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Décryptage - Reconnaissance faciale StRAtÉGie & iNNoVAtioN NuMÉRiQue
par exemple à des sites de ren- contres qui peuvent, ainsi, ana- lyser les visages et recevoir une alerte si une personne fichée comme délinquant sexuel s’inscrit. » la technologie est aujourd’hui utilisée pour des solutions plus « légères ». la start-up française Reminiz a ainsi développé une application avec une volonté claire de di- vertissement et d’information. la petite histoire veut que son co-fondateur, Jack Habra, en ait eu l’idée en regardant la té- lévision avec un ami. Comme ils étaient incapables de « re- mettre » l’identité de l’un des acteurs, son ami lui aurait alors lancé le challenge de créer un « Shazam des célébrités ». l’idée de base de Reminiz venait de naître. Aujourd’hui, l’application permet de recon- naître le faciès des célébrités. il suffit au téléspectateur de pointer son smartphone vers l’écran et l’application lui révèle alors l’identité des personnes (acteurs, chroniqueurs...), mais également d’accéder à du contenu enrichi : biographie, filmographie, compte twitter, possibilité d’acheter les autres films dans lesquels joue le comédien... A la base simplement destinée à être une application mobile, Reminiz s’est orientée vers le B2B après avoir remporté le Challenge Bouygues telecom et constaté l’intérêt des chaînes de tV, des plateformes de Vod et des FAi pour une intégration directe de ce service dans leur offre. « Nous démarchons donc les plateformes de VOD pour traiter leurs contenus et intégrer directement la reconnaissance faciale dans les films », explique Alexis Kenda. les fournisseurs de contenus peuvent ainsi pro- poser une expérience utilisateur un peu plus poussée – un bon point lorsque l’on sait que l’un des cas d’usage les plus répan- dus chez les utilisateurs de se- cond écran devant la tV est de chercher des informations sur le film qu’ils sont en train de visionner.
alors possibles : détecter de façon automatisée les caracté- ristiques, l’humeur et l’état émo- tionnel de la personne (homme ou femme, souriant ou mécon- tent, dynamique ou fatigué...) ; mais aussi la reconnaissance à proprement parler : en fournis- sant au départ cinq photos d’une personne au système, celui-ci la reconnaîtra si elle revient. les possibilités d’usages sont
MYRIADE DE SECTEURS CONCERNÉS dans les années à venir, la pro- gression du marché devrait s’accélérer. la reconnaissance faciale pourrait rapidement s’in- tégrer dans le cadre de la do- motique et de la maison connec- tée. Par exemple, qu’à chaque personne reconnue par la caméra soit associé un scénario pré- programmé déclenchant le lan-
crivant ainsi dans la tendance de personnalisation sans cesse accrue : en sachant que tel conducteur vient de prendre place derrière le volant, la voiture réglerait elle-même la position du siège, la station de radio, la climatisation...Autant de points qui intéressent de plus en plus les constructeurs, conscients que l’automatisation est l’un des maîtres-mots du futur de
porte comment et que cette uti- lisation ne porte pas atteinte à la vie privée et à l’anonymat de chacun. on se souvient des légitimes levées de boucliers lors de l’annonce de l’application Nametag, qui aurait permis au porteur de Google Gass d’iden- tifier les passants. les profes- sionnels du secteur sont bien conscients de ces enjeux et sa- vent qu’avec cette technologie, ils marchent sur des œufs. la difficile tâche du législateur
les excès en développant une réglementation qui ne constitue
Certaines application vont plus loin que l'identification, et misent sur l'analyse du visage : des dispositifs anti-somnolence
pas pour autant un frein. novation des entrepreneurs hexagonaux. Quant à ces der- niers, ils devront, pour démo- cratiser leurs produits, surmonter la méfiance naturelle des gens et faire la preuve de l’utilité de leurs créations et de leur carac- tère non intrusif. Autant dire que la partie sera serrée.
à l’in-
peuvent être mis en place
par
sera de parvenir à
empêcher Julien Fournier Strategy review
L’AUTOMOBILE ANTI-SOMNOLENCE dans ce marché encore très jeune et embryonnaire – la plu- part des boîtes qui s’y investis- sent n’ont pas plus de quatre ans d’existence – d’autres uti- lisations de la reconnaissance faciale sont possibles et/ou com- mencent à émerger. Certaines vont plus loin que l’identifica- tion, et misent sur l’analyse du visage. différentes choses sont
dans les cabines Photomaton, où elle permet de détecter la conformité des photos d’identité (vérifier l’ouverture des yeux, l’absence de sourire...). elle tra- vaille également avec Netatmo, qui est à l’origine d’une caméra Wifi connectée, reconnaissant les membres de la famille, per- mettant de détecter les allées et venues de chacun et par exem- ple d’envoyer une notification sur le smartphone des parents pour les avertir que leurs enfants sont bien rentrés de l’école.
tomatiser davantage les maisons et d’habituer les gens à la re- connaissance faciale. » le sec- teur automobile se montre éga- lement intéressé. d’une part, afin de mettre en place des ca- méras qui permettraient de dé- tecter automatiquement, en fonction de l’ouverture des yeux et d’autres signes, l’éventuelle somnolence du conducteur et, si tel était le cas, de lancer une alerte sonore. d’autre part, la reconnaissance faciale pourrait permettre l’identification, s’ins-
Ainsi, la sanction du délit de corruption ne frappe plus l’en- treprise mais le salarié. la première est protégée. le second est coincé entre, d’une part, l’atteinte des objectifs, et qui, par- fois, dans certains pays, oblige à corrompre, et, d’autre part, le respect de la charte d’éthique et les obligations qui en dé- coulent.
donc nombreuses et différents secteurs commencent à s’y in- téresser. « Nous nous considé- rons comme une brique tech- nologique capable de s’adapter et non pas destinée à un seul usage », explique Matthieu Marquenet, directeur de l’ex- ploitation de Smart Me up, spécialisée dans les technologies de reconnaissance des visages. la start-up a ainsi pu s’intégrer
cement automatisé de différentes actions dans les pièces de la maison : chauffage à telle tem- pérature dans la chambre, al- lumage de la lumière et de la télévision dans le salon... « La domotique est le secteur qui en tirera le plus de profit, estime Alexis Kenda. En termes de marché grand public, c’est celui qui va pousser la technologie vers le haut, permettant d’au-
leur secteur d’activité. les sec- teurs du transport et du tourisme pourront également utiliser cette technologie. l’hôtellerie, par exemple, où ce type d’outil permettrait de reconnaître un client habitué ou ViP, et lui proposer un accueil personnalisé. il existe également une demande liée aux sièges d’avions et aux systèmes d’in-flight entertain- ment. est ainsi évoquée la pos- sibilité d’installer cette techno- logie sur les petits écrans intégrés dans les sièges : la reconnais- sance faciale permettrait alors de détecter l’endormissement du passager et de mettre le film sur « pause » puis de le relancer quand il se réveille. enfin, la reconnaissance faciale est très prometteuse pour le commerce de détail. « Elle permettra d’ob- tenir une meilleure analyse des consommateurs et de leurs comportements dans les ma- gasins, précise Matthieu Mar- quenet. Il y a beaucoup de don- nées analytiques à exploiter mais, pour le moment, très peu de suivi à ce niveau-là. » la technologie permettra non seu- lement d’analyser le taux de conversion ou le temps passé dans les rayons par les clients, mais également d’analyser leurs réactions en automatisant l’étude de leurs émotions, à moindre coût, pour ensuite chercher les solutions qui pourraient les ren- dre « plus heureux et satisfaits ». « On peut également imaginer que dans une boutique de luxe la caméra reconnaîtrait le client, saurait ce qu’il a acheté lors de sa dernière visite, poursuit Alexis Kenda. Le manager se- rait alors prévenu par SMS que cette personne vient d’entrer et irait la voir directement... » Bref, le potentiel de la techno- logie est énorme... mais de- mande à être encadré pour qu’elle ne soit pas utilisée n’im-
Pascal Junghans
« Ah zut... A cause de mon acné la machine ne me reconnaît pas »
Ces chartes partent d’un principe excellent : elles interdisent aux salariés d’accorder directement ou indirectement, à des agents publics, tout avantage indu afin que, dans l’exercice de ses fonctions, il favorise leur employeur. Ces chartes se sont multipliées. la seule étude scientifique publiée à ce jour constate : « Les chartes d’éthique sont désormais bien pré- sentes dans le paysage social des grandes entreprises et des grands groupes français ». il s’agit du rapport rédigé en 2007 par Philippe Vivien, alors dRH d’Areva, et le professeur de droit Paul-Henri Antonmattei, pour le ministre du travail de l’époque. or, ces chartes semblent engendrer des effets coer- citifs pour les salariés en ce qu’elles apparaissent être inté- grées au contrat de travail. « Certaines clauses (de chartes d’éthique, ndlr) suggèrent la mise en place d’obligations de nature contractuelle pour les salariés (...) ; le non-respect de ces règles est considéré comme une faute grave suscepti- ble d’entraîner la résiliation du contrat de travail », souli- gnent Antonmattei et Vivien.
enseignant à l'international - university of Monaco et à l'université de troyes lMembre du conseil scientifique du Conseil supé- rieur de la formation et de la recherche stratégique.
le salarié victime de la corruption
es entreprises semblent vouloir se protéger contre la corruption en édictant des chartes éthiques qui repor- tent la faute sur le salarié. Pour sortir de ce piège, une
solution consisterait à renforcer la protection des lanceurs d’alertes.
depuis plusieurs années, de grandes entreprises françaises, et la dernière est Alstom, ont été condamnées pour faits de corruption. il est vite apparu que ces sanctions pouvaient met- tre en danger l’entreprise, non seulement en raison des sommes à payer, mais également en raison de l’atteinte à son image. Comment alors réduire ces risques ? Certaines entre- prises ont ainsi changé de nom et tenté de faire oublier leur sulfureux passé afin de protéger leur avenir. d’autres ont édicté des chartes d’éthiques... qui semblent bien anodines. Pourtant, elles transfèrent la charge du délit de corruption de la firme vers le salarié. Comment est-ce possible ?
Juillet - Août 2015 55


































































































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