Page 12 - EcoRéseau n°27
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n°27
GALAXie eCOréSeAU Prospective - Les vêtements en 2050
Compte-tenu des innovations en cours dans le domaine, EcoRéseau Business imagine dans une fiction ce à quoi il ressemblera en 2050,
Garde-robes intelligentes
il fut un temps où les habits ne servaient qu’à cacher la nudité et à tenir chaud. Mais ça c’était avant...
puis demande l'avis d'un expert du secteur. De quoi révéler des potentiels insoupçonnés
écrans. durant la fin du XXe siècle et le début du XXie siècle, les technologies n’ont été qu’une histoire de mi- niaturisation, mais depuis dix ans l’heure est aux tech- nologies “mettables” qui collent littéralement au corps
lors du prochain examen médical. Même si tous les véhicules roulent à l’élec- tricité et à l’hydrogène, et si les bâtiments parisiens sont tous aujourd’hui à éner- gie positive, il subsiste dans l’air des particules de pol-
effort décidément trop in- tense. Sa compagne, en dé- placement à Sidney, lui pro- pose un massage relaxant via son smartphone. il enfile donc sa veste connectée, dont les poches d’air se gon- flent autour de la taille et
Le jeune homme porte des habits qui, par micro-encapsulation, libèrent de temps à autre un principe actif pour soigner sa peau
ARobe qui s’effeuille aux beaux jours puis s’épaissit à nouveau en hiver...
et à la peau. Les habits sont devenus de véritables inter- faces. Son travail l’obligeant à être sédentaire toute la journée, Geoffroy a décidé de ne pas ménager son corps lors de séances de sprints éprouvantes et de CrossFit épuisantes. de toute manière son T-shirt, inventé il y a 35 ans par la start-up lyon- naise Cityzen Science, es- time son degré d’hydratation pendant l’effort et mesure ses pulsations cardiaques en temps réel, transférant ses données personnelles à son médecin, qui peut l’aler- ter s’il décèle une anomalie et utiliser les statistiques
lution, souvenirs d’un passé carboné. Heureusement pour le vibrionnant Geoffroy, qui bondit tel un cabri au-dessus des racines, sa veste imper- méable filtre l’air environ- nant. il croise des coureurs plus téméraires qui traver- sent les fourrés épineux sans rien ressentir, vêtus de tissus en bêton dont le brevet a été déposé à Toulouse dans les années 2010 et que l’an- cien couturier Karl Lagerfeld utilisait pour la marque Cha- nel. Cette fois Geoffroy a trop forcé et ressent, en fran- chissant l’ouverture biomé- trique de son domicile, de vives courbatures après un
des épaules selon ce que sélectionne sa chère et tendre sur son écran. Geoffroy est désormais apaisé, comme en atteste sa couverture connectée à son casque et donc à son activité neuro- nale, que British Airways
près les fêtes de préalable. La plupart des Geoffroy n’a qu’à choisir fin d’année mar- sites marchands détiennent ses articles de running, les quées par les ca- déjà dans leurs bases les essayer virtuellement pour
lories superflues, Geoffroy données exactes de sa mor- parfaire le sur-mesure, puis
utilise depuis 2. cabines de première classe. C’est son niveau d’humeur qui est représenté. elle était rouge à son arrivée, signe de stress, pour virer petit à petit au bleu, signe de son apaisement. Tout est désor- mais calme et reposé. Bonne nuit Geoffroy.
décide enfin de se mettre à courir, sous la pression de son entourage. d’un naturel paresseux, il n’en décide pas moins de s’évader deux fois par semaine sur les sen- tiers du bois de Boulogne afin d’accroître son endu- rance et de retrouver la forme. Organisé cette fois- ci, il décide de s’équiper au
phologie, car sa maladie de peau l’a conduit par le passé à commander des vêtements soignants. Ainsi depuis l’en- fance le jeune homme porte des habits qui, par la mi- cro-encapsulation, libèrent un principe actif. Les sites conçoivent donc en instan- tané des modèles person- nalisés par imprimante 3d.
cliquer avant d’être livré par drone dans la journée. Accélérant sa foulée lors d’exercices fractionnés, il regarde maintenant d’un air hautain ces coureurs d’un autre temps qui mesurent et observent leurs statistiques sur leur smart watch ou leurs smart glasses. Certains en sont donc encore aux
014 dans ses
Olivier Ducloux, ingénieur composants et technologies Géonaute, Olivier Maret, responsable innovation process textiles pour Decathlon
Julien Tarby
à la marge, les protections contre le soleil et les rayonnements infrarouges peuvent différer entre l’Europe et l’Asie... mais dans l’ensemble le marché est global.
OD : En matière d’électronique le "quantified self" – c'est-à-dire le phénomène des outils portables de mesure – donne lieu à des produits différents selon les grandes zones géographiques. En effet des buts différents sont poursuivis : aux Etats-Unis on est avant tout tourné vers la mesure de la performance, et on s’attache à repousser les limites du corps, quand en Europe c’est un peu moins le cas. En Asie on est plus dans la pratique quotidienne du sport afin de se maintenir en bonne santé – les outils y sont donc différents et surtout plus en rapport avec la nutrition.
Les innovations dans les vêtements surviennent-elles fortuitement, au gré des modes, ou suivent-elles une ligne précise ?
OM : Si différentes expertises sont utilisées pour faire évoluer les textiles, c’est à chaque fois pour répondre à un besoin précis des clients. Nous avons par exemple mis au point des T-shirts et des brassières munis d’électrodes cardiaques pour Kalenji, car la ceinture avait tendance à tomber lors de la course. Dans un autre registre des sportifs affirment que des vêtements sont trop chauds au début puis pas assez par la suite, ou inversement. Certains se plaignent de brûlures ou d’irritations. A nous à chaque fois de modifier ou de renforcer les habits
en conséquence.
Quelles tendances de long terme observez-vous ?
OD : Deux évolutions majeures se dessinent : premièrement la miniaturisation, à tel point que de l’électronique hard se clipse désormais facilement sur le T-shirt. Demain nous dis- poserons de simples boutons, toujours moins encombrants et faciles d’usage. Deuxième- ment les technologies deviennent flexibles, à tel point que l’on peut les rendre invisibles
en les intégrant au textile.
OM : A noter aussi que l’appauvrissement de ressources et les problèmes environne- mentaux vont diminuer l’utilisation de ma- tière et influencer le choix des composants. Les fibres naturelles vont de plus en plus être privilégiées, au détriment des dérivés du pétrole comme le polyester. Les produits
seront d’ailleurs toujours plus conçus dans un souci de facilité de recyclage. Aujourd’hui les supports textiles sont les mêmes, avec du tissé, ou du tricoté – les mailles permet- tant un allongement. Mais des nouveautés, avec de nouvelles propriétés, pourraient survenir à l’avenir.
Les goûts sont-ils universels en la matière ?
OM : La gamme des produits Decathlon est commercialisée sur le monde. Certes parfois des pays, notamment au nord de l’Europe, peuvent avoir une plus grande conscience de l’environnement et donc at- tendre des matières plus naturelles, les manches peuvent être plus ou moins longues selon les pays, les formes peuvent diverger
« Fibres naturelles et électronique maligne »
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Février 2016


































































































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