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n°22
CluB eNtRePReNdRe A la Une - Entreprises centenaires
L'occasion pour EcoRéseau d'enquêter sur le sujet principal du Club Entreprendre,
e ncore plus que pour un humain, atteindre le cap fatidique des 100 ans pour une entreprise relève de l’exploit. Car selon plusieurs études internatio- nales concordantes, la lon- gévité moyenne des sociétés ne dépasse pas 40 ans ! Sur les 500 premières big firms du magazine Fortune, moins d’une quarantaine à peine a plus de 100 ans, comme General electric ou Air li- quide. en France le club des Michelin ou louis drey- fus est restreint, et les plus
les « vieilles pousses » centenaires sont en France plus nombreuses, discrètes et riches d’apprentissage qu’on ne le croit...
Dossier réalisé par Matthieu Camozzi, Anne Diradourian, Geoffroy Framery, Ludovic Greiling, Yann Petiteaux et Julien Tarby
1200, et sont à 70% des entreprises liées aux vins et spiritueux, mais on trouve aussi des négociants, confi- seurs et entreprises textiles. Comment ces Mathusalem du business ont-ils survécu aux crises, guerres, muta- tions technologiques, concurrentielles ou consom- matrices ? enquête.
type. Bruno Bizalion, pré- sident fondateur de l’asso- ciation des entreprises fa- miliales centenaires (eFC), qui délivre un label depuis 2007, est aussi directeur de BM&S, cabinet de conseil en stratégie pour des entre- prises en quête d’une nou- velle niche de marché : « Au-delà de l’innovation technique, il y a l’adapta- tion, la propension à s’adap- ter aux évolutions de la de- mande et du marché, à l’exemple de l’auvergnate Omerin, passée des lacets
Séculaires singulières
en rapport avec l'innovation et l'entrepreneuriat
CHASSEURS DE NICHES
un premier point frappera l’observateur. la plupart de celles qui défient Chronos
Au-delà de l’innovation technique, il y a l’adaptation aux demandes de clients
nombreuses sont modestes en taille et moins connues. Certaines eti n’en sont pas moins des leaders mondiaux comme dehon (fluides fri- gorigènes), lesaffre (le- vure), Sonepar (matériel électrique), thuasne (tissus médicaux et sportifs)... Celles qui sont familiales depuis le début ne sont que
proches et anciens
appartiennent à des secteurs « à l’abri », qui n’entrent pas dans les radars de so- ciétés plus importantes par la taille. Kongo Gumi, constructeur de temples bouddhistes au Japon qui a fait récemment parler de lui parce qu’il a été après 1429 ans d’activité absorbé par un groupe, en est l’arché-
Les Hénokiens :
aux câbles protégés, misant sur le savoir-faire des tres- seurs du territoire pour de- venir leader mondial dans cette niche ». Nouvelles matières premières, nou- veaux marchés, nouvelles stratégies... elles se réin- ventent pour trouver un ter- rain de jeu à leur mesure, à l’abri des acteurs globaux.
Des organisations qui se jouent des atteintes du temps
Attention club sélect
Il existe 1200 entreprises familiales centenaires, dont 65% sont postérieures à 1850. Certaines sont donc très anciennes, il est parfois possible de remonter jusqu’à la quinzième génération ! Les bicentenaires ont la possibilité d’intégrer le club très fermé des Hénokiens. « J’ai essayé d’y entrer, mais il manquait 20 ans, car ils ont pris en consi- dération le rachat par mon aïeul en 1838, et non le début de l’activité en 1611 », déplore Jean-Brice la Gourgue, directeur de la distillerie l’Eau de mélisse des Carmes Boyer. La sélection à l’entrée se veut draconienne. L’association hénokienne – le nom fait référence à Hénoch, patriarche de la Bible qui aurait vécu jusqu’à l’âge de 365 ans – regroupe des entreprises de tous les continents dont la particularité est d’être en activité et d’être restées des entreprises familiales (détention de plus de 50% du capital par les descendants) depuis 200 ans ou plus. L’un des membres de la famille doit occuper un poste de direction générale ou siéger au conseil d’administration. L’idée est née en 1981 à l’initiative de Gérard Glotin, P-Dg de Marie Brizard et lui- même descendant de la créatrice, en 1755, de la première anisette. Le but ? L’entraide morale, culturelle et philosophique de ses membres. Chaque année, la quarantaine de membres italiens, français, allemands, japonais, hollandais... se retrouvent dans une ville d’un pays différent. Parmi eux la banque Pictet, les Etablissements Peugeot Frères ou la Maison de joaillerie Mellerio.
22 Juillet - Août 2015
Pour ce faire ces doyennes peuvent compter sur une relation humaine et soutenue avec des clients de longue date dont elles peuvent mieux cerner les évolutions de besoins. « Seule une poi- gnée de sociétés en France peut se targuer de traiter avec des clients qui leur font confiance depuis un siècle », précise Alain de- ledalle, président des assu- rances deledalle ACF, fon- dées en 1912, fondateur dans le Nord du Club des entreprises centenaires (1) sous l’égide de lille Place tertiaire, qui dépend de la CCi Grand lille, regroupant désormais une trentaine de membres (pâtisserie Meert, Crédit du Nord...) « Selon
une étude de la Sofres, 70% des nouveaux projets/produits sont un échec, car ils se re- trouvent déconnectés des be- soins immédiats du client. Il est fort à parier que ces vieilles maisons, comme Flo- rimond Desprez dans la gé- nétique des graines ou Cou- sin dans les fils chirurgicaux, sont championnes dans leurs lancements, parce qu’elles peuvent se permettre un dia- logue soutenu, des allers- retours avec le client, et non un développement technolo- gique dans le vide en espé- rant que la demande suive », affirme Bruno Bizalion.
niers d’origine, les Peugeot transformaient sous Napo- léon ier le coton en textile pour les uniformes de la Grande Armée. les raisons qui les ont poussés vers les moulins à café et à poivre, puis vers l’automobile à la fin du XiXème siècle, tien- nent aussi du hasard. Savoir que Seb fabriquait à l’ori- gine des seaux et arrosoirs, ou que legrand est passé de la porcelaine aux inter- rupteurs puis au matériel électrique, démontre que bien souvent rien n’est pré- déterminé. le célèbre fa- bricant isérois de chaussures de luxe Paraboot (200 sa- lariés, 18 millions d’euros de CA) réalisait 45% de ses ventes au Japon et aux etats-
COUPS DE CHANCE ?
Bien évidemment, le facteur chance existe aussi. Meu-


































































































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