Page 68 - EcoRéseau n°20
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n°20
RH & FoRMatioN Réseaux et influence - Le Club des Cent, amoureux de la grande cuisine
Décryptage d'un groupement ou cercle en particulier, de son dynamisme et de sa capacité à favoriser le networking
Palais impériaux
«J
faire greffer une queue de panthère ni entrer au Club des Cent. » Un aveu d’im- puissance qui serait signé Sarah Bernhardt. De fait, plus que de droit du reste, un siècle après les propos de La Divine, ce sont tou- jours ces messieurs qui pos- sèdent leur rond de serviette à l’une des sociétés les plus fermées du petit cercle des grands clubs privés. Cent puissants et pas un de plus, les autres étant stagiaires jusqu’à ce qu’une place se libère, comme à l’académie Française... Eux ? Des po- litiques (Xavier Darcos, Jean-Pierre Raffarin...), des journalistes (dont un Ber- nard Pivot très actif mais aussi l’incontournable Phi- lippe Bouvard), des écri- vains (Erik orsenna), voire des hommes de spectacle (Pierre arditi), mais aussi et surtout quelques-uns des patrons les plus embléma- tiques du CaC40 et des ca- pitaines d’industrie incon- tournables : le Dg. de GDF Suez Jean-François Cirelli, Eric Frachon, Jean-Louis Beffa, Robert Peugeot, étaient aux côtés de Daniel Bouton (ex-patron de la So- ciété Générale), Claude Bé- béar (président d’honneur d’aXa), Eric de Rothschild et Martin Bouygues, Jean- René Fourtou, le Prince al- bert ii de Monaco, sans ou- blier quelques professeurs de médecine, et même un prêtre aussi. Du solide. Leur point commun ? La four- chette ! Plus que centenaire, ce club fondé en 1912 – contemporain en cela du Guide Michelin (1900) – par le journaliste politique et dreyfusard Louis Forest, a été lancé sur ces bases, comme en témoigne la lettre de recrutement adressée aux premiers membres : « Un club de touristes automo- biles sérieux, batteurs de routes émérites qui tiennent
on s’y presse depuis plus d’un siècle... pour se mettre à table ! LeClubdesCentesttoujoursaussisecretqueprestigieux...
tout est permis dans le ca- dre de cette courtoisie na- turelle qui exclut tout excès. » Si la parole est rabelai- sienne, le business y est forcément évoqué. « Il est probable que ce club joue un certain rôle dans son genre, comme le Club des Amateurs de Cigare, de ce- lui des Croqueurs de Cho- colat ou des Amis des Bis- trots Parisiens, estime dans son ouvrage À table, la vie intrépide d’un gourmet re- doutable, Claude Lebey, l’un de ses membres, à l’origine de la création des trois derniers cercles. Il est très discret et très efficace. Ses 100 membres appar- tiennent tous à des profes- sions qui jouent un rôle important dans la société française. Il y règne, mal- gré les différences d’âge (le plus jeune est le chef d’orchestre Bruno Manto- vani, 37 ans, le plus âgé le journaliste Jean Ferriot, 93 ans, NDLR), une ambiance très particulière à tel point que l’un d’entre nous a dit que le Club des Cent est le seul où l’on pouvait se faire des amis d’enfance à n’im- porte quel âge (...) Le re- crutement s’est par ailleurs élargi, les qualités hu- maines primant sur la réus- site sociale. Et Jean Solanet a continué la politique d’ouverture de son prédé- cesseur. » Si un Centiste est membre à vie – bien que le manque d’assiduité puisse conduire à l’exclu- sion comme cela est arrivé à l’acteur Christian Clavier – et qu’un fils peut succé- der à son père, ce think tank de la bonne bouffe a aussi à son actif l’inscrip- tion du repas français au patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco en 2010. Hommes d’envergure et tambouille, oui, mais à la seule condition qu’elle
Olivier Remy
’ai deux re- grets : n’avoir jamais pu me
« Cela multiplié par 100... La cuisine est brillante... »
par-dessus tout à ne pas s’embêter dans la vie (...) Nous voulons avoir la liste complète des seules bonnes auberges, des seules bonnes boîtes bien françaises où l’on mange de très bonnes choses sur de la vaisselle propre et avec du linge bien blanc. »
chacun doit toutefois s’ac- quitter de son addition. Les agapes se sont longtemps déroulées chez Maxim’s, leur QG, un peu moins dés- ormais, le club fréquentant aussi l’ambroisie de Ber- nard Pacaud ou l’apicius de Jean-Pierre Vigato, deux des chefs Centistes où fi- gurent aussi Paul Bocuse, alain Passard ou Joël Ro- buchon. Les seuls à échap- per au grand oral du club. Son rite d’intronisation sin- gulier est immuable et sur-
toujours en activité, et qu’il faut s’acquitter d’une coti- sation annuelle de 1000 €, bourgeois de province ou patrons du CaC perchés en haut de la Défense se trou- vent parfois bien dépourvus quand l’épreuve survient. Dividendes, particules ou rosettes, ne pèsent en effet pas bien lourd devant la poularde de Bresse, le filet de sole poché, le canard de Challans et autre homard Vendôme. Une commission de réception de 18 membres
culinaire polysémique.
ENTRÉE ARDUE
C’est à table que l’on gou- verne, dit-on... Qu’en est- il à celle des Centistes ? « La sensation du plaisir est un état si fragile. Et les repas fixent l’amitié », défend, avec le sens de la formule, Jean Solanet, ex- pert immobilier et président du Club depuis quelques années. Un président ho- noraire de la chambre des experts FNaiM pour le moins discret sur la com- munication du cénacle qui confiait à nos confères de La Libre Belgique il y a quelques mois qu’au club, tradition ne rime pas avec rigidité. « Chacun se tutoie, s’apostrophe, s’assoit où il veut, interrompt un ca- marade sans présenter la moindre excuse et com- mence à manger sans at- tendre ses voisins quand on lui apporte un plat à consommer chaud. En bref,
103 ans plus tard, ce club de l’entre-soi réunit une quarantaine de ses membres tous les jeudis à 12h30 –
Une commission de 18 membres passe au crible les connaissances culinaires et œnologiques du candidat
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LOBBYING
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Mai 2015
dite l’heure du chef – tout terriblement redouté. passe en effet au crible les jusqu’à 14h30 précises à Car, si le règlement exige connaissances culinaires et l’initiative de l’un d’entre qu’il faut être parrainé par œnologiques des candidats deux et ce à tour de rôle. deux membres qui assurent dont un sur dix est recalé. Un « brigadier » éphémère votre honorabilité et votre Pas un énarque ou un nor- qui a la haute responsabilité goût pour les choses ex- malien qui ne tremble de- de contenter ses amis gas- quises, qu’il ne faut pas vant les cépages, les accords tronomes accomplis, dont avoir plus de 65 ans et être mets et vin et le vocabulaire
soit bonne.

