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L’Art du temps - Instant privilégié avec Ekaterina Sotnikova ART DE VIVRE & PATRIMoINE Galeriste d’horlogers indépendants
Il est curieux tout de même de courir après le temps et de ne pas savoir comment le comptabiliser. Enfin pour les gens « normaux » du moins,
Par Olivia Baranes
fin de se coucher moins sots nous nous allons tenter de dépeindre oscille fait la rencontre de son époux, un décidons de rencontrer la papesse entre une très grande chaleur et un froid avocat impliqué dans la vie politique d’un nouveau genre, Ekaterina glacial. qui la pousse à vivre ses rêves et
dont le garde-temps n’est qu’un moyen rapide de donner A lesminutesderetardsquinousséparentdedeuxrendez-vous.
Sotnikova, créatrice de l’unique galerie Femme d’affaires incontournable dans un non à rêver sa vie. C’est à partir de
d’horlogers indépendants au monde.
oui, vous lisez bien, on parle ici d’une ga- lerie à l’instar des galeries d’art ; EKSO Watches Gallery possède tous les codes de ses semblables soit, un showroom à l’adresse confidentielle avec en plus, une visite uniquement réalisable sur rendez- vous. De quoi aiguiser la curiosité de tout les férus d’horlogerie d’exception.
Dans ce sanctuaire du huitième arrondis- sement de Paris, le temps semble être sus- pendu. Au quatrième étage d’un immeuble en pierre de taille se cache un cocon aux couleurs sombres et au plafond étoilé, où s’exhibent des pièces aussi étonnantes qu’époustouflantes.
Ce n’est autre qu’Ekaterina, la maîtresse des lieux, qui nous accueille dans son en- semble « Less is more, chic » pantalon de
Le temple du garde-temps : EKSO Watches Gallery
5 rue Magellan – 75008 Paris
milieu machiste si clos, elle ne se décrit pas pour autant comme telle. originaire de Russie, mais née en Lettonie à l’époque de l’Union Soviétique, c’est à Saint-Pé- tersbourg qu’elle débute une carrière aussi atypique qu’étonnante, celle d’une gymnaste de haut niveau.
Gravement blessée à l’âge de 16 ans elle entame après deux années de rémission des études d’économie dont elle sera gra- tifiée d’un doctorat, mais dont la pratique ne l’intéressera guère. Tombée amoureuse de Paris suite à un voyage réalisé en 1997, Ekaterina quitte tout - ou du moins part sans rien qui la retienne - à l’aventure de la capitale française.
Armée de courage et ne parlant que très peu la langue, Ekaterina se lance à cœur perdu dans ce nouveau challenge. De par
ce moment que du statut de collec- tionneuse de montres, elle déploie ses ailes, enrichie de son savoir acquis au sein de la Fondation de la Haute Horlogerie de Genève et fait le choix de tout recom- mencer, une nouvelle fois.
« Je ne pourrais expliquer d’où me vient la passion horlogère qui m’anime. Je m’y suis intéressée et n’ai jamais arrêté », nous confie Ekaterina, qui semble s’étonner elle-même de ressentir une si virulente passion.
reste pas
moins une
femme de poigne et de carac-
tère. « J’ai dû m’imposer dans un milieu d’hommes, mais suis quelqu’un de di- plomate en toutes circonstances ; j’ai une main de fer dans un gant de velours,voilà une expression qui me cor- respond assez ».
Son tempérament nous semble être tout traduit lorsqu’elle nous confie d’un air songeur, avoir rêvé de créer une galerie d’art. on voit dans les yeux de cette grand amatrice de Salvador Dali que c’est un univers qui l’émerveille, la fascine et l’amuse. Soudain, comme sortie de sa rêverie, elle se réadosse à son siège de cuiretnousdit:«etenmêmetempsà quoi bon faire une énième galerie d’art ? Je voulais quelque chose de nouveau, quelque chose qui change ».
A force de côtoyer les salons internationaux, son statut d’acheteuse-collectionneuse se transforme ; elle souhaite mettre en avant les véritables artistes qui enferment et ré- vèlent le temps sous toutes ses formes. Les horlogers indépendants, qui pour la plupart ont fait leurs armes auprès des grandes maisons, l’interpellent et l’inté-
ressent. Guidée par son flair, son bagou et un sixième sens certain, Ekaterina ren- contre, découvre et se lie d’amitié avec ces artistes hors normes, loin des opé- rations marketing, de la re- cherche du profit et de l’éco- système capitaliste ambiant. En marge de certaines grandes marques - dites hor- logères - dont le plumage est plus important que les rouages, les « indépendants » se ressentent comme les dé- tenteurs du véritable métier d’horloger.
Femme de caractère, qui considère que l’entreprenariat n’a pas de sexe, elle continue de courir après le chronomètre, réglant méticuleusement son quotidien ; comme une horloge.
Réalisant une collection tous les deux ou trois ans, ces derniers ne créent que 10 à 70 pièces issues du plus pur artisanat, dont le prix se jus- tifie par les heures de travail – 3 000 heures pour certaines pièces- et les matières em- ployées. « C’est comme si je vendais une part de l’âme
Comprenant rapidement que sa passion ne pouvait être transmise, elle a décidé de s’occuper seule de son entreprise qu’elle espère aujourd’hui voir grandir. « Je souhaiterais qu’il y ait plus d’initiés. Que les collectionneurs sortent des sen- tiers battus et assument l’exubérance de
certaines pièces », dit-el.
trant la montre qu’elle affectionne le plus, l’Antiqua QP de Vianney Halter dont le design est tout droit sorti de l’ou- vrage de Jules Verne Vingt mille lieues sous les mers.
le en nous mon-
© DR
cuir et chemisier blanc. D’une grande beauté, son sourire chaleureux contraste avec son visage froid, distant de poupée russe. Ce personnage énigmatique que
sa seule détermination, elle obtient un emploi au sein de l’UMP dans les Relations Publiques avec les pays de l’Est ; le véritable tournant de sa carrière s’opère alors. Elle y
de l’horloger ».
Fidèle à l’amitié et au dévolu qu’elle concède à ses artistes, Ekaterina n’en
Régnant en maître sur son « empire » elle trouve ainsi l’équilibre qui fait d’elle, une femme accomplie.
NoVEMBRE 2015
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