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Interview croisée - Femmes entrepreneures à Lyon CluB EnTREPREnDRE
faut être au travail simple- ment comme on est dans la
chance, n’en déplaise à la culture française !
LC : la notion d’échec est simple : soit vous vous met- tez la tête dans le sable, et vous n’avancez plus ; soit vous tirez de cette expé- rience un moyen d’être plus fort. « Tout ce qui ne tue pas rend plus fort », disait nietzsche. C’est tellement vrai ! Des échecs, nous en avons eu et nous en aurons encore. ils doivent nous per- mettre de nous remettre en
suis pas là pour être aimée, mais pour être respectée. Or, pour être respectée, il faut respecter les autres, c’est une valeur essentielle. Enfin, un bon chef d’entre- prise doit montrer à ses sa- lariés qu’ils peuvent compter sur lui, qu’il est solide, qu’il assume ses actes et ses dé- cisions. il est là pour diriger l’entreprise et il la dirige ! Pour m’aider au quotidien, je suis entourée d’un comité de direction et d’un comité
le talent de chacun de ses musiciens. Cela, on ne peut le faire qu’en aimant les au- tres.
Quelles sont les personnes qui vous inspirent ?
F G-O : J’ai toujours beau- coup admiré les chefs d’en- treprise. Je fais partie du club Prisme à lyon, qui re- groupe près de 150 diri- geants de la région dont Alain Mérieux (Bio Mé- rieux) et Michel Brochier (TMB), autre patron issu d’une vieille famille indus- trielle lyonnaise. Ce sont des personnes géniales qui me fascinent et auprès des- quelles je n’hésite pas à de- mander conseil. Savez-vous quel est l’avantage d’une femme sur un homme ? une femme n’hésitera jamais à demander des conseils, tan- dis qu’un homme n’osera
Quels conseils donneriez- vous à de futures entre- preneures ?
F G-O : nous avons la chance de faire un métier fantastique, soyez passion- nées, farouchement opti- mistes, n’ayez pas peur (des échecs notamment). Croyez en vous, en vos projets et ne doutez pas de vos capa- cités à les réaliser ! Et puis, je n’hésite pas à dire que nous pouvons nous servir detousles«plus»que nous avons en étant des femmes : n’hésitons pas à faire preuve de charme et d’humour, et n’ayons pas peur des hommes !
temps est révolu ! Mais il y a encore beaucoup de travail pour faire évoluer les men- talités, et cela dès le plus jeune âge. Sinon de façon générale, j’aimerais que la création d’entreprise et l’image des entrepreneurs (hommes et femmes) soient beaucoup plus mises en avant à tous les niveaux de l’enseignement. En effet, cette image est souvent dé- valorisée en France, com- parativement à d’autres pays. la société n’encourage pas assez les jeunes à croire en leurs projets et à se lancer dans la création d’entreprise. les organismes financiers sont également trop « frileux » pour soutenir ces dé- marches.
vie.
Quelle est votre perception de l’échec ? F G-O : Dans une vie, l’échec est inévitable. il n’y a que les personnes qui n’agissent pas, qui ne pren- nent aucun risque, qui ne se plantent pas ! l’échec fait partie intégrante de la vie d’une entreprise. On ne peut pas se développer sans
LC : Si j’avais un conseil à donner, ce serait de ne jamais rien lâcher. Je ne suis pas du tout féministe mais je pense que le chemin est plus difficile pour une femme car il faut braver les a priori,
LC : Pour moi, ce n’est ni un sujet ni un débat, juste une question de personnalité et d’envie personnelle. Cha-
Une femme doit braver les a priori. Une fois cette étape passée, tout devient plus facile Loetitia Colas
©DR
se tromper de temps en temps. Cela a été mon cas en 2008 quand j’ai ouvert l’entreprise à d’autres sec- teurs que la dermatologie, en rachetant deux autres en- treprises. Je croyais bien faire, cela a été une catas- trophe. J’ai appris à gérer cet échec, tout en veillant à protéger la maison-mère, à consolider ce qu’il restait et à poursuivre le dévelop- pement du groupe. Vous sa- vez, je suis d’un tempéra- ment optimiste. Je crois au rebond et à la seconde
cause pour agir différem- ment.
Selon vous, quelles sont les qualités d’un bon chef d’entreprise ?
F G-O : un bon chef d’en- treprise doit croire en lui, sinon il ne peut pas rassurer les autres. il doit avoir des projets précis dans la tête et les exprimer clairement. Sur- tout, il ne doit pas changer d’idées toutes les cinq mi- nutes, ce qui pourrait être très perturbant pour son en- tourage. Je pense que je ne
de pilotage. Ces deux ins- tances me transmettent les informations qui vont me permettre de prendre des arbitrages. J’essaie de pren- dre les décisions pour le bien de l’entreprise, pas pour faire plaisir. Car si l’entre- prise se porte bien, tout le monde est heureux.
tent les manches ! J’en cô- toie tous les jours dans mon entreprise. J’admire beau- coup les personnes engagées dans l’humanitaire et je suis portée, dans ma vie person- nelle comme dans ma vie professionnelle, par cette phrase de Sénèque : « il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne connait pas son port ». Garder son cap, quoi qu’il arrive ! Cette valeur essentielle m’a été transmise par mes parents et j’essaie aujourd’hui de l’inculquer à mes enfants.
risque, cette qua-
Loetitia Colas,
46 ans, dirigeante de FMI Infogérance, annonce un chiffre d’affaires de 12 millions d’euros en 2014. L’entreprise, qui emploie 60 salariés, a installé son nouveau siège et son premier Data Center à Saint-Priest il y a un an. La stratégie de l’entreprise est axée sur le développement de nouveaux métiers, comme l’hébergement des données informatiques.
LC : les circonstances m’ont poussée à poursuivre le travail de mon mari. Dans ce cas précis, on n’a hélas pas de temps pour se pré- parer aux choses, il faut continuer à vivre. Mais j’ai
LC : Pour moi, un bon chef d’entreprise doit avoir le goût du risque, être intuitif, vaillant et surtout il doit ai- mer les autres. un dirigeant, c’est un chef d’orchestre. Son job est de faire ressortir
le goût du.
lité qui permet de se trans- cender. De façon générale, quand on sait à quoi s’at- tendre, on a moins peur. Mais il ne faut pas avoir peur d’avoir peur. Si j’avais pu savoir ce qui arriverait, j’aurais été un peu meilleure, plus vite.
même pas demander son chemin ! Moi je n’hésite pas à m’inspirer de per- sonnes qui ont créé avant moi et qui ont traversé, comme moi, des moments difficiles.
démontrer sa capacité par l’exemplarité. une fois cette étape passée, tout devient plus facile. les femmes ont l’avantage d’être très intui- tives ce qui peut les aider considérablement dans les prises de décision, j’en suis persuadée.
Comment favoriser, se- lon vous, l’entrepreneu- riat au féminin ?
F G-O : Je pense qu’il fau- drait booster l’ambition des femmes. une femme qui crée une entreprise la voit rarement en multinationale à horizon 10/15 ans. les femmes créent souvent de petites structures, par choix ou pas d’ailleurs, je trouve cela dommage. En France, une grosse pression sociétale pèse encore sur les épaules des femmes. On leur dit qu’elles seront de mauvaises mères si elles ne s’occupent pas suffisamment de leurs enfants. J’ai deux enfants, et j’ai culpabilisé pendant 20 ans. Pour un homme, c’est plus facile, question d’éducation ! On nous a suffisamment ressassé que les hommes étaient faits pour travailler, et les femmes pour élever les enfants. Ce
cun doit prendre sa place, où qu’elle soit.
LC : Je suis épatée par les personnes courageuses, qui devant l’adversité se remon-
F G-O : Je le referais sans hésiter, avec tout autant de plaisir et de passion. il est certain que si j’avais l’ex- périence d’aujourd’hui, je ne referai pas les mêmes bêtises, mais dans le fond je ne changerais rien : donner leur chance aux jeunes en 1er emploi, embaucher du personnel féminin, favoriser la promotion interne des sa- lariés et les passerelles entre les postes.
Et si c’était à refaire...
Propos recueillis par Anne Diradourian
Juin 2015 31


































































































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