Page 53 - EcoRéseau n°23
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n°23
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Le baromètre de l’innovation STRATéGIE & INNOVATION NUMéRIQUE
L’innovation autrement
Strategy review
Technofounders : ne pas gâcher les trouvailles des chercheurs
par
Technofounders est un « venture builder » qui déniche les innovations de chercheurs non exploitées commer- cialement et qui crée des start-up. Interview d’un des fondateurs, Pierre Le Blainvaux
Pourquoi vous êtes-vous lancés dans cette aven- ture ?
Je suis passé par Polytechnique, Columbia, puis par le cabinet de conseil McKinsey. Olivier mon frère ju- meau, également polytechnicien, a fait ses armes chez Rocket Internet, le « copieur de start-up » qui a fondé le site marchand Jumia passé de 5 à 5000 collabora- teurs en deux ans. Nous sommes partis du constat que les sphères de recherche publique ou privée sont per- formantes au niveau des publications et des brevets, mais peu de start-up/entreprises se créent dans leur sil- lage. Nous n’exploitons pas commercialement nos trouvailles. Bien souvent on estime en France que ce n’est pas là le rôle des chercheurs et de l’Etat de s’oc- cuper de la suite.
jeune pousse a 18 mois pour faire ses preuves.
Qu’entendez-vous par « valorisation des inven- tions » ?
Il faut distinguer trois voies : la valorisation de la pro- priété intellectuelle (licences), l’exploitation avec des grands groupes, et enfin la création d’entreprise. Dans cette dernière voie, le chercheur crée son entreprise, ou Technofounders vient avec ses partenaires. Nous le rencontrons pour voir si le courant passe, pour com- prendre précisément sa technologie, afin d’analyser le potentiel de création de start-up.
Comment envisagez-vous l’avenir de Technofoun- ders ?
Nous n’avons pas de concurrents. Notre approche n’est pas vraiment duplicable à l’étranger, car elle s’inscrit avant tout dans un contexte français spécifique : il existe un fossé entre la recherche académique et les en- treprises. Notre équipe est composée de treize business developers qui portent les start-up. Ils accompagnent pendant quatre ou cinq ans, lancent le plan commercial. Nous ne sommes pas un incubateur ou un accélérateur, car nous apportons le brevet. Nous évoluons plutôt dans les nouveaux matériaux, les biotechnologies, les énergies propres et le numérique. La levée de fonds de 500 000 euros nous permet d’acquérir d’emblée une force de frappe. Nous ne réalisons pas de chiffre d’af- faires aujourd’hui, la première de nos start-up entrera dans une phase commerciale avant la fin de l’année. Nous entrevoyons de nouveaux partenariats, afin de travailler avec tous les acteurs qui valorisent la re- cherche publique, puis un déploiement dans la re- cherche privée d’ici deux ans.
Pascal Junghans
Comment procédez-vous ?
Pourquoi le Financial Times a été vendu, il y a quelques semaines, pour 1,2 milliards d’euros, alors que, dans le même temps, des magazines gé- néralistes étaient bradés pour des sommes déri- soires ? Car la presse économique se porte bien, le nombre de ses lecteurs augmente régulièrement, son influence s’accroit. Comment est-ce possible ? La réponse se trouve peut-être dans cette étude scientifique que j’ai menée, m’appuyant sur une revue de littérature et une recherche de terrain(1). Certes, l’influence des journalistes économiques semble sous la dépendance des actionnaires. Certes, ils semblent confrontés à la puissance des services de communication. Les journalistes éco- nomiques ne peuvent se libérer de cette dépen- dance en raison des mauvaises conditions de travail. Malgré tout, les journalistes économiques développent leur influence autonome en raison d’une rigueur et d’une indépendance, certes rela- tives, mais inconnues par le passé, comme le dé- montrent les études historiques, également en raison de rédactions structurées et de lignes édito- riales fortes.
Enseignant à l'international - University Of Monaco et à l'université de Troyes Membre du conseil scientifique du Conseil supé- rieur de la formation et de la recherche stratégique.
Quelle influence pour la presse économique ?
La presse économique se porte bien. Ses lecteurs l’apprécient. Ses tirages progressent régulière- ment. Son influence s’accroit. Mais quel type d’in- fluence ? Réponse avec une étude scientifique.
Il nous faut nouer des accords. Nous travaillons avec les SATT, les sociétés d’accélération du transfert tech- nologique. Nous avons désormais d’autres partenaires comme l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA), le Commissariat à l’éner- gie atomique (CEA), bientôt l’Onera (centre de re- cherche français de recherche aérospatiale)... afin d’identifier les briques technologiques dans les labo- ratoires qui n’ont pas de projets commerciaux attachés. Puis nous nous chargeons d'apporter les équipes et les moyens financiers pour créer une start-up dédiée. C'est à partir de là que le compte à rebours s'enclenche. La
Dates & Events : ça cogite dur...
4 14,15 et 16 septembre : Salon Créer à Lille
Cette 9e édition du salon donne comme toutes les autres les armes à ceux qui ont une idée et veulent la transformer en en- treprise. Mais une mention spéciale est à décerner à la nuit Créer et à l’expérience #Digitalk qui permettent d’en apprendre plus sur diverses expériences numériques, ainsi qu’aux Creative Days, ces journées qui mobilisent 500 jeunes et leurs ensei- gnants issus de toute la région pour faire naître des idées
4 29 septembre : Atelier sur l’innovation manageriale à Poitiers au Futuroscope
Dans le cadre des Rendez-Vous Innovation 2015 - Innovation managériale, facteur-clé de performance -, le réseau des CCI Poitou-Charentes vous propose dès 8h30 au Futuroscope un atelier sur le thème : « L'innovation managériale, facteur-clé de performance de toute entreprise ». Le programme sera proposé ultérieurement sur le site de la CCI Poitou Charentes. Contact : Jean-Michel Bois - 05 49 60 97 72
4 Du 6 au 8 octobre 2015 : Salon des microentreprises à Paris
Evènement national dédié aux dirigeants et créateurs de petites entreprises. 200 exposants, 220 conférences en accès libre et 500 experts de l’entrepreneuriat pour faire le point complet sur le développement de votre activité ou votre projet de création, et de repartir avec des solutions personnalisées. Les « speed idea meetings »
peuvent aussi aider à faire le plein d’idées.
4 6,7 et 8 octobre 2015 : Salon Solutions à Paris
De quoi utiliser au mieux les outils numériques d’aujourd’hui. On pourra distinguer six pôles thématiques complémentaires : ERP, Demat'Expo (dédié aux solutions de dématérialisation, d'archivage électronique, de gestion de l'information, des pro- cessus documentaires et du document numérique), Solutions CRM, Solutions BI (Business Intelligence) et Big Data, Solutions e-Achats, Serveurs et Applications.
Dans ce contexte, trois formes de rapports entre le journaliste et l’entreprise existent :
- un rapport de force dans lequel les deux parties s’affrontent autour de la construction de l’informa- tion. L’influence du journaliste est donc soit subor- donnée soit autonome selon le résultat du rapport de force.
- un rapport d’échange ou le journaliste bénéficie de données venant de l’entreprise et, par leur pu- blication, leur donne une influence importante – mais pas forcément dans le sens voulu par l’entreprise. L’influence est, en ce sens, co- construite et les « bénéfices » en sont partagés.
- un rapport d’ambiguïté, qui se joue sur le terrain de la psyché, dans le cas particulier des relations directes entre journaliste et dirigeant, qui est celui de l’influence mutuelle aboutissant à une construc- tion de sens partagée.
(1) : L’Influence des journalistes économiques : subordonnée ou autonome ? par Pascal Junghans, in Influentia, dir. Ludovic François et Romain Zerbib, éd. Lavauzelle, 2015).
SEPTEMBRE 2015 53

