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unis. Michel Richard a re- pris de son père une société exsangue après la crise du dollar et du yen des années 80. Mais contre toute at- tente, le marché italien s’amourache du Mickaël, le modèle basique de la marque qui devient tendance et donc symbole de la nou- velle orientation prise par la société. la bonne étoile a parfois un rôle indéniable, mais l’étude de l’eFC est formelle : « Celles qui ré- sistent dans la durée com- portent des caractéristiques communes », insiste son président Bruno Bizalion.
travail de nos ancêtres ne s’achètent pas », a-t-on cou- tume d’affirmer en public chez les Mellerio dits Mel- ler, joailliers parisiens depuis 1613. de même les frères
équipes qui peuvent mener à maturité des projets R&d qui ne sont pas ralentis voire abandonnés à cause des dé- parts, mutations et plans de carrières. « Nous en sommes
grand .
mêmes valeurs peut faciliter certains rapprochements. « Aujourd’hui les réseaux se forgent par région, par métier, mais pas par an- cienneté. Cela doit changer, car elles ont les mêmes va- leurs », exhorte Bruno Bi- zalion.
Les fonds propres sont supérieurs à la moyenne,
il faut des réserves pour les périodes de vache maigre
Julien Tarby
Cf. sélection culturelle : « Le secret des entreprises centenaires, où puisent-elles leur énergie ? », Lille Place Tertiaire et Club des entre- prises centenaires, 25€
A la Une - Entreprises centenaires CluB eNtRePReNdRe
Leçon nipponne
La législation sur les faillites déterminantes
L’Europe détient quelques pépites : Beretta, le fabricant d’armes italien, existe depuis 1526 et Zildjian, le fabricant turc de cymbales, depuis 1623. Mais le Japon, avec ses 50000 maisons qui ont plus d’un siècle (!) et ses 3886 bicentenaires, constitue une exception. Aux Etats-Unis, seules 25% des entreprises créées en 1994 étaient toujours en activité en 2004 selon le bureau de statistiques du travail... L’Empire du Soleil Levant, culturellement tourné vers la longévité, a enfanté d’un capitalisme particulier. Les entrepreneurs léguaient traditionnellement leur affaire à leur fils aîné, mais, compte-tenu de l’importance d’une bonne transmission, ils bénéficiaient d’une marge de manœuvre, pouvant adopter un fils, souvent voué à épouser une fille de la famille, s’ils ne jugeaient pas leur rejeton naturel à la hauteur. Le japon est d’ailleurs le pays où les adoptions d’adultes sont les plus fréquentes. Pourtant cette longévité se trouve menacée, en attestent les faillites récentes. Quand une auberge fondée il y a 1300 ans ou un brasseur de saké vieux de 900 ans jettent l’éponge successivement, les têtes se lèvent. L’explication serait liée à l’évolution de la législation relative aux entreprises en difficulté. Traditionnellement, les banques venaient en aide sans hésiter à toutes les entreprises, même si leur situation était désespérée. Entre 1955 et 1990, seules 72 sociétés nippones ont fait faillite ! Les banques étaient censées renflouer. Puis en 2000 la première loi sur la faillite a été adoptée. Et en 2004 l’Etat a modifié les textes de 1922 sur la liquidation. On ne prête plus aux entreprises dont les produits sont obsolètes, sauf si elles se réorientent.
compagnonnage. Ils entrent chez nous apprentis, et en ressortent à la retraite », décrit Christian oury, P-dg d’oury Guyé, fabricant d’instruments de chirurgie en Haute-Marne. Résultats : la société propose six à sept modèles aux clients chaque mois et cinq salariés ont été élus MoF (meilleurs ouvriers de France). troi- sièmement les fonds propres sont généralement supé- rieurs à la moyenne. « Il faut des réserves pour les périodes de vache maigre », aime à rappeler Gilles Ber- nard, actuel dirigeant du Club des entreprises cente- naires.
ont en moyenne 154 ans, nées sous Napoléon iii, du- rant l’ère des grands entre- preneurs liés au charbon, à l’acier, au textile, souvent dans des places tournantes de commerce, où les res- sources agricoles n’étaient pas rares. Bien souvent ceux qui comprennent le plus vite l’intérêt de brocarder ce passé sont ceux qui ra- chètent. en témoignent Maille, « maître moutardier à dijon depuis 1747 » (groupe unilever), ou les enseignes qui ont fait de leur année de fondation le nom d’un produit, comme 1848 de Poulain (Cadbury). dans 75% des reprises les entreprises gardent la date de référence et continuent d’exploiter le capital d’an- cienneté. « Depuis peu nous insistons sur le « Maison fondée en 1908 ». Les gens nous ont en tête, il faut leur rappeler que nous avons toujours été présents, que nos produits ont même ac- compagné les astronautes français sur les navettes
les esprits », soutient Jérôme Fourest, dg. de la Maison d’épicerie fine Comtesse du Barry. « Comment tradui- riez-vous 1855 en chinois pour partir à l’exportation ? Vous ne le traduiriez pas, ce serait un gage de qualité, de crédibilité et un vecteur de vente », rappelle Bruno Bizalion qui propose avec son label un outil simple de communication, mais aussi un moyen de se ren- contrer, d’échanger de bonnes pratiques, et pour- quoi pas de répondre en- semble à des appels d’offre. Ces établissements sécu- laires ont une mentalité, une fierté, une façon de raison- ner qui leur sont propres, quelle que soit leur taille, l’artisan du coin comme le
BESOIN DE COMMUNIQUER ET DE SE FÉDÉRER
85% des vieilles pousses sont en province – Nord Pas de Calais, Rhône-Alpes, Alsace ou Pays-de-la-loire sont particulièrement fournis – et cultivent une certaine culture de la discrétion. « Des forces tranquilles qui
groupe détenir les
SECRETS DE PÉRENNITÉ Premièrement c’est le sens de la responsabilité qui pré- domine. « 83% des diri- geants se sentent respon- sables de leurs salariés, une réponse qui vient avant la rentabilité, et ils affichent à 90% une volonté indé- fectible de pérennité », constate Bruno Bizalion. Celui qui est récipiendaire de l’entreprise est déposi- taire. « Dans la famille nous nous transmettons une en- treprise saine qui nous tient à cœur, nous sentons que nous sommes juste de pas- sage », illustre Jean-Brice la Gourgue, directeur de la distillerie de l’eau de mé- lisse des Carmes Boyer qui existe depuis 1611. « Nous avons refusé les chèques que des groupes nous ont proposés, les valeurs et le
Bertrand et thierry letartre, dirigeants des laboratoires Anios à lille, ont racheté en 2013 des parts à leur ac- tionnaire principal Air li- quide qui détenait 66%, afin d’éviter une vente et des délocalisations. « Nous ne voulions pas faire subir cette situation à nos collabora- teurs, avec qui nous entre- tenons des rapports très forts. » deuxièmement transparaît un autre rapport au temps de la part du diri- geant, « qui reste 27-30 ans en moyenne à la tête de la société, contre cinq ans dans les autres », rappelle Bruno Bizalion. Sa vision est for- cément de long terme. « Nous ne sommes pas dans l’immédiateté du gain, à faire des coups à l’export ou en déstockage. La pire chose serait de contribuer à vulgariser le produit », rappelle Jean-Brice la Gourgue de l’eau de mé- lisse, qui lors de son arrivée « a fait connaissance avec des salariés qui totalisaient 30-40 ans de boîte ». une stabilité vertueuse des
à la quatrième génération d’ouvriers hautement qua- lifiés qui se transmettent leur savoir-faire. Le turno- ver est très faible, et nous recrutons dans l’esprit de
ne se mettent pas assez en valeur », remarque Gilles Bernard. Mal leur en prend, car les consommateurs sont de plus en plus sensibles à ces racines profondes. elles
spatiales Atlantis ou Dis- covery. Nous allons être plus agressifs dans notre communication, sortir des séries limitées pour marquer ces caractéristiques dans
Cette association Loi 1901 à but non lucratif, qui regroupe des dirigeants et des familles portant le nom de leur en- treprise, a été créée en 1989 par Bernard Logié, ancien du département conseil en recrutement de Bernard Krief, qui a créé Plus Cadres (première société d’interim de cadres en France) et qui désormais accompagne les entrepreneurs familiaux sur les aspects de gouvernance et de RH de la famille. Au sein de l'association, connue pour décerner chaque année ses fameux trophées, sont éponymes les fondateurs qui donnent leur nom à leur entreprise et, par extension, les dirigeants et les membres des familles qui contrôlent l'entreprise dont ils portent le nom, en France et à l'étranger. Les premiers éponymes sont les pionniers de l'industrialisation, datée de la 2ème révolution industrielle sous le Second Empire. Ils ont créé les racines du capitalisme familial, et le socle de l'économie moderne. Depuis l'édit royal de 1673 et jusqu'aux années 1960, tout « entrepreneur » individuel est libre de créer à condition de le faire en son nom et sur ses biens propres. C'est ainsi que les premiers éponymes ont montré, en engageant leur nom avec celui de leur entreprise, comment la prise du risque
financier conduit à davantage de vigilance et de prudence dans la conduite des affaires. Il a été démontré que les entreprises familiales cotées surperforment par rapport aux entreprises de capitaux « anonymes ».Une étude de l'université de Bordeaux 4 a démontré que les « ÉPONYMES » cotés, surperforment davantage encore que les entreprises familiales « classiques ». Lors des dernières conférences, les membres ont pu écouter Dominique Loiseau, directrice des établissements Bernard Loiseau sur la pérennisation de « l’esprit Loiseau », ainsi que Bernard MAGREZ, qui a expliqué comment valoriser 41 vignobles en faisant de son nom une marque. Les ateliers portent sur les sphères juridiques – « guide d’utilisation du nom patronymique » - marketing – quelles sont les spécificités de la marque patronymique ? » - ou plus personnelles - « Etre père et chef d'entreprise : que transmet-on de soi quand on transmet son entreprise ? » Les noms sonnent familier aux oreilles, tant ces familles pèsent sur l’actualité écono- mique en France. Au conseil d'administration, il est possible de croiser Valentine Cointreau ou Jean-Bernard Bon- duelle...
Les Éponymes
Club de noms connus
Juillet - Août 2015 23
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