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PANorAmA COP21 - A la Une
«L
Au lieu d'anticiper l'issue des négociations climatiques de la CoP 21 qui battent leur plein au bourget, n'oublions pas que la dynamique environnementale est déjà à l'œuvre sur le terrain.
Une marche inéluctable en faveur du climat
e grand événe- ment interna- tional de la
Autant de progrès qui invitent à ne pas sombrer dans le pessimisme primaire.
Focus sur un pays ou sur une problématique qui concerne plusieurs pays et interpelle la rédaction, choisi en toute subjectivité
conférence sur le climat sera non seulement main- tenu mais il s’imposera comme un moment d’espé- rance et de solidarité. » Ces mots forts prononcés par François Hollande, de- vant le Parlement réuni en congrès à versailles, trois jours après les tragiques at- tentats de Paris, rappellent l’enjeu considérable de la CoP 21 qui se tient du 30 novembre au 11 décembre, au bourget. Littéralement 21e « Conférence des Par- ties » des Nations Unies sur le changement clima- tique, la CoP 21 rassemble en effet, aujourd’hui même, pas moins de 195 chefs d’Etat confrontés à un chal- lenge de taille : sceller un accord universel propre à contenir le réchauffement climatique sous le seuil de deux degrés. Et ce, via une baisse drastique du carbone présent dans l’atmosphère, à savoir de 40% d’ici 2050. Pour éviter de répéter l’échec de l’accord de Co- penhague de décembre
Chaud devant !
tification, et en France, tem- pêtes, inondations, cani- cules, allergies respira- toires... Pour en découdre avec de tels fléaux, « il ne suffit pas de construire ça et là des éoliennes ou de recycler quelques déchets, mais bien de revoir de A à Z nos modes de production et de consommation, repen- ser les rapports Nord-Sud, inventer d’autres axes de développement... », estime Amy Dahan. Un challenge de taille alors que le monde connaît une globalisation croissante en contradiction avec les déclarations de bonne volonté affichées par les politiques en matière de climat. Dans ces conditions, difficile de savoir si la CoP 21, à elle seule, va favoriser
Dahan. Quelle que soit l’is- sue des négociations, res- tons optimistes. Car même si – reconnaissons-le – les engagements des Etats sem- blent pour l’heure insuffi- sants pour limiter le ré- chauffement à deux degrés dès 2020, la dynamique en- vironnementale semble elle plus que jamais à l’œuvre sur le terrain. Ne serait-ce que sur le plan économique, avec des énergies renouve- lables (ENr) toujours plus intéressantes financière- ment. « Le coût des ENR a beaucoup baissé durant les dernières années, grâce à une amélioration sans pré- cédent des technologies d’approvisionnement de ces énergies. Ce qui rend com- pétitif un nombre croissant
2009, les pays ont dû publier leurs «contributions natio- nales» avant le déroulement de la CoP 21. « Par exem- ple, la France s’engage à réduire d’ores et déjà ses émissions de CO de 40%
mier accord du genre en matière de climat, à la fois universel et contraignant, devrait avoir un impact plus fort encore que le protocole de Kyoto ! (cf. encadré)
qui ne soient plus basées sur l’exploitation des éner- gies fossiles », analyse Amy Dahan, historienne des
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d’ici 15 ans ! Et le Maroc,
ENJEU DE CIVILISATION
L’enjeu à la clé est de taille : « Faire enfin prendre conscience à tous les pays du monde que répondre au changement climatique est un enjeu de civilisation : imaginer, bâtir des sociétés
« Le solaire est en passe de devenir l'énergie la moins chère dans le monde, avec un coût qui pourrait atteindre quelques dizaines d'euros le MW/h, comme le gaz !
pays émergent, de 17% sur la même période », souligne Gilles berhault, président du Comité 21, regroupant associations et collectivités engagées dans la lutte contre le réchauffement clima- tique. C’est dire si ce pre-
sciences et co-auteur du livre « Gouverner le climat ? 20 ans de négociations cli- matiques », (Presses de Sciences Po). Et celle-ci d’ajouter : « Le climat est plus que jamais révélateur des dégâts causés par l’hu- manité, de plus en plus nom- breux, dont le développe- ment effréné met en tension nos ressources. » Les chif- fres parlent d’eux-mêmes : « Alors que le réchauffement climatique a augmenté de cinq degrés en moyenne en 20000 ans, nous risquons de «gagner » encore cinq degrés d’ici la fin du siècle, si nous ne faisons rien. Le point de rupture est donc atteint ! », lance Gilles ber- hault, en évoquant le nom- bre de dérèglements déjà causés par un tel réchauf- fement : fonte des glaces, montée des océans, déser-
un changement de para- digme !
de sources », affirme Chris- tian de Perthuis, fondateur de la chaire d’économie du climat à l’université Paris Dauphine et co-auteur du livre « Le climat, à quel prix ? » (odile Jacob). A commencer par l’énergie solaire qui s’impose comme un véritable eldorado ! « Le solaire est en passe de devenir l’énergie la moins chère dans le monde, avec un coût qui pourrait at- teindre quelques dizaines d’euros le mégawattheure, soit un tarif quasiment à parité avec le gaz ! », a rappellé thierry Lepercq, président de Solairedirect, industriel global de l’élec- tricité solaire, lors de la deuxième Nuit des matières Premières organisée en oc- tobre dernier par la Cdaf (Compagnie des acheteurs de France).
20 ans de négociations climatiques
1988 : le Groupe intergouvernemental des experts sur le climat (GIEC) est créé sous l’égide de l’Onu. En 1990, il publie son pre- mier rapport d’évaluation.
1992 : la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC) est ouverte à la signature à Rio, lors du Sommet de la Terre. Entrée en vigueur en 1994, elle est ratifiée par 196 parties.
1995 : Ouverture à Berlin de la première conférence des parties (COP 1). Elle aboutit au «mandat de Berlin». Son objectif : lancer un cycle de négociations afin de préciser les engagements des pays riches.
1997 : Fruit de la COP 3, le protocole
Historique
PRISE DE CONSCIENCE SOLENNELLE
« Il faut déjà espérer que cette conférence esquisse une prise de conscience so- lennelle et forte. Si l’objectif ultime dans son ampleur est évoqué à l’occasion de cet accord – à savoir l’at- teinte de zéro émission de CO2 à la fin du siècle, et ce, pour contenir le ré- chauffement à deux degrés –, alors la COP 21 pourrait mettre la question clima- tique sur de meilleurs rails. Ce qui suppose plusieurs prérequis comme prévoir des modalités de révisions régulières des engagements des pays au travers des mé- canismes de collaboration réciproques », détaille Amy
de Kyoto a permis aux pays riches de ré- duire leurs émissions de 5% entre 2008 et 2012.
2005 : l’Union européenne démarre son système d’échange de quotas de CO
2 2009 : la conférence de Copenhague
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DéCEmbrE / JANviEr
ne permet pas d’adopter un nouveau pro- tocole. Toutefois, les pays riches s’engagent à transférer – dès 2020 – à ceux en déve- loppement 100 milliards d’euros par an pour les aider dans la transition bas carbone. L’objectif d’une limitation à 2°C de la hausse des températures moyennes est posé. 2015 : Organisation de la COP 21 à Paris


































































































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