Page 66 - EcoRéseau n°20
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n°20
StRatÉGiE & iNNoVatioN NUMÉRiQUE Regard digital - Alice Zagury, Pdg et co-fondatrice de TheFamily Entretien avec une figure clé de la transformation numérique
« Les grands groupes doivent cesser
Quelle est la spécificité de The Family ? Une éducation et des faci- lités, contre 1% du capital. au programme rencontres avec des entrepreneurs en pleine ascension, des VC... Nous les soutenons dans le passage du problème à un produit, à l’aide de work- shops collectifs et d’accom- pagnements online. Puis le produit est transformé en traction. L’accompagne- ment est alors customisé, en face-à-face (office hours). Enfin, quand la trac-
après avoir dirigé Le Camping, cette fonceuse de 31 ans, qui dirige l'accélérateur de start-up theFamily, ignore la langue de bois sur le numérique. La preuve.
tions personnalisées et des coachs tels que Mark Zuckerberg ou Jerry Yang, choisissant la crème des projets pour les mener en trois mois devant des in- vestisseurs. Cette approche est pertinente quand il y a plus d’argent que de projets, ce qui n’est pas le cas ici. Nous sélectionnons des pro- jets qui ne ressemblent pas à grand-chose, les gens peu- vent commencer à -10, du moment que leur rythme de progression est soutenu. Nous aimons particulière-
à coder à 12 ans, a vendu deux boîtes avant d’en avoir 18. il a ensuite monté Hy- pios, échec commercial mais succès d’estime. il a levé 3 millions auprès de 90 investisseurs. il était jeune, a commis des erreurs et a fini par se faire éjecter. Ensuite, il est resté un temps dans la Silicon Valley et a pris des tickets dans di- verses start-up. Quand il est arrivé au Camping, il avait 25 ans et son mentorat était efficace. Nicolas Col- lin, énarque, inspecteur des
lérées. Nous avons été sur- pris du succès de la formule et de la diversité des ins- crits : d’anciens banquiers comme des lycéens de 17 ans. L’esprit d’entreprise et de collaboration du numé- rique est une réalité. Est- ce que ce mouvement va influencer grands groupes et pouvoirs publics ? Rien n’est moins sûr. Des grands groupes sont conscients du changement mais adoptent la politique de l’autruche. D’autres, plus intelligents, adoptent trois types de com- portements : les premiers nouent des partenariats avec des incubateurs ou des ac- célérateurs, afin de faire du « tourisme digital », de ver- ser de l’argent, de venir une fois par trimestre en équipe pour écouter des pitchs et applaudir, mais sans avoir compris grand- chose de ce monde en émer- gence. Les deuxièmes s’adonnent au corporate venture, mais rares sont les start-up, une fois qu’elles sont absorbées, à perdurer. Les troisièmes développent des incubateurs coporate, mais les jeunes pousses qui en émergent avec succès manquent. La chose est pos- sible, Nestlé l’a réalisé avec Nespresso, mais il importe de trouver des profils d’en- trepreneurs et de créer un espace complètement dé- corrélé de la grande struc- ture, sa stratégie et ses jeux politiques. Chez nous Ni-
le “tourisme digital” »
Ce qui compte avant tout ? Faciliter réseau, argent, rythme de croissance et pallier
le ralentissement de l’écosystème
tion a permis de créer un business model reproduc- tible, nous recherchons les meilleurs experts et orga- nisons des sessions spé- ciales qui peuvent durer plusieurs jours.
Il s’agit donc d’un accé- lérateur comme Y Combinator ?
Pas tout à fait. Y Combi- nator, créé en 2005 dans la Silicon Valley par Paul Gra- ham, a appris à des start- up comme airbnb ou Drop- box à grandir par un pro- gramme intensif de forma-
ment les fondateurs qui sont leur propre client parce qu’ils répondent à un besoin qu’ils ont ressenti. Frédéric Mazella, fondateur de Bla- blacar n’a-t-il pas mis au point son concept lors d’un voyage en train ? Nous n’offrons pas de bureaux. Ce qui compte avant tout est le réseau et l’argent, et le rythme de croissance.
Qui sont les autres co-fondateurs ?
J’ai rencontré oussama amar alors qu’il était de passage à Paris. il a appris
Finances, expert du numé- rique et auteur d’un rapport sur la fiscalité du numé- rique, fait le lien avec le gouvernement et les grands groupes.
Vous êtes-vous inspirée de solutions éprouvées à l’étranger ?
Je n’étais pas ingénieur ou entrepreneur à la base, il me fallait observer ce qui se faisait. J’étais déjà beau- coup allée aux Etats-Unis. J’ai aussi visité nombre de hackerspaces, laboratoires, notamment en Hongrie et en allemagne, et rencontré diverses communautés. a Copenhague, où le premier accélérateur a vu le jour en Europe, alex Farset m’a permis de vivre une se-
lité. the Family a ainsi pour but d’être un sas de respiration, qui prend en charge les interactions avec des avocats, comptables, graphistes, designers adap- tés au monde des start-up, pour pallier le ralentisse- ment de l’écosystème. Par exemple nous avons mis au point un contrat avec lequel n’importe quel en- trepreneur peut lever des fonds immédiatement, sans attendre que le tour de table soit « closé ». C’est une nouvelle culture que nous tentons d’insuffler. tout ce qui a été pensé par l’Etat pour accompagner l’inno- vation l’a été en fonction d’une petite entreprise, pas une start-up qui recherche son business model.
Quel est votre rapport à l’échec ?
on entend beaucoup qu’il ne faut pas avoir peur de l’échec. Cette phrase est souvent mal comprise. aux
Etats-Unis personne n’est fier d’avoir essuyé un re- vers ; mais il importe de rendre cette peur de l’échec créatrice. C’est en fait une capacité à faire des expé- riences, à ne pas hésiter à recommencer à zéro... En France on a encore du mal à se lancer depuis les petites classes, les vieux schémas et l’élitisme ont la vie dure et empêchent bien souvent de laisser les porteurs tester les choses et se faire leur propre idée. il ne faut d’ail- leurs pas que les aînés – ceux qui ont créé en 2005 – se montrent paternalistes et croient avoir tout vu, dans la mesure où les business models évoluent très vite.
Êtes-vous optimiste quant à l’adoption d’une culture digitale dans le pays ? Koudetat est un de nos dis- positifs où nous mettons en ligne le parcours péda- gogique des start-up accé-
Bio
Spécialiste de l’écosystème
Née en 1984, Alice Zagury est diplômée de l’EM-Lyon. En 2008, elle rejoint Silicon Sentier pour monter l’incubateur art et technologie du 104. Cette fille d’un psychiatre expert auprès des tribunaux, qui intervient en milieu carcéral et dans des affaires de tueurs en série, voyage à travers l’Europe à la découverte des différents écosystèmes digitaux innovants. En 2010, elle lance le premier accélérateur français, Le Camping par Silicon Sentier. Quatre saisons, 36 start-up et 18 levées de fonds plus tard, elle décide de
cofonder The Family.
66 Mai 2015
colas Collin.
club « Les barbares atta- quent », destiné aux grands groupes, afin qu’ils rentrent dans une vraie prise de risque. il faut bien sûr de l’argent, mais aussi une cul- ture de test, d’essai/erreur sur une problématique édic- tée au début.
Propos recueillis par Julien Tarby
maine en immersion.
s’occupe du
Pourquoi évoquez-vous une toxicité de l’écosys- tème en France ?
Les meilleurs éléments sont souvent contraints de partir parce qu’ils ne peuvent se développer. Les complica- tions administratives et ban- quières sont encore une réa-

