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n°26
CLUb ENtrEPrENDrE Electron libre - Jean-Marc Borello, président du groupe SOS
Dans cette rubrique EcoRéseau met à l'honneur un(e) entrepreneur(e) parce qu'il (elle) a un profil atypique, parce que son entreprise
gion d’honneur en 2000.
tional, il décide de pleine- ment s’investir en 1988 dans ce groupement d’as- sociations et d’entreprises vouées à lutter contre l’ex- clusion.
ICONOCLASTE, BAROUDEUR, FONCEUR
Ce fils d’un père militaire de carrière et d’une mère salariée de Pechiney, élève peu assidu, enfant fugueur, réussissant juste à décro- cher le bac, suit un par- cours aussi rectiligne qu’un sentier de montagne. Educateur spécialisé, tra- vaillant dans un centre d’accueil pour jeunes dé- linquants, il se fait remar- quer en jouant à la perfection les grands frères pour un «gamin» réputé inassimilable. En 1982, avec la gauche au pouvoir, on lui propose de rejoindre la mission interministé- rielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (mildt). Puis, il part prêter main-forte à Gaston Def- ferre, ministre de l’inté- rieur et maire de marseille. Sa rencontre avec régine,
46 DéCEmbrE / JANviEr
VOUS AVEZ DIT STRUCTURE BIZARRE ? L’organisation est hybride,
la reine des nuits pari- siennes, change tout : il se transforme en patron de boîte de nuit. Dirigeant son petit groupe d’hôtels et de restaurants à partir de 1986, il devient sans vrai-
ministériel, alors que dans l’univers de l’entreprise, les effets des décisions se font ressentir tout de suite » tranche-t-il de son accent méridional. Ayant fondé en 1985 SoS Drogue interna-
actions, n’hésitant pas à aborder, contrairement à 90% des autres associa- tions, plusieurs thèmes : actions sociales, emploi, etc., car nous pensons que tout est lié : lorsqu’il y a
t-il. Une révolution perma- nente rendue possible d’une part par les disposi- tifs d’innovation, qui per- mettent de remonter les projets et propositions des 350 établissements, mais aussi par les propositions des pouvoirs publics pour reprendre des structures en difficulté. « Les associa- tions en Lorraine, qui s’oc- cupaient d’hôpitaux et de maisons de retraite, per- daient annuellement 27 millions d’euros quand nous les avons reprises il y a trois ans. Aujourd’hui elles gagnent un million d’euros », cite le méridio- nal. A cause de cette singu- larité, le groupe n’a pas de concurrents aussi transver- saux. « Ceux qui sont en face de nous sont plutôt des entreprises du secteur lu- cratif qui officient seule- ment dans quelques-uns des domaines que nous traitons. » Un GiE, consti- tué de jeunes diplômés d’HEC, X ou Sciences-Po, centralise la recherche de fonds pour l’ensemble des associations, la communi- cation et la comptabilité. Grâce à ses statuts d’ESS, les dividendes ne sont pas redistribués à des action- naires et les bénéfices sont réinvestis chaque année. SoS se développe désor- mais à l’international, ré- cemment aux Etats-Unis dans la Silicon valley, en reprenant par exemple un restaurant d’entreprise au pied d’oracle, au texas, à Hong-Kong, au maroc ou en tunisie pour ouvrir des incubateurs ou pépinières d’entreprises comme à bo- bigny
état d’esprit aux ouailles de l’open space qui l’entoure, et même à tout le groupe : la culture du résultat. « Nous recherchons tou- jours les économies d’échelle et la rentabilité dans nos actions. Dans les entreprises de réinsertion, l’aide publique ne dépasse pas les 5% du CA, nous de- vons donc nous débrouiller avec des salariés réputés inemployables », aime à rappeler celui qui n’a pas hésité à passer par deux plans de sauvegarde de l’emploi concernant 200 personnes, et 11 licencie- ments secs pour les asso- ciations de Lorraine. « Mais depuis nous avons rétabli et créé des établis- sements dans la région qui ont créé autant d’emplois, et même plus. » Le résultat, toujours le résultat pour celui qui mêle jeunes di- plômés, ex-cadres de la fonction publique et auto- didactes dans ses équipes. « Ayant plus d’argent, je peux maintenant embau- cher des seniors, ce qui permet d’obtenir aussi une diversité d’âge », déclare le premier président du mouves. Cette commu- nauté d’entrepreneurs so- ciaux s’entraide et a poussé certains textes de la loi Hamon. L’autodidacte est désormais un dirigeant qui fait référence : « il existe trois types de mana- gement : le charismatique lorsque la société se crée et que le patron parle d’un monde qui n’existe pas, l’autoritaire lorsqu’il s’agit
menhir atypique
L es chats ont sept vies, et Jean-marc borello pourrait bien concurrencer les fé- lins. Son vécu haut en cou- leurs lui a d’ailleurs permis de façonner le groupe SoS, géant à part de l’ESS de 13000 salariés qui inter- vient dans six secteurs, pratiquant 30 à 40 métiers pour 650 millions d’euros de CA. Les 350 établisse- ments, principalement des sociétés d’insertion autofi- nancées et des associa- tions, sont regroupés en une unique structure qui impressionne par ses résul- tats. « Depuis cinq ans nous progressons annuel- lement de 20% grâce à une présence dans des do- maines très variés. Il n’y a donc pas de raison que le rythme se tasse. Dans cinq ans nous aurons donc vrai- semblablement doublé de volume », se réjouit celui qui a été fait Chevalier de l’ordre national de la Lé-
Le groupe SoS, géant de l’économie sociale et solidaire (ESS), bouge les lignes depuis 30 ans.
évolue dans un secteur unique ou parce qu'il (elle) a eu l'idée de sa boîte d'une manière peu conventionnelle
Grâce à son patron trublion...
Et si l’ESS, grâce aux soins de tels entrepreneurs, atteignait des proportions inattendues ?
ment le vouloir entrepre-
neur – il se serait formé au
départ en lisant un «Que-
sais-je ?» sur les sociétés
commerciales ! – réussis-
sant à s’offrir le restaurant
Ledoyen puis la célèbre
boîte de nuit le Palace.
mais la police trouve
quelques pilules d’ecstasy
dans la poche d’un client.
il est condamné à six mois étrange, grande à l’image de prison avec sursis pour de son fondateur de 1m92,
des problèmes d’alcool ou de drogue, il y a générale- ment des problèmes de tra- vail et de logement », explique celui qui a été maître de conférence à Science Po Paris sur l’éco- nomie sociale de 1998 à 2003. Cet acteur du com- merce, de la restauration ou de l’import-export joue les « solutions providers » pour ceux qui ont été mar-
Educateur spécialisé, membre de mission interministérielle, patron de boîte de nuit, entrepreneur social, dirigeant de groupe... Toutes les cases sont cochées
ne
Julien Tarby
avoir « facilité l’usage de drogue par mise à disposi- tion de locaux ». Un com- ble pour cet ennemi de l’addiction. L’établisse- ment est fermé, le groupe régine ne s’en remettra pas. « Ces expériences m’ont fait comprendre que je ne changerais pas le monde depuis un cabinet
devenu sans le vouloir l’ar- chétype de l’entrepreneur social. A l’inverse des pra- tiques administratives ten- dant à cloisonner les types d’exclusion, l’entité inter- vient dans l’accueil des toxicomanes et des SDF, des handicapés, des jeunes en difficulté... « Nous sommes innovants sur les
ginalisés. « Le groupe s’est positionné au fil des années sur la reprise d’entreprises en difficulté, la création d’entreprise, l’expérimen- tation de structures so- ciales. Nous intégrons constamment de nouveaux secteurs et métiers, comme récemment celui d’entre- preneur culturel », illustre-
UNE SEULE RÈGLE : PAS DE RÈGLE
Ce conducteur d’une Lexus hybride, qui ne mène pas un train de vie de grand patron – les écarts de revenus sont plafonnés de un à dix – a introduit son
de tenir la vision et de. pas changer d’objectif, le politique lorsque l’opéra- tionnel est rempli par d’au- tres. Je crois être passé par toutes les cases. » mais s’il porte la bonne parole au- jourd’hui, il est fort à pa- rier que cet hyperactif relèvera d’autres défis.
© DR


































































































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