Page 48 - EcoRéseau n°26
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n°26
CLUb ENtrEPrENDrE Leçons de maux - Ces multimillionnaires qui ont fait failli, puis rebondi
Apprendre de ses échecs et utiliser cet acquis dans une nouvelle aventure. Tel est le credo qui est suivi dans cette rubrique,
montagnes russes
D A quoi carburent ces multimillionnaires qui n’hésitent pas à faire le yoyo ? Des vécus riches d’enseignements
qui retrace une sortie de route pour mieux se tourner vers l'avenir
ans la société française des twin towers ! il réalise se posent beaucoup de questions doivent être revus, affirme Phi- où l’échec est mal vu alors que le tourisme mondial dans leur coin, mais contrai- lippe rambaud. Nous avons et la réussite comme va s’effondrer. En un mois, il rement aux Américains, ils ont tous conscience que la réussite
signe de force, les entrepreneurs se retrouve au tribunal de Com- du mal à parler de l’échec et à est précaire, il faut donc que
ont souvent peur de tomber de haut. « Dans l’Hexagone, 60000 entrepreneurs font faillite chaque année », rappelle Philippe ram- baud, président de l’association 60000 rebonds qui aide mora- lement et psychologiquement les entrepreneurs en faillite. « Il est très difficile de tout perdre du jour au lendemain. Souvent, les dirigeants d’entreprise pas- sent par plusieurs sentiments mais surtout par celui de la honte. Eux, qui ont toujours eu l’habitude de se débrouiller par eux-mêmes, de- viennent fragiles, se remettent en question et n’ont pas envie de demander de l’aide à qui que ce soit », ajoute le président de 60000 rebonds. Comment font alors certains pour en sortir plus forts?
merce. il est alors complétement ruiné.Aujourd’hui, il est difficile de croire que cet homme a été confronté à une situation aussi catastrophique et pourtant... il a su rebondir et toucher de nouveau le succès avec la vente du site “Se Loger” pour 650 millions d’euros, dix ans plus tard ! Un coup de chance ?
montrer leurs cicatrices. Alors qu’au final, il n’y a pas deux camps de celui des entrepre- neurs qui réussissent et celui de ceux qui ne réussissent pas » L’association aide près de 150 entrepreneurs par an. ils sont pour la plupart détruits mora- lement et n’osent pas avancer. « Nous les aidons à comprendre que personne n’est nul. Nous leur redonnons confiance en eux et les faisons réfléchir, non pas sur ce qui a failli, mais sur la manière avec laquelle ils pourraient changer les choses. Il faut qu’ils puissent se reposer et prévoir les éventuelles erreurs en préparant des «plans B». Ainsi, leur rebond est souvent dû à leur entourage qui les pousse et les encourage à avan- cer. ». La chance y serait-elle pour quelque chose ? « Je ne crois pas au facteur chance. C’est la pugnacité qui finit tou- jours par porter ses fruits », explique Capucine Graby, selon qui « la confiance en soi et une approche très visionnaire ont aussi été déterminantes dans le cas de Denys Chalumeau. »
l’on intègre l’échec dans le domaine professionnel et per- sonnel. Il faut se dire que ce n’est pas un drame. La société doit détacher l’individu – c’est- à-dire ses valeurs– de son his- toire professionnelle. Ainsi, se- rait-il plus facile de rebondir. » il semblerait que la France commence à comprendre que l’échec est un «passage obli- gatoire». Nous le voyons avec les FailCon, un mouvement qui tire l’enseignement de l’échec et témoigne du rebond possible. « Sur le thème de l’échec, Emmanuel Macron me disait qu’il en faisait son cheval de bataille. Je crois que les mentalités sont vraiment en train de changer. C’est une excellente nouvelle pour flui- difier l’économie », confirme Capucine Graby. Ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort. N’est-ce pas ? Que ce soit un multimillionnaire, un en- trepreneur d’une PmE/tPE ou
LES RICHES
PLEURENT AUSSI
Si la faillite est vécue comme un drame professionnel et per- sonnel, elle est d’autant plus dure à digérer quand la perte s’élève à plusieurs centaines de millions d’euros. C’est no- tamment le cas de personnalités inattendues du monde écono- mique comme Henry Ford, Steve Jobs ou encore bill Gates. Le premier, pour cause de sou- cis de santé notamment, voyait son entreprise perdre des di- zaines de millions de dollars par mois. Pour autant son nom
« Oui, oui ! Je vous la lance, mais je vous ai observé, vous auriez quand-même pu y mettre du vôtre... »
est inscrit dans l’histoire et il a su rebondir grâce à son entou- rage et ses ressources intérieures. Steve Jobs a dû également tomber plusieurs fois de haut pour finalement fonder Apple. En effet, au départ ses ordina- teurs ne se vendaient pas comme il le souhaitait. Quant à l’homme le plus riche du monde selon Forbes, bill Gates, sa première entreprise traf-o- Data, qui analysait le trafic routier via des tubes noirs ins- tallés sur les voies de circulation, a depuis fait faillite. Et ce n’était que le début... Quant aux en- trepreneurs français, plus d’un
se sont déjà retrouvés sur la sellette... Dans le livre « Gran- deurs et misères des stars du Net », marc Simoncini (fon- dateur de meetic) et la journa- liste Capucine Graby mettent en lumière six entrepreneurs français du Net, dont Xavier Niel, qui ont su rebondir après leur échec. Parmi ces chutes, la plus retentissante reste celle de Denys Chalumeau. En 2001, il souhaite vendre Promo-va- cances. La banque d’affaires lui trouve alors des acheteurs prêts à débourser 200 millions d’euros. Au même moment, les médias annoncent l’attentat
Nous apprenons de nos erreurs. « Ce n’est pas vraiment le cas en France, tranche Philippe rambaud. Ce modèle s’ap- plique plus aux Etats-Unis, où on ne glorifie pas l’échec, mais où l’on considère que sans ce dernier, on ne grandit pas. Le pays a un mythe de réussite et vit dans la confiance que demain sera mieux qu’aujourd’hui. Cette confiance est également présente dans leur système d’éducation. En France, la confiance n’est pas inculquée. Nous entourons en rouge ce qui est faux et écrivons «Peut mieux faire !». Il y a un certain manque d’optimisme. » Ainsi, les entrepreneurs américains ont cette capacité de l’estime de soi et travaillent sur leurs échecs. Grâce à ce bagage, ils ont plus de facilités à affronter leurs défaites, leur état psycho- logique brisé car ils sont habitués à les analyser, comme une étape incontournable de construction. « Les entrepreneurs français
pouvons
LA CLÉ DU REBOND
48 DéCEmbrE / JANviEr
LES MŒURS CHANGENT
« Pour instaurer cette confiance en soi, il faut casser les tabous de la réussite. Un mouvement de société doit se créer. Les programmes scolaires et les mœurs au sein de la famille
même un salarié, nous. tous nous tromper, tout perdre et nous retrouver face à ce drame – la faillite. mais seuls ceux qui ont une confiance en eux peuvent rebondir. La confiance en soi n’est pas un trait de caractère, elle passe par un travail sur soi et des ef- forts de l’entourage.
Anna Ashkova

