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n°23
STRATéGIE & INNOVATION NUMéRIQUE Regard digital - Antoine Brachet, fondateur des « 100 Barbares » Entretien avec une figure clé de la transformation numérique
« Nombre de dirigeants ont mal estimé la
révolution numérique »
Ce responsable du développement de Netvibes (groupe Dassault Systèmes) est à l’initiative des "100 Barbares", groupe citoyen qui veut changer le monde. Avec Internet, les réseaux sociaux et l'industrie du logiciel,
Comment est née l’idée ?
Publié par l’Institut Choi- seul en février, un classe- ment m’a désappointé. Le think tank y recensait les 100 “leaders économiques de demain” pour la France, avec beaucoup de “fils de” comme Yannick Bolloré, Delphine et Antoine Ar- nault, Gabriel Naouri..., et d’énarques parachutés. Pas (ou presque) de créateurs de start-up, d’artistes, de développeurs informatiques, de spécialistes de l’intelli- gence artificielle ou des biotechs, de profils aty- piques... Je sentais bien que la France de demain ne se jouait pas du tout là. J’ai donc créé en réaction une page Facebook nommée “Les 100 Barbares” et ai invité des amis à participer à un sondage : “Vote pour ton barbare” ! Objectif : repérer les leaders qui sont vraiment capables de chan- ger la France, avec notam- ment les outils numériques pour bousculer les conser- vatismes et inventer les so- lutions qui remettront le pays en marche. Je l’ai fait de manière instantanée et j’ai été surpris par le nombre de gens qui pensaient
Les résultats du vote vous ont surpris ? Peut-être par sa diversité. On trouve des entrepreneurs comme Frédéric Mazzella, fondateur de BlaBlaCar, ou Vincent Ricordeau, fonda- teur de la plateforme de fi- nancement participatif Kiss- KissBankBank. Nicolas Co- lin, auteur du rapport Co- linCollin sur la fiscalité du numérique, y figure en bonne place, en compagnie de ses associés, Alice Za- gury et Oussama Ammar,
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ces individus de 30-45 ans comptent bien bousculer le système...
comme moi.
N’attendons plus les solutions de la part de nos dirigeants politiques dépassés par la révolution technologique. Proposons-les !
Les Barbares ne sont qu’un moyen parmi d’autres d’ac- compagner le changement. Le monde va évoluer, il importe d’adopter un nou- veau regard. Un diagnostic est nécessaire sur ce qu’est un être humain face au transhumanisme naissant, sur la société, le salariat alors que la robotisation menace nombre d’emplois. Ilyadelavolontéetdela créativité en France, nous
cofondateurs de The Family une structure destinée à coacher et financer des start- up. Mais certains n’ont rien à voir avec le business. Henri Verdier rattaché au
s’emparent des nouvelles possibilités scientifiques et techniques pour en faire quelque chose d’inédit. Parce qu’ils viennent de l’extérieur, parce qu’ils ne
technologique qui trans- forme l’emploi, la régula- tion, la croissance... Nous devons porter certaines vi- sions des futurs possibles au cœur du débat public.
Quelle est l’ambiance de ce genre de rassemblement ?
Il y a une tension féconde entre les différentes ten- dances, les personnalités, et finalement peu de « trol- ling ». Le débat semble désidéologisé, c’est celui qui devrait déjà animer la société aujourd’hui. Nous fédérons beaucoup d’éner- gie, en atteste le rassem- blement du 31 mars à l’Ar- chipel à Paris qui a regroupé 300 personnes, dont 50 qui se sont proposées pour or- ganiser. Le principal risque est de rester dans un entre soi ravageur, ou de vivre une trop forte institution- nalisation. Pour l’heure les opinions divergent. Il existe des oppositions, mais en nous appuyant sur les ré- seaux sociaux, nous pou- vons nous regrouper en quelques clics, créer une relation de confiance en trois messages Facebook, élaborer et échanger des manifestes à toute vitesse.
le coût du travail, en rêvant des gaz de schiste ou du protectionnisme –, nous ne créerons pas les conditions qui permettront au para- digme nouveau d’émerger, où les entreprises cham- pionnes de demain pourront naître. Internet et l’industrie du logiciel et des algo- rithmes ne vont pas seule- ment chambouler le modèle économique du cinéma, de la musique, de la presse ou des taxis. Les télécoms, le luxe, l’immobilier vont être bouleversés. Et les secteurs où il existe des rentes ne sont pas les seuls à être concernés. Les services pu- blics comme Pôle Emploi, la santé, l’éducation ou les transports publics commen- cent aussi à être ciblés. Ré- cemment j’ai appelé à la mobilisation pour défendre Nicolas Colin, attaqué en justice par le patron des Taxis G7, Nicolas Rousse- let, pour avoir défendu les VTC. Innover reste une per- turbation de l’ordre établi.
Qu’est-ce que le numérique pour vous ? C’est la capacité à dupliquer vite si la solution est inté- ressante. Il est intéressant de constater la vitesse à la-
ratoire géant va nous aider.
Quels freins principaux constatez-vous en France ?
Nous n’avons pas la culture de l’échec dans l’Hexagone. C’est un problème majeur car nous essayons toujours de programmer les choses deux ans en avance. Bien compliqué en matière d’in- novation ! Les grandes so- ciétés misent essentielle- ment sur l’innovation in- terne, et le taux de trans- formation des projets n’est pas bon. On craint trop de se tromper et d’être remis
Des barbares qui bâtissent... On aura tout vu...
Qu’est-ce que Futurbulences au juste ? Je suis d’un naturel curieux et ce genre de think tank qui fait de la prospective et élabore des scenarii sur deux ans m’a tout de suite passionné. Nous recevons des personnes passionnantes – comme le spécialiste en génétique Laurent Alexan- dre récemment par exemple –, qui nous éclairent sur les orientations possibles dans divers domaines.
Premier ministre et chargé d’ouvrir au plus grand nom- bre les données publiques centralisées par l’Etat, la romancière Flore Vasseur ou l’écolo Cyril Dion, mem- bre du mouvement Colibris de Pierre Rahbi, sont aussi présents.
Que cherche désormais à réaliser ce groupe ? Notre point commun est la certitude que le monde est à la veille de grands chan- gements, synonymes d’op- portunités économiques et sociétales. Il y a plus de 20 ans que la révolution nu- mérique a commencé quand l’Etat, les collectivités et les grandes entreprises ne s’y sont pas encore pleine- ment adaptés. La France a besoin d’innovateurs radi- caux, d’entrepreneurs qui
se soucient pas des conven- tions habituelles et ont bien l’intention de décloisonner des secteurs. Nombre de dirigeants n’ont pas mesuré le caractère disruptif de la révolution numérique. Les entreprises digitales sont à
Êtes-vous optimiste ?
en cause.
la pointe et développent quelle les GAFA accumu- des modèles économiques Pourquoi avoir appelé lent un nombre de données novateurs, quitte à froisser. les Barbares à aider incroyables et gobent de N’attendons plus de solu- Nicolas Colin ? nouveaux secteurs. Aucune tions de la part de nos diri- Ses idées son vivifiantes. génération n’aura vécu une geants politiques ; il est ur- Selon lui tant qu’on s’ac- évolution aussi importante. gent de commencer à les croche au paradigme ancien Il nous faut donc bien ai- proposer nous-mêmes, car – celui de la société de guiller la technologie, pour leur grille de lecture est dé- production centralisée, qu’elle soit un moyen et passée et ne tient pas comme on s’acharne à le non une fin. Nous avons compte de la révolution faire en France en baissant un rôle à jouer, et ce labo-
en sommes la preuve.
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Julien Tarby


































































































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