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ET HOMOGÈNE
Dès la signature de l’Ani en 2013, les assureurs et mutuelles ont fourbi leurs armes dans la bataille pour séduire les employeurs contraints de choisir une assurance. ils ont tous élaboré une offre à étages simples à appréhender pour le patron de TPE. « L’ANI va redistribuer complètement le marché de la santé avec aujourd’hui quatre mil- lions de salariés qui ne sont pas couverts dans le cadre des contrats santé entreprises. Ces salariés sont généralement couverts par des complémen- taires individuelles. Nous sommes prêts pour conquérir ce marché. Nous sommes déjà structurés – avec la mise en place de directions de marché dès 2009 dont l’une est dédiée aux professionnels et aux TPE – pour nous positionner de façon im- portante », explique Yanick Philippon, directeur des entreprises collectives chez Generali. l’assureur a lancé une offre dès le deuxième trimestre 2014 qui combine garanties de base et sur-complé- mentaires optionnelles. « Nous avons développé un portail et un espace client. Si l’équipement des entreprises passe par les agents, les courtiers et le réseau salariés, la sur-complémentaire sous- crite à titre individuel par le salarié nécessite une fluidité et une simplicité des process », précise Yanick Philippon. A l’image du secteur, Adrea Mutuelle entend tirer son épingle du jeu. « Nous avons mis en place un produit spécifique TPE-PME, comprenant un socle de base « res- ponsable » souscrit par l’entreprise ainsi que des sur-complémentaires individuelles optionnelles pour les salariés », confirme Dominique Chaignon. « Conscient très tôt de l’enjeu de l’ANI, Adrea a procédé à une modification importante de son organisation commerciale en vue d’en améliorer l’efficacité. Cela nous a conduits à mettre en œuvre une véritable stratégie multicanale visant à multiplier les points de contact possibles entre les entreprises et nos agences sur le terrain », poursuit le dirigeant.
CluB EnTREPREnDRE Business guides - Mutuelles et complémentaires santé 4
UNE OFFRE PLÉTHORIQUE
5Concrètement, les acteurs du secteur ont mis au point un produit standard, offrant souvent le minimum légal de couverture, correspondant au panier de soins Ani, défini par le gou- vernement. Contraints de souscrire une complémentaire santé, que beaucoup assimilent à une taxe, les patrons de TPE risquent de se tourner vers cette couverture « a minima ». Quant aux salariés, ils auront souvent moins qu’avec un contrat individuel. « À ce niveau de couverture, aucun dépassement d’honoraire n’est pris en charge, lunettes et soins dentaires sont remboursés « a minima » », concède un professionnel du secteur. Sur le marché, les offres s’échelonnent globalement entre 13,50 et 20 euros, avec une concentration autour de 18-20 euros. Or, assure ce professionnel, « en dessous de 20 euros, les frais de distribution ne sont pas couverts ». En réalité, il semble que les mutuelles misent sur les options que devront prendre les salariés pour rentrer dans leur frais. la Macif par exemple propose six formules de contrat. Pour résumer, l’offre de base, au prix de 17 euros par mois, qui risque d’être retenue par de nombreux patrons de TPE, ne prévoit pas le remboursement des médi- caments dits de confort, limite à 30 euros le prix d’une monture de lunettes et à 35 euros le verre simple, s’aligne sur le tarif de la Sécurité sociale pour les frais dentaires et ne couvre aucun dépassement d’honoraires. un contrat qui correspond peu ou prou au minimum légal. Si le salarié veut plus, il peut bien sûr choisir une meilleure formule, entièrement à ses frais, en retenant telle ou telle option. Et la Macif espère bien voir ces options choisies par un grand nombre d’adhérents, car c’est la condition de la rentabilité du contrat.
Elle a pris des options supplémentaires, et ça se voit...
LA GUERRE DES PRIX
6 la mise en application de l’Ani impacte significativement le budget entreprise : 1 à 5% d’augmentation de la masse salariale. Dans ce cadre, certaines entreprises peuvent être tentées de jouer sur différents levier afin de rentrer dans leurs frais : « L’issue probable est que l’employeur va proposer le panier de soins minimum obligatoire et prendre en charge 50% de la cotisation, ce qui permettra à de nombreux salariés de refuser cette garantie grâce aux clauses de renonciation. L’employeur économisera donc sur trois points : la qualité du produit, car il propose le minimum, la participation, car il proposera la prise en charge légale de 50%, et enfin le nombre de personnes concernées, car il laisse la possibilité de refuser, une façon détournée de ne pas s’engager sur le sujet ! », précise Christophe Triquet, directeur général de leComparateu- rAssurance.com. Tout comme il est possible pour une personne quittant une entreprise de bénéficier à titre gratuit pendant un an de la complémentaire santé (sauf démission ou faute grave), il existe des cas pour lesquels le salarié peut être dispensé de cette souscription (voir notre article sur les dispenses d’adhésion). Enfin, si un salarié n’est pas satisfait par la complémentaire santé de son entreprise, il a la possibilité de souscrire une sur-complémentaire à titre individuel ou d’invoquer un cas de dispense prévu par l’Ani sous forme de demande écrite pour refuser la couverture choisie par l’employeur. En l’état, un contrat financé à 50% par l’employeur est plus avantageux pour le salarié qu’un contrat individuel qu’il assumerait à 100%, mais d’un autre point de vue, ce dernier n’est plus maître de son budget santé : « Dans certains cas, le salarié sera perdant. C’est le cas pour les salaires les moins élevés. Si le salarié n’avait pas de mutuelle, il peut la refuser et n’en bénéficiera donc toujours pas, ou alors il aura le minimum mais avec une participation imposée, c’est à dire une baisse de son pouvoir d’achat », ajoute Christophe Triquet. Pour autant, les professionnels du secteur de l’assurance affichent leur confiance sur la qualité des contrats mis en place par l’entreprise. « Concernant les contrats déjà signés, nous avons été surpris positivement par le choix de chefs de petites entreprises de choisir des complémentaires avec une couverture de bon niveau », assure ainsi Yanick Philippon, directeur des entreprises collectives chez Generali.
RISQUES DE DÉRIVE ?
48 Juin 2015
Cahier pratique n°1 - Mutuelles et complémentaires


































































































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