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n°28
GaLaxIE ECOrésEaU Prospective - Les canons de beauté en 2050
Compte-tenu des innovations en cours dans le domaine, EcoRéseau Business imagine dans une fiction ce à quoi il ressemblera en 2050,
ah, je ris de me voir cyber en ce miroir !
puis demande l'avis d'un expert du secteur. De quoi révéler des potentiels insoupçonnés
Les goûts esthétiques évoluent aussi. Les tendances qui se dessinent permettent d’imaginer la beauté future,
qui est aussi matière à optimisme...
motifs à volonté.
si elle veut trouver un job, Lina sait qu’elle devra éga- lement diminuer son indice de masse corporelle. avec un score de 24,3, elle aurait été parfaite il y a vingt ans,
antioxydants, et la jeune femme sera parfaite d’ici quelques semaines.
Il faudra qu’elle pense éga- lement au tatouage, parure que porte plus de la moitié des Européens de moins
tatouage contient une encre ferromagnétique capable de détecter un champ ma- gnétique et de vibrer à la réception d’un signal (ap- pel, message, etc.). Le bre- vet déposé par Nokia au
Des tatouages lumineux, pailletés, fluorescents, voire animés, dessinés parfaitement par des robots intelligents
Le regard arc en ciel, tendance 2050...
la beauté est plutôt à la peau hâlée et aux yeux clairs. Des caractéristiques que l’on retrouve au- jourd’hui sur les plus célè- bres des mannequins de mode. ses yeux, justement, d’un classique marron, se- ront bientôt équipés d’une paire de lentilles dont la couleur s’adapte aux envies du porteur. Par coquetterie, elle adoptera également des ongles numériques inter- connectés qui changent de
du temps de sa mère, mais aujourd’hui plus encore qu’auparavant, la minceur est un signe de volonté et de performance fort appré- cié. Dans une civilisation où les ressources sont op- timisées pour nourrir dix milliards d’individus, affi- cher un surpoids, si infime soit-il, n’est pas toujours bien perçu. Heureusement, la perte de masse est lar- gement facilitée par l’in- gestion d’une alimentation à base de pilules (protéines végétales, algues, in- sectes...) qui permettent un contrôle à la calorie près. ajoutez à cela des sachets de cosmétofood riches en
de 30 ans. autrefois l’apa- nage de certains sociostyles, le tatouage s’est très large- ment démocratisé, notam- ment avec l’arrivée de tech- nologies permettant de réa- liser des dessins lumineux, pailletés, fluorescents, voire animés. Et puis les ta- touages sont désormais des- sinés directement par des robots intelligents dont les traits sont parfaits et surtout réalisés sans douleur... a ce jour, Lina n’a qu’un petit smart tatouage au poignet qui, au contact de la trans- piration de son corps, gé- nère un faible courant élec- trique maintenant en charge son smartphone. Ce même
début des années 2010 avait connu un incroyable essor permettant à la multinatio- nale finlandaise de revenir sur le devant de la scène. Enfin, si elle refuse de de- venir l’un de ces riches
ina n’est pas une cursus, elle reçoit réguliè- fille parfaite : son rement des réponses d’em- corps a quelques ployeurs déclinant sa can-
iens transhuma-
petits défauts. Née en 2022, didature. Elle a donc décidé
cyber-sap.
nisés, Lina rêve tout de même d’une paire de pro- thèses mammaires « haute couture » réalisée sur me- sure grâce à la technologie 3D. Mais ce genre de ca- price est encore hors-bud- get pour elle. Ce sera pour plus tard.
elle appartient à cette gé- nération qui a vu le jour dans un monde où la sé- lection génétique humaine n’était pas encore généra- lisée et la chirurgie esthé- tique fort coûteuse.
d’investir... dans son corps. Une nécessité si elle ne veut pas se retrouver mar- ginalisée face à la généra- tion qui arrive en force. Lina va commencer par tra- vailler son teint. La jeune femme est en effet un peu blême. Or avec le métissage croissant des populations, le canon international de
Lina est une jolie jeune femme. Mais visiblement pas assez pour trouver un emploi. En dépit d’un solide
Yann Petiteaux
Jean-François Amadieu est sociologue, professeur à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne et directeur de l'Observatoire des discriminations.
Selon vous, le poids des appa- rences va-t-il s’accentuer dans les prochaines années ?
Il est possible que nous soyons en ce mo- ment-même en train d’amorcer une certaine stabilisation du poids des apparences. En effet, on observe des initiatives des pouvoirs publics et une mobilisation des populations qui peuvent nous laisser penser que nous nous situons à la croisée des chemins. Ci- tons, par exemple, la récente étude du Défenseur des droits sur la discrimination à l’embauche des femmes obèses. Cela va dans le bon sens. C’est un signe que l’on
s’interroge et que les choses commencent à bouger. Toutefois, nous n’assistons pas à un raz-de-marée. D’autant que dans cer- taines parties du monde, la tendance au renforcement du poids des apparences ne se dément pas. Citons l’Asie où la chirurgie esthétique enregistre un fort développement à cause de l’occidentalisation des appa- rences.
Le modèle occidental va-t-il deve- nir la norme ?
Il n’est pas gravé dans le marbre que le canon de beauté occidental s’impose dé-
finitivement. Mais on voit bien qu’à l’heure actuelle, en matière de coupe de cheveux ou de couleur de peau, on reste sur ce modèle. Par exemple, les produits de blan- chiment de la peau se vendent bien en Afrique. D’une manière générale, on assiste à une sorte d’uniformisation de la beauté, avec des variations limitées autour de standards et de normes draconiens.
Va-t-on vers une forme de transhu- manisation du modèle de beauté ? Oui. A la fin des années 90, je soulignais déjà la tentation eugéniste. Aujourd’hui,
la rapidité des progrès techniques fait que l’on se met désormais en capacité de mo- deler le physique depuis la sélection des embryons jusqu’à la transformation des corps. Cela pose la question de l’inégalité des ressources et de la place de l’individu qui n’est pas « dans la norme ». Les sta- tistiques sont sans appel : dans un monde de performance, les corps malades, vieux ou laids sont rejetés. Et cela risque de s’accélérer.
Propos recueillis par Y.P.
Il est l'auteur de l'ouvrage de référence « Le poids des apparences » (2002).
« Une uniformisation de la beauté en cours »
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Mars 2016

