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COP21 - A la Une PANorAmA
ENCOURAGER LA DÉCARBONATION Déjà en 2012, un rapport de l’irena (Agence inter- nationale de l’Energie re- nouvelable) rappelait que le coût de production de l’énergie solaire photovol- taique devrait baisser d’ici 2030 à 50 dollars le méga- wattheure, « un tarif presque moins élevé que celui du nucléaire ! », pré- cise Chantal Jouanno, an- cienne ministre de l’Envi- ronnement et sénatrice de Paris (cf. page Hexagone). Une configuration qui pré- vaut d’ailleurs déjà dans certains pays ensoleillés à l’instar du Chili, de l’Ar- gentine ou du mexique. Sans oublier la Californie, pionnière en matière de stockage d’énergie – via le recours à des batteries –, réglant ainsi les problème d’intermittences du solaire. « Même en France, le prix des panneaux photovol- taiques a largement baissé durant les dix dernières an- nées, bien plus que ce que l’on escomptait », poursuit Chantal Jouanno. Ainsi, un rapport de la Cour des Comptes, datant de 2013, évaluait le coût du solaire photovoltaique entre 114 et 547 euros le mégawat- theure, contre 94/ 194 euros pour l’énergie thermody- namique et 62/102 euros pour l’éolien. mais pour rendre les ENr plus renta- bles encore face aux éner- gies fossiles, « il faut im- poser un prix du carbone ! », avertit Claire tutenuit, déléguée générale de l’as- sociation EPE, Entreprises pour l’Environnement. Car si les observateurs sont nombreux à envisager à long terme une hausse iné- luctable du coût des éner- gies fossiles de par l’épui- sement de leurs réserves à travers le monde, c’est sans compter la chute libre ac- tuelle du prix du baril de pétrole ! « Aussi, pour éviter qu’une baisse, même conjoncturelle, du prix des énergies fossiles ne decou- rage la décarbonation, la taxe carbone s’avère in- contournable. C’est seule- ment en faisant payer les émissions carbones que nos économies pourront bascu- ler définitivement vers les ENR », insiste Claire tu-
tenuit. Une solution peu consensuelle défendue bec et ongles par les plus grands militants écologistes. Ni- colas Hulot en tête, dont l’une des propositions phares pour la CoP 21 est l’instauration progressive d’une taxe carbone dans le monde entier.
tutenuit. La France s’est d’ailleurs clairement enga- gée dans cette voie, avec l’adoption en août dernier de la loi sur la transition énergétique. « Une loi qui place notamment l’efficacité énergétique au coeur d’une
des politiques particulière- ment abouties, rappelle Claire tutenuit. Par exem- ple, les constructeurs au- tomobiles français s’impo- sent comme les champions européens au niveau des émissions – particulière-
mêmes sont souvent les pre- mières à investir dans des solutions plus rentables en termes d’économie d’éner- gie et donc moins émettrices de gaz à effet de serre », constate Guillaume Sain- teny, maître de conférence
duisant des
ENR sur notre
sol, nous pour-
rons difficilement faire mieux. »
PRIORITÉ À L’EFFICACITÉ ÉNERGÉTIQUE !
Une mesure déjà en vigueur dans certains pays et ré- gions, comme la Suède ou la Californie. Et de manière encore marginale en France. mise en place en avril 2014 par le gouvernement Ay- rault, la contribution cli- mat-énergie – appliquée à toutes les émissions non prévues par le marché eu- ropéen des quotas – équi- vaut aujourd’hui à 15 euros par tonne équivalent Co2, soit environ 3,5 centimes d’euros par litre de carbu- rant. « Un coût complète- ment indolore pour le consommateur !, constate Claire tutenuit, même si la
Table des négociations à la COP21...
ment faibles – de leurs vé- hicules, avec un seuil moyen de 100 grammes de CO2/km ». La réglementa- tion thermique 2012 a éga- lement permis une limite maximale à la consomma- tion énergétique des bâti-
LE G20 EN PREMIÈRE LIGNE
on l’aura compris, dans la lutte contre le réchauffe- ment climatique, l’efficacité énergétique a une place es- sentielle. « Aujourd’hui même, elle offre un gisement colossal en termes de ré- duction des émissions de CO2. D’où la nécessité de mixer les deux volets pour mieux préparer la transition énérgétique. Car le paie- ment d’une taxe carbone, par exemple, sera toujours moins onéreux pour celui qui dispose d’une maison bien isolée », analyse pour sa part Pierre Lebot, Di- recteur de l'iPEEC, le Par- tenariat international pour la Coopération sur l’Effi- cacité Energétique. Cette organisation internationale, engagée dans la promotion de l’efficience énergétique, a notamment participé à la dernière réunion des mi- nistres de l’Energie du G20 réunis en octobre dernier à istanbul. Avec comme ob- jectif final, de soutenir un plan d’action sans précédent en matière d'efficacité éner- gétique, « une contribution bienvenue pour construire le succès des négociations de la COP 21 », conclut
Charles Cohen
nisations partenaires. « Nous faisons des propositions en matière d’atténuation (mangroves, estuaires, herbiers...), d’adaptation (récifs sous forme de digues,...) et de finan- cement (fonds vert pour projets marins et côtiers) », résume Julien Rochette, de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI) de Sciences-Po. « Je me réjouis de ce travail de la société civile qui était sorti de l’agenda de COP21, et que j’ai réussi à rétablir. Au Sénégal, les plages ont disparu en cinq ans. Et dans le même temps le milieu marin représente indirectement 450000 emplois en France », illustre Ségolène Royal, ministre de l’Environ- nement. L’océan devait revenir au centre des débats. « Il s’agit du premier fournisseur d’oxygène net de la planète, du thermostat de la chaleur humaine, d’un réservoir de la biodiversité prometteur en termes de nourriture et médica- ments », ponctue Michel Hignette, directeur de l’aquarium de la Porte Dorée à Paris, également partenaire de la plate- forme.
telle transition ! », souligne la déléguée générale.
en développement durable à l’Ecole Polytechnique. Et d’ajouter : « Contrairement au Royaume-Uni ou au Da- nemark, la France ne dis- pose pas de parcs éoliens onshore, ni même de filière dédiée aux ENR. Aussi, plu- tôt que d’importer toujours plus ces énergies vertes, et creuser notre balance com- merciale, autant renforcer notre politique d’efficacité énergetique, un domaine où notre potentiel de déve- loppement est considérable. D’autant que notre pays est celui où la production d’électricité est déjà la moins carbonée au monde, et ce, via le recours au nu- cléaire. Donc même en pro-
RÉGLEMENTATION THERMIQUE 2012 Car en matière de concep- tion de solutions moins énergivores, l’Hexagone est
Pour éviter qu'une baisse, même conjoncturelle, du prix des énergies fossiles ne décourage la décarbonation, la taxe carbone s'avère incontournable
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taxe augmente chaque an- loin d’être en reste. Que ce ments neufs pour le chauf- née, avec un plafond fixé à soit pour les transports ou fage, la ventilation, la cli- 100 euros la tonne de CO2 le batiment, secteurs parmi matisation, la production en 2030. les plus émetteurs de Co2 d’eau chaude et l’éclairage. « Les institutions interna- du pays, « nous avons mené « Les entreprises elles- tionales défendent elles-
benoît Lebot.
mêmes la généralisation
d’une telle mesure essen-
Plateforme Océan & Climat 2015
Mers et océans remis au cœur de la COP21
tielle pour organiser la ra-
reté des énergies fossiles.
A l’instar du Fmi. « C’est
simplement le bon moment e
pour introduire une taxe carbone », a déclaré Chris- tine Lagarde lors de l’as- semblée générale Fmi- banque mondiale qui s’est tenue début octobre à Lima, au Pérou. même discours au business Climat Sum- mit, organisé fin mai dernier à Paris, où les associations professionnelles, medef en tête, ont largement affiché leur engagement en faveur de la taxe carbone, « rap- pelant ainsi que la décar- bonation de notre économie est compatible avec la crois- sance»», commente Claire
Ils l’appellent tous le 196
fendu politiquement jusqu’ici. Les mers et océans n’étaient pas discutés lors des précédents rassemblements pour le climat. « ONG, politiques, associations... se sont donc réu- nis sur la plateforme Océans & Climats pour y remédier », se réjouit Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expé- ditions, navire qui réalise des mesures pour estimer l’impact du réchauffement. « Il ne s’agit pas d’une ressource comme les autres, c’est le moteur du climat, donc de la vie. L’acidi- fication et la montée des eaux ont des conséquences ini- maginables sur les écosystèmes et les littoraux », rappelle Julien Barrière de l’Unesco. Les océans absorbent 93% de la chaleur que nous produisons, « et 20% du CO2 que nous rejetons », ajoute Françoise Gaill du CNRS et coordinatrice de la plateforme. Raphaël Cuvelier, coordinateur des projets de la Fondation Prince Albert II demande donc un rapport du Giec pour donner du contenu aux politiques. Un plai- doyer a été élaboré durant 18 mois par une kyrielle d’orga-
pays, gigantesque, mais peu dé-
DéCEmbrE / JANviEr
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