secteur de la musique en ligne », remarque xa- vier Filliol. au dernier se- mestre, l’étude de l’Ob- servatoire de la musique chiffre les parts de marchés du téléchargement et de la téléphonie mobile à res-
nouveaux horizons : La VoD, le live et la vidéo sont ainsi en plein essor. D’autant que l’accès à la musique est protéiforme : linéaire (radio), semi-in- teractif, à la demande (pod- cast, streaming, VoD, live),
(pour le téléchargement) à travers le cloud autorise de croiser les contenus aux droits hétérogènes. Ainsi, l’une des forces de Qobuz est de proposer un label ou un artiste inédit parce qu’elle est aussi une pla-
sont un temps, semble-t- il, accoutumées à la mé- diocrité. Certains opéra- teurs ont ainsi misé gros sur la qualité du son : entre autres, Qobuz. « Lorsque l’on passe de l’analogique au numérique, le son est
le mobile dépasse tout autre type de support dès lors que le particulier souscrit à une offre en ligne. Par ailleurs, selon la dernière étude de l’Observatoire de la musique, le dernier tri- mestre met en lumière un
thorique ne sera plus la conquête de parts de mar- ché mais la part d’attention de l’auditeur, quel que soit l’ensemble des terminaux analogiques comme numé- riques utilisés (Observa- toire de la musique, pre- mier semestre 2015).
Les acteurs de l’offre se différencient par leur moyen d’accès à la musique : linéaire (radio), semi-interactif ou à la
OBJECTIVER
LA VALEUR
DU PARTAGE
DES REVENUS
DE LA MUSIQUE
Des doutes persistent quant à l’avenir de la musique en ligne. Le rapport Les- cure de 2013 soulignait déjà que ce secteur souffrait et nécessitait un effort légal pour objectiver le partage de la valeur. réguler les relations économiques pas- serait notamment par un effort de transparence sur le sponsoring des sites qui proposent des abonnements gratuits. Les yeux sont éga- lement rivés sur les géants que sont YouTube et Goo- gle, ainsi que les plate- formes de distribution qui ne doivent pas seulement être considérées comme des prestataires techniques mais aussi comme des mé- dias soumis aux mêmes obligations de partage de revenus au profits des ayant-droits. Pour lutter contre cet effet aspirateur de la valeur économique du streaming, un accord historique pour la filière de la musique a été signé fin septembre 2015 entre les professionnels du sec- teur, en vue d’un dévelop- pement équitable. artistes, producteurs et plateformes s’engagent donc aux côtés des pouvoirs publics pour un développement équili- bré, en ajustant la réparti- tion des revenus. Les pro- ducteurs s’engagent ainsi à partager la totalité des revenus reçus des services de musique en ligne avec
L’avenir du streaming : le live sans l’odeur de sueur
pectivement 30 et 4% des parts totales. Le streaming représente ainsi 59 millions d’euros et enregistre une progression de 65% des revenus issus des abonne- ments, conservant le lead avec ses 65% de parts de marché. Les fameux spo- tify et Deezer ont d’ailleurs supprimé le téléchargement de leur site. « Cette ten- dance qui pousse les pro- fessionnels de la musique en ligne à devenir médias les amène à explorer de
qui vogue entre la radio et les préférences du mélo- mane qui écoute sur la pla- teforme dédiée. Mais tous ne prennent pas ce virage radical. a l’image de l’offre combinée du français Qo- buz : « “streaming + télé- chargement” fait disparai- tre la frontière telle qu’elle est vue actuellement entre les sites de téléchargement et les services de streaming. La notion de “droits d’ac- cès” temporaires (pour le streaming) ou permanents
écouté au moins une fois de la musique sur une pla- teforme de streaming. Ce marché en devenir pousse dès lors les acteurs à se diversifier et à monter en gamme. Ce faisant, la qua- lité aussi est de retour. Fini le temps du MiniDisc – vous en souvenez-vous ? – où vous compressiez plu- sieurs fois le format pour obtenir un son mono tel- lement mauvais que vous ne perceviez plus les basses... Nos oreilles se
LA MUSIQUE ÇA S’ÉCOUTE AVEC
LES YEUX ?
L’avenir de la musique n’est pas juste dans l’audio. Il est aussi dans le visuel. songez aux petits jeunes de votre famille qui vous font « regarder de la mu- sique » ! Ce qui explique pourquoi l’ordinateur et le téléphone mobile restent les supports les plus en vogue. Et, logique de ren- tabilité après achat oblige,
tels que YouTube qui pro- posent désormais musique, films, documentaires ? a ce sujet, certains profes- sionnels du streaming hé- sitent à passer le pas en proposant de l’entertain- ment en sus de la musique pour diversifier l’offre et garder captifs une partie de leurs abonnés tentés de partir vers d’autres hori- zons. L’Observatoire sou- ligne que face à ces enjeux l’atout clé pour se démar- quer dans cette offre plé-
tres me-
si bien que les acteurs de la musique en ligne se dif- férencient aussi par leur moyen d’accès. Ce passage de la propriété à l’accès n’est pas neutre d’un point de vue utilisateur », ex- plique xavier Filliol. De nouvelles start-up émergent dans cette niche, des “smart radios” par exemple, et proposent un algorithme
demande (podcast, streaming, VoD, live)
teforme de téléchargement à l’acte », explique Mal- colm Ouzeri, marketing manager. Outre l’ajuste- ment du modèle écono- mique, le streaming recèle un potentiel encore non exploité. selon le récent Web Observatoire de Mé- diametrie, 42% des inter- nautes en France au troi- sième trimestre 2015 ont
compressé avec une plus ou moins grande précision. Le MP3 en termes de for- mat fait perdre de la pro- fondeur et du détail. Chez Qobuz, nous proposons une fréquence d’échantillon- nage de très bonne qualité en Hi-Res 24-bit, une mu- sique étant en général for- matée en 16-bit », détaille le manager chez Qobuz.
engouement certain pour la TV connectée au regard de la mise à jour des sites opérée en particulier pour les contenus vidéos. Face à ce constat, se pose la question, malgré cette mul- titude de supports, des ser- vices qui n’offrent que de la musique en ligne à leur abonnés. Pourront-ils sur- vivre face à des acteurs
les artistes. D’au. sures abondent dans le même sens vers une meil- leure protection de la source artistique et de ses représentants, afin de ga- rantir une richesse cultu- relle sans pour autant plom- ber l’activité numérique. affaire à suivre.
Geoffroy Framery
Mars 2016 53

