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n°26
CLUb ENtrEPrENDrE Prospective - Noël en 2050
Compte-tenu des innovations en cours dans le domaine, EcoRéseau imagine dans une fiction ce à quoi il ressemblera en 2050,
2050. réveillon de Noël à Paris. Une fois les mets de la soirée dégustés – à base de criquets et de larves marinées –, les parents du petit Gaspard déposent au pied du sapin, rapporté le matin même du jardin communautaire de leur arrondissement, les ca- deaux de l’année. Pour le père de cet enfant de huit ans, une nouvelle impri- mante 3D à commande vo- cale et une adhésion an- nuelle au FabLab du «com- pound». Pour la mère, un dernier parfum personnalisé, élaboré à partir de son profil épidermique. Quant à Gas- pard, il découvrira au réveil unnouveau«murdejeux» en hologramme à ancrage mémoriel. Le tout dernier «mur de jeux» du genre, sorti quelques semaines plus tôt des studios chinois Xiu- fang... Un « vrai bijou », dixit son père qu’il aura tout de même payé la ba- gatelle de 120 bitcoins. Dans la cuisine, un petit robot- laveur s’active déjà pour débarrasser, nettoyer et ran- ger l’ensemble de la vais- selle du réveillon. Sur le côté, son «petit frère», un robot-aspirateur, est à l’arrêt. «Ilesttombéenpanneily a plus de deux ans. Obso-
Les innovations dans les jouets ou dans nos modes de vie changeront nos réveillons. mais notre consommation sera-t-elle si différente ?
Foie gras en pilules ?
puis demande l'avis d'un expert du secteur. De quoi révéler des potentiels insoupçonnés
Pourdesraisonsd’égalitédesgenresautravail,lamèrenoëlvaremplacerlepèrenoëlavecletemps...
le plan alimentaire d’abord : priorité aux circuits courts et aucune viande au menu. « De toute façon, la viande est presque devenue introu- vable.»ilyabiendescy- ber-boucheries mais, dit-il, « je ne connais personne qui s’y approvisionne ». Pour les voyages, cette fa- mille parisienne privilégie par ailleurs les destinations de proximité (sur un rayon maximum de 300 km). idem pour les loisirs : avec l’avè- nement ces dernières années des immenses «halls de jeux non connectés» – nouveaux espaces collectifs ouverts en lieu et place des anciens centres commerciaux – ils redécouvrenttoutessortes de jeux oubliés. « Monopoly, Scrabble, Tarot, etc. C’est formidable ! » malgré tout, « notre consommation ma- térielle continue de croître »,
des Français, Gaspard et ses parents maintiennent leur niveau de possession et d’usage de biens, même s’ils privilégient la mutua- lisation des produits. Une forme de paradoxe qu’an- ticipait déjà une étude parue ilyaplusde35ans,éma- nant du think tank Futuribles international. Et depuis, au- cune inversion de la consommation n’a été me- surée, à l’exception de cer- tains produits aujourd’hui très peu consommés : car- burants, viande, papier. Ce que notait d’ailleurs à la même époque Cécile Dés- aunay, directrice d’études dans ce même think tank (cf.ci-après).«Certaines baisses de consommation cachent des effets de subs- titution, comme celle de viande qui est notamment compensée par celle de lait, fromage et œufs, ou les jour-
lescence programmée... », se désole la mère de Gas- pard. « Impossible de faire réparer : les pièces coûtent aussi cher que le robot. Et c’est pareil pour tout ! » Depuis, toute la famille s’est alors pleinement convertie à la «sharing economy» (l’économie du partage). Un vieux concept – qui re- pose sur la mutualisation des outils et des produits de consommation – né dans les années 2010... « Nous partageons tout via le centre collaboratif du quartier :
notre voiture à air liquide, ce robot-laveur et tout l’électro-cyber-ménager..., se réjouit-elle. Il n’y a fi-
son nouveau « mur de jeu ».
Cécile Désaunay, directrice d’études à Futuribles International, think-tank d'étude et de réflexion sur la prospective
L’hyperconsommation, comme celle qu’a pu connaître leurs ainés ?
naux .
au profit des ordinateurs et tablettes », expliquait-elle ainsi dans les colonnes du quotidien (dans son édition papier à l’époque !) Le Monde... Sur ce point, rien de vraiment nouveau donc plus de trois décennies plus tard.
Ils redécouvrent toutes sortes de jeux oubliés : Monopoly, Scrabble, Tarot,...
nalement que nos ordina- « Non merci, balaie le père reconnait-il. Dans la famille teurs optiques et ADN que de Gaspard. Ici, nous faisons de Gaspard, l’achat de biens nous ne mettons pas en le maximum pour contrôler neufs, comme ces cadeaux commun. Et puis aussi, les et limiter nos besoins, mais de Noël, restent de fait la cadeaux du petit comme ce n’est pas simple. » Sur norme. Comme la majorité
papier qui diminuent
Pierre Tiessen
lopper, d’ici à 20 ou 30 ans ?
Hormis quelques figures emblématiques, les personnes engagées actuellement sur la scène politique sont globalement mal à l’aise avec ces nouveaux modèles de consommation qui émergent. Ces politiques sont préoccupés avant tout pas le chômage et la croissance du PIB. Au niveau local (région, villes...), les choses bougent davantage. Là, certains es- saient vraiment d’inventer pour l’avenir un modèle de consommation viable qui prend en compte le partage des ressources.
Propos recueillis par Pierre Tiessen
Quel sera, selon vous, le modèle de consommation dominant à Noël en 2050 ?
Difficile de prédire ce que sera notre société dans 35 ans. La devise de Futuribles est « l’avenir ne se prédit pas, il se construit ». Néanmoins, nous notons, à partir des ten- dances actuelles, une remise en cause pro- fonde du modèle de l’hyperconsommation. Nous avons fait une étude rendue publique en 2014 intitulée «Produire et consommer à l’ère de la transition écologique» dans laquelle ressortent de nouveaux modes de
consommation et de production aidés par des courants que sont l’économie circulaire ou collaborative. Ces nouveaux modèles, certes minoritaires aujourd’hui, peuvent, pour certains, s’inscrire dans la durée.
Quel est l’impact de ces courants sur nos modes de consommation actuels (et futurs) ? Leur impact est non négligeable sur les consommateurs qui cherchent d’autres al- ternatives. Ils ont envie de donner du sens et d’être acteurs responsables de leur
consommation. Or, ceux-là pourraient être de plus en plus nombreux car nous faisons face à deux blocages importants. D’une part, notre modèle repose sur une consom- mation de ressources naturelles (et humaines) limitées car non tenables. D’autre part, nos sociétés européennes sont déjà saturées de biens de consommation.
La classe politique française est- elle sensible à ces nouvelles formes de consommation qui pourraient si- non s’imposer, au moins se déve-
50 DéCEmbrE / JANviEr
« Les choses bougent plus au niveau local »

