Page 30 - EcoRéseau n°21
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n°21
CluB EnTREPREnDRE Interview croisée - Femmes entrepreneures à Lyon
la force est en elles
Dans chaque numéro, EcoRéseau s'intéresse à deux dirigeants/entrepreneurs qui ont un point commun ou une différence fondamentale, afin de connaître leur opinion sur la stratégie, l'innovation, la communication et de montrer
qu'il existe plusieurs manières de manager
Frédérique Girard-Ory a créé il y a 25 ans le Groupe Dermscan, spécialisé dans les études pré-cliniques (in vitro)
et cliniques (in vivo) de cosmétiques et de médicaments. loetitia Colas a repris quant à elle la barre de la société de services FMi infogérance, suite au décès brutal de son époux en 2013. Deux styles différents, mais le même goût du risque...
Comment vous êtes-vous lancée dans l’aventure de l’entrepreneuriat ? Frédérique Girard-Ory : C’est un rêve d’enfant. Toute petite, je rêvais d’un métier qui me permette de bouger, de voyager. J’étais fille unique, d’un papa fonc- tionnaire et d’une maman
temps, c’était une évidence. Je me devais de poursuivre l’aventure entreprise par mon mari. Aujourd’hui, je partage donc mon temps entre mes deux entreprises et ma famille, puisque je suis maman de deux jeunes enfants. Je dois donc gérer trois vies en une !
a mobilisé l’ensemble des salariés de l’entreprise, qui étaient très attachés à leur patron. leur engagement à mes côtés a été et reste très fort. En réalité, la pression, je l’ai exercée sur moi, car il fallait que je sois à la hauteur, coûte que coûte.
Une femme n’hésitera jamais à demander des conseils, tandis qu’un homme n’osera même pas demander son chemin ! Frédérique Girard-Ory
au foyer. Mes parents n’en croyaient pas leurs oreilles. Je me suis lancée dans un doctorat de biologie, que j’ai complété avec une for- mation en management, à l’école universitaire de man- agement (iAE), avec la ferme intention de créer une entreprise. J’ai passé ma thèse de biologie humaine en avril 1989, puis j’ai créé Dermscan quelques mois plus tard, à l’âge de 27 ans. Loetitia Colas : Je me suis lancée dans l’aventure mal- gré moi, par la force des choses, puisque j’ai repris la succession de mon mari, décédé subitement en sep- tembre 2013. J’étais, et je suis toujours, cadre dirigeant du groupe Philibert Trans- port, une entreprise qui n’a rien à voir avec le secteur d’activité de FMi infogé- rance. Mon époux avait ra- cheté FMi infogérance au cours de deux opérations de lBO en 2005 et 2012. C’est lui qui a donné son envergure à l’entreprise et créé le data center que nous avons inauguré un an après son décès. Deux solutions se présentaient à moi : ven- dre l’entreprise ou la conser- ver. Je n’ai pas hésité long-
30 Juin 2015
Avez-vous rencontré des obstacles ?
F G-O : Oui, et notamment des obstacles socio-fami- liaux. Quand j’ai créé Dermscan, je n’avais aucune expérience professionnelle. On a tenté de me découra- ger, de me faire comprendre que je faisais une erreur. Je pensais, au contraire, que je n’avais rien à perdre et qu’il fallait le faire mainte- nant, ou jamais ! Je suis une passionnée, j’étais ani- mée par une réelle envie de créer. A l’époque, j’étais mariée avec un pharmacien qui m’a beaucoup aidée lors de la création de l’entreprise et a rejoint l’équipe au bout d’un an. J’ai dû également faire face à la frilosité des banquiers. Heureusement, nous avons réussi à nous autofinancer, ce qui nous a permis de démarrer sans trop prendre de risques. Au départ toute seule, j’ai en- gagé rapidement une tech- nicienne qui est aujourd’hui attachée de recherche cli- nique et un pilier de l’en- treprise. Quant au fait d’être une femme, cela n’a jamais été un obstacle pour moi,
Êtes-vous satisfaite de l’image véhiculée par l’entreprise ?
F G-O : Absolument. Dermscan est aujourd’hui une entreprise reconnue pour la qualité de ses ser- vices, son dynamisme, son sens de l’innovation et sa réactivité. Cette image s’est
Frédérique Girard-Ory,
52 ans, créatrice et dirigeante des Laboratoires Dermscan, annonce un chiffre d’affaires de 9 millions d’euros en 2014. Basé à Villeurbanne, le groupe emploie 120 personnes et a ouvert des centres de tests à Bangkok (2002) Gdansk (2008) et Tunis (2010). De nouvelles implantations sont prévues en Asie.
bien au contraire !
LC : Cet événement brutal
LC : J’exerce un manage- ment extrêmement pragma- tique et participatif. le bon sens et le souci de bien- faire valent mieux que tous les grands discours. Je dis souvent que nous sommes dans la vraie vie, et qu’il
construite avec le temps, au prix de gros efforts, d’une démarche qualité menée de- puis dix ans et d’une com- munication à la hauteur de nos ambitions. néanmoins, l’innovation a été dès le dé- part notre fer de lance pour nous démarquer de la concurrence.
©DR
LC : FMi infogérance est une PME régionale, et j’in- siste bien sur ce terme, qui met des outils informatiques à la disposition de ses clients, des entreprises entre 50 et 500 salariés, pour fa- ciliter leur pilotage. nous
ne sommes pas une entre- prise du CAC 40 mais une belle entreprise qui avance, guidée par ses valeurs : le respect et l’excellence. C’est une entreprise très innovante tout en étant extrêmement agile.
Comment définiriez- vous votre style de management ?
F G-O : Je crois que, dans ce domaine, Dermscan est une entreprise atypique. Mon management n’est ni classique, ni trop moderne,
je préférerais dire materna- liste. Je privilégie la pro- motion interne, j’aime que mes salariés aient un plan de carrière et puissent le concrétiser. J’attache éga- lement beaucoup d’impor- tance au confort de mes collaborateurs, auxquels j’accorde une certaine sou- plesse et toute ma confiance. Je gère mon entreprise en privilégiant un climat social agréable. D’ailleurs, l’an- cienneté moyenne des sa- lariés de Dermscan est de 15 ans, ce qui prouve qu’on
s’y sent bien ! Côté am- biance, nous aimons nous retrouver ensemble et par- tager des moments forts. Au final, j’estime que nous sommes dans le même ba- teau. Pour ramer dans le même sens, il faut avoir le même cap !

