Page 14 - EcoRésean n°28
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n°28
PaNOraMa Grand Angle - Le Printemps de l’Optimisme, évènement sociétal
L'occasion pour EcoRéseau Business d'enquêter sur le sujet principal du panorama, politique, sociétal ou macro-économique
Demain...
E L’optimismedontilesticiquestionn’estpasunequestiond’humeuranecdotique,maisdesantédesindividus, des entreprises et des pays.
coRéseau Business, vie d’un point de vue indi- DES RAISONS Une comparaison qui noircit le philosophe et sociologue signe d’une certaine lucidité qui à longueur d’édi- viduel, quand dans le même CONCRÈTES AU les lunettes de ses habitants. Frédéric Lenoir, auteur de dans notre compréhension tos et d’enquêtes temps, 80% d’entre eux af- « C’ÉTAIT MIEUX « Les nations jeunes ne “Du bonheur, un voyage phi- du monde. « Au lendemain
cherche à porter sa plume firment être très inquiets de AVANT » connaissent pas ce problème. losophique” (2013) et “La du 11-Septembre, notre ana-
dans la plaie béante du pes- simisme, ne pouvait passer à côté d’une manifestation comme le Printemps de l’Optimisme. L’aréopage de participants experts, philo- sophes, entrepreneurs, éco- nomistes, etc., aussi diver- sifié que qualitatif, vient en- core démontrer l’importance du sujet. Pourquoi Thierry saussez, fondateur de la ma- nifestation, vient-il encore d’écrire “50 bonnes raisons de choisir l’optimisme” ? Pourquoi Coca-Cola France a-t-il lancé l’Observatoire du bonheur ? Pourquoi le Conseil économique, social et environnemental (CEsE) qui accueille l’évènement, s’intéresse-t-il à cette no- tion ? Parce que tout ce petit monde sent bien que nombre de freins et problèmes ren- contrés à l’échelle des indi- vidus ou de la société dé- coulent d’un état d’esprit. Or celui des Français n’est pas positif. Il suffit de lire les grands auteurs du passé pour constater qu’à toutes les époques, le discours du « tout va mal » était déjà dominant. 70% des Hexa- gonaux se disent « plutôt ou très satisfaits » de leur
la situation globale du pays. Un paradoxe qui n’est pas de l’ordre de l’anecdotique, mais qui pourrait continuer d’influencer négativement le destin du pays pour encore très longtemps.
Des excuses à cette addiction aux antidépresseurs ? His- toriques tout d’abord, la France étant un vieux pays à l’histoire riche et glorieuse, contrastant avec la situation de déclin connue aujourd’hui.
Sans passé sur lequel se re- tourner avec nostalgie, elles sont naturellement tournées vers l’avenir et sont plus en- clines à l’optimisme. On dit que les peuples heureux n’ont pas d’histoire », remarque
puissance de la joie” (2015). Un défaitisme qui tire aussi ses racines dans la tradition de critique hexagonale, avec Descartes en figure de proue. Ce qui n’est pas forcément négatif, car elle est aussi le
lyse de la situation fut bien meilleure que celle des An- glo-Saxons », précise Fré- déric Lenoir. La conjoncture entre aussi en ligne de compte, mais sans doute pas de manière décisive, en té- moigne le moral supérieur des Grecs ou des Espagnols. « Une autre part de respon- sabilité est à mon sens portée par les hommes politiques, au travers du manichéisme droite/gauche qui structure notre système politique. En permanence, il y a une moitié du pays qui se trouve insa- tisfaite et à qui l’on vend du catastrophisme », reprend Frédéric Lenoir. ajoutons pour finir une dose de pos- ture, le Français aimant mon- trer qu’il surnage et se dé- brouille en milieu hostile.
Optimisme et bonheur ne sont pas corrélés dans le temps à la hausse du niveau de vie, comme le prouve le "paradoxe d'Easterlin" : la proportion d’Américains se déclarant très heureux en 1970 n’est pas plus élevée qu’en 1942, malgré un niveau de vie moyen deux fois plus élevé. « La mesure du bonheur n'est pas absolue, il ne s’agit pas de kilos ou d’euros, rappelle Claudia Senik, professeur d’économie à l’université Paris-Sorbonne et à l’École d’éco- nomie de Paris, qui a écrit L’économie du bonheur en 2014. Le bonheur déclaré par les gens est toujours relatif à un contexte, une
époque, un ensemble des possibles ». Un 7
Méthodologie
La difficile mesure d’une notion subjective
sur 10 de satisfaction en 1940 n’est pas équi- valent à la même «note» en 2010. Une telle mesure n'a donc de pertinence que « si elle in- tervient en complément des indicateurs clas- siques, tels que le PIB, et certainement pas en se substituant à eux », lance Gilles Dufraisse, consultant à la Fabrique Spinoza dédiée au bien-être citoyen. Certaines enquêtes sont 100 % dédiées à une telle thématique, à l'instar de celles de l'institut américain Gallup (classement mondial de l'optimisme, rapport sur la qualité de vie dans le monde...), ou encore du World Happiness Report crée par l'ONU en 2012. Mais l'enquête annuelle sur les conditions de
LE CHAT by Philippe Geluck vie des ménages réalisée par l'Insee prévoit
seulement quelques questions sur le bonheur. Peut-on parler dès lors d’un éclairage supplé- mentaire en matière de politique publique ? « Au-delà des indicateurs classiques, les mesures du bonheur permettent à un gouvernement de vérifier que les orientations prises vont dans la bonne direction. Les citoyens sont-ils contents de leur environnement, de leur salaire, du degré de démocratie dans leur pays ? Passer par le subjectif permet de rendre la parole aux indivi- dus », poursuit Claudia Senik. Et de mener, in fine, des politiques publiques plus adaptées.
UN PESSIMISME
QUI FAIT DU MAL
Cette morosité, même si elle est de façade, a des effets délétères indéniables. « A l’échelle de l’individu, au mieux la mauvaise humeur, voire la dépression, et au pire l’accident cardiaque », remarque Thierry saussez, s’appuyant sur des études scientifiques. a l’échelle du pays, le revers de la médaille est que nous manquons d’imaginaire, de rêve, de mythes collectifs. « La France est d’ailleurs l’un des pays les plus sécularisés du monde, une des nations où l’on croit le moins en Dieu. Or, lorsqu’il n’est pas accompagné d’une dose d’enchantement, l’esprit cri- tique peut mener à un scep- ticisme radical, voire au ni- hilisme. Sur un autre plan, la France est aussi très liée par son histoire au corpo- ratisme, ce qui se ressent aujourd’hui encore dans une défense très forte des intérêts particuliers, au détriment du collectif », observe Frédéric
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Mars 2016
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