Page 62 - EcoRéseau n°21
P. 62

www.ecoreseau.fr
n°21
STRATÉGiE & innOVATiOn nuMÉRiQuE Regard digital - Stéphanie Delestre, présidente et cofondatrice de Qapa Entretien avec une figure clé de la transformation numérique
« la révolution numérique change des vies.
la preuve... »
Stéphanie Delestre veut combattre le chômage avec les données et ringardise Pôle emploi.
C’est d’ailleurs lorsqu’elle en a poussé la porte que l’idée de sa Start up a germé.
de zéro, d’une page blanche, est une vraie opportunité pour nous. Toute la diffé- rence entre les deux struc- tures repose sur la notion de service, très importante chez Qapa. les candidats sont nos clients et nous sommes obsédés par la qua- lité du service rendu. Pôle emploi et nous partageons la même ambition, éliminer le chômage, mais avec des méthodes différentes. le digital apporte une réponse personnalisée aux candidats inscrits sur Qapa. On ap- prend de leurs recherches et de leurs réponses pour proposer des offres et des services annexes en adé- quation avec leurs besoins.
Le maniement des data est sensible. Comment les utilisez-vous ? nous sommes des ayatollahs de la sécurité. l’enjeu ne se situe pas dans l’utilisation de la data mais dans la qua- lité des informations récu- pérées à l’entrée. la qualité de la data entrante est à sur- veiller et à bien comprendre pour, ensuite, pouvoir pro- poser des offres de forma- tion complémentaires par rapport au profil renseigné. les nouvelles technologies
Quels sont vos rapports avec l’Etat ?
J’ai été invitée deux fois par Emmanuel Macron pour expliquer notre métier et nos résultats. Qapa totalise quatre millions de candidats et 200 000 nouveaux ins- crits chaque mois. Plus de
de l’apprentissage, indis- pensable mais très onéreux. nous avons aussi évoqué les offres de Pôle emploi à mettre en open data. Et sur- tout que l’institution cesse de penser qu’elle a un droit de vie et de mort sur les chômeurs !
matching ont été supportés grâce à une levée de fonds de 1,7 million d’euros fin 2013. notre chiffre d’af- faires, confidentiel, tourne autour de quelques millions d’euros, avec un triplement chaque année. Qapa est profitable depuis février 2014. nous comptons 15 collaborateurs.
Avez-vous des concurrents dans
le monde ?
En Europe non. Aux Etats- unis, Bright a été racheté par linkedin en 2014 et a été fermé pour intégrer les équipes de R&D et les ou- tils de matching de linke- din, qui constitue un concurrent indirect. notre ambition est donc de nous
« Chaque mois, 8 000 personnes décrochent un contrat grâce à Qapa »
pables d’apporter de telles solutions et de servir notre ambition : tuer le chômage en France et en Europe.
Pôle emploi aurait dû prendre ce virage du nu- mérique et apporter ces services. Comment ana- lysez-vous son retard ? Se penser en situation de monopole empêche de faire évoluer ses produits et ses services. les politiques pu- bliques de l’emploi ne sont pas en phase avec le marché et ne répondent pas aux at- tentes des jeunes, par exem- ple, qui font des missions de quelques mois et partent à l’étranger. Surtout, Pôle emploi n’a pas vu arriver les nouveaux acteurs. Partir
Comment est née l’idée
de Qapa, un procédé de matching pour mettre en relation offres et de- mandes d’emplois ? D’un constat simple. la France compte 5,5 millions de chômeurs quand près de 900 000 offres d’emplois ne sont pas pourvues auprès des entreprises. nous avons mis au point un outil de matching avec 70 critères axés sur les compétences des candidats, et non pas par métier comme chez Pôle emploi. Et cela change tout ! le champ des possibles s’ouvre pour le candidat tout autant que pour l’en- treprise qui n’arrive pas à embaucher. Seules les nou- velles technologies sont ca-
développer en Europe.
Qapa, le Tinder de l'emploi
280000 offres d’emplois sont disponibles et près d’un milliard de matchings a lieu chaque jour sur le site. Chaque mois, 8000 personnes décrochent un contrat grâce à Qapa. Alors
Comment avez-vous bâti votre business model ?
Qapa est une place de mar- ché qui met en relation candidats et recruteurs dans un modèle freemium. les
Avez-vous des freins culturels ou réglementaires pour ce déploiement européen ? Quelques modifications ma- jeures sont réalisées : la langue, la localisation des candidats, les référentiels des compétences par métier et la monnaie. notre expé- rience nous rend la tâche plutôt simple puisque nous avons appris que le système s’autoalimente grâce aux informations fournies par les candidats. la Grande- Bretagne a été lancée en début d’année. l’Allemagne le sera dans les prochains
70 critères axés sur les compétences des candidats, et non pas par métier comme
Bio
Chômeurs angel
Diplômée d’un DEA d’Histoire à La Sorbonne et d’un cursus à l’ESCP, Stéphanie Delestre a débuté sa carrière par un stage dans le groupe TF1. Elle y reste plusieurs années à différentes fonctions autour de la finance et du marketing. Elle prend la responsabilité des activités internet d’Eurosport. Elle est ensuite nommée DG de Qype à Ham- bourg, racheté par Yelp trois ans plus tard. L’idée de Qapa lui est venue alors qu’elle rentre en France et s’inscrit à Pôle emploi. Elle y rencontre des chômeurs stressés et qui sortent sans un sourire d’un système qui s’avère compliqué. Qapa est créée en 2011 avec trois associés : Florian
Auriau, Olivier Zier et Corentin Larose.
62 Juin 2015
chez Pôle emploi
Emmanuel Macron a voulu savoir comment les nou- velles technologies avaient la capacité de changer la vie des gens, la simplifier et la rendre plus égalitaire... nous vivons la révolution numérique tous les jours. il a besoin de comprendre comment l’innovation va influencer l’emploi, la for- mation et l’économie en général. Je lui ai aussi parlé
mois.
permettent de proposer de nombreux services pour les candidats mais aussi pour les collectivités locales. Grâce aux informations ré- coltées par Qapa, nous sommes capables de ren- seigner sur les métiers en tension au cœur d’un terri- toire. une information es- sentielle pour, par exemple, orienter les budgets forma- tion des collectivités.
inscriptions sont gratuites pour tous. Des abonne- ments à partir de 9,90 euros par mois apportent des ser- vices supplémentaires aux candidats et des campagnes de communication aux re- cruteurs. De plus en plus, les clients veulent en avoir pour leur argent et payer pour des services utiles. les investissements pour mettre en place l’outil de
. la demande sur ce secteur de l’emploi s’accé- lère dans tous les pays. Si les recruteurs étaient frileux au départ, notamment les grands groupes, ils sont dés- ormais beaucoup plus ou- verts à étudier un système que les candidats plébisci- tent.
Propos recueillis par Stéphanie Polette


































































































   60   61   62   63   64