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Interview croisée - Viticulteurs entrepreneurs CLUB ENtREPRENDRE
un véritable défi familial en acquérant le Château Mauvesin Barton, avec comme appellation d’ori- gine contrôlée le Moulis, vendu autour de 15 euros. DD : Plus que jamais ! Car pour un viticulteur comme moi, soucieux de produire des vins haut de gamme, la croissance passe d’abord par le développement de nouveaux châteaux borde- lais, et donc l’acquisition de propriétés. Un parti
marque Saintem. De quoi permettre de bâtir une gamme très complète avec des vins plus accessibles en bouche et également en termes de prix (Les Cru- zelles et le Montlandrie coûtent autour de 20 euros). Via la diffusion de signa- tures diverses, l’objectif est bien de valoriser notre petite production (moins de 200000 bouteilles par an) pour amener le consom- mateur vers nos produits
vignobles, loin s’en faut !
tamment durant la cam- pagne des primeurs.
donne largement cette ac- tivité.
révision à la baisse de nos prix. La crise économique a certainement eu un im- pact, même si d’autres fac- teurs ont joué à plein : un millésime moins porteur, une météo morose... Cette année, il y a un léger mieux, les ventes repartent, mais pour avoir de meilleures perspectives sur le long terme, un coup de pouce du gouvernement serait le bienvenu. or, nos respon- sables politiques soutien- nent peu les viticulteurs. En privilégiant les asso- ciations anti-alcool, ils ont tendance à mettre le vin et les alcools durs dans le même panier ! C’est re- grettable, d’autant que la loi Evin n’avait déjà pas été de bon augure. Nous essayons donc d’anticiper au maximum pour éviter les gros coups durs. Parmi
Peut-on entreprendre de manière « moderne » dans le vin, en misant par exemple sur l’œnotourisme ? LBS : oui, l’œnotourisme fait partie de nos pistes de développement. Dans un sens, nous pratiquons déjà cette activité depuis des années. au-delà des pri- meurs qui viennent au prin- temps déguster nos vins,
Êtes-vous satisfait(e) de l’image véhiculée par vos produits ?
LBS : oui, clairement. En termes d’image, nous sommes même très gâtés car pour nos clients, le vin est un plaisir, plus encore, une passion. Non seulement Bordeaux est l’un des plus grands vignobles de vins fins au monde, mais les crus du Médoc s’imposent parmi les plus recherchés. La fidélité de notre clientèle prouve largement son in- térêt constant pour l’élé-
Comment définiriez- vous votre style de management ?
LBS : il s’appuie largement sur la délégation. C’est es- sentiel au vu de l’impor- tance de ma production – près de 500 000 bouteilles paran–etlatailledemes effectifs : plus de 50 per- sonnes dans les exploita- tions et cinq autres pour le négoce. Etant souvent en déplacement à l’étranger, Etats-Unis, Chine, Japon, Europe, pour la promotion de nos vins lors de dégus- tations, salons, etc., il est d’autant plus important que je puisse m’appuyer sur des
nous recevons de plus en plus de tou- ristes, durant l’été ou les vendanges, désireux de décou- vrir notre exploita- tion et goûter nos produits. Pour l’ins- tant, ces visites sont gratuites, mais nous envisageons à terme de les facturer. Cer- taines propriétés voi- sines ont déjà fran- chi le cap en faisant payer les visiteurs. En Californie, l’œnotourisme est déjà légion, donc oui, il s’agit d’un re- lais de croissance à ne pas sous-estimer. Encore faut-il réflé- chir à l’organisation ad hoc tout en veil- lant à préserver le caractère familial de notre propriété. La réflexion est donc aujourd’hui en
gance de nos produits. DD : Dans le milieu du vin, avoir une image qua- litative est essentiel. Mais à notre charge de l’amé- liorer dans le temps, ne serait-ce que pour renfor-
équipes de confiance.
DD : Dans une structure comme la notre, très fami- liale, avec une équipe de
©DR
DD : on dit couramment que pour faire une petite fortune dans le vin en France, il faut en investir une très grosse ! Les pers- pectives d’avenir ne sont donc pas très réjouissantes, tant les coûts de production sont élevés dans notre pays. Planter une vigne coûte même plus cher que le fon- cier ! a ce rythme, les phé- nomènes de concentration ne feront que s’accélérer davantage. Même si
Denis Durantou,
propriétaire du château l’Eglise-Clinet
Depuis plus de 30 ans, Denis Durantou dirige avec soin la propriété familiale au cœur du Pomerol, l'une des appellations les plus prestigieuses de la rive droite du Bordelais. Le terroir argilo-graveleux pentu et bien drainé est très propice au Merlot et au Cabernet Franc. Cultivées en lutte raisonnée, ces vignes don- nent naissance à l’un des plus beaux Pomerol, proche du château Petrus.
adopté en 2004 avec l’achat du Château Les Cruzelles où est également produit La Chenade (aoC : La- lande-de-Pomerol). Pour doper davantage ma pro- duction, je me suis aussi tourné vers d’autres appel- lations que le Pomerol, dont les 700 hectares sont déjà divisés entre 140 proprié- taires ! En investissant par exemple dans le terroir des Côtes de Castillon via l’achat en 2009 du Château Montlandrie. ou encore à Saint-Emilion, avec la
complexes et sophistiqués, à l’instar de l’Eglise-Clinet. Cette démarche de séduc- tion est d’autant plus es- sentielle pour être en phase avec les modes de consom- mation actuels. Comme boire davantage de vin en- tre les repas ou consommer les vins jeunes plus rapi- dement. Ce qui nous conduit à produire des vins moins âpres, avec des ta- nins plus enrobés. Cela étant, ma stratégie de di- versification ne repose pas uniquement sur l’achat de
cours.
DD : L’œnotourisme ne figure pas dans nos projets. Je pense qu’il s’agit d’un autre métier. L’idée n’est pas de miser sur des acti- vités périphériques telles que le tourisme ou l’hô- tellerie – fussent-elles dans l’univers du vin – qui me détourneraient de l’essen- tiel. Je préfère me concen- trer uniquement sur mon cœur de business, la pro- duction de vin. Ce qui ne m’empêche pas de bien ac- cueillir nos visiteurs, no-
ques viticulteurs se dé-
cer le caractère dynamique de notre propriété fami- liale impliquée à tous les niveaux. Car en effet, si nous demandons à nos clients de la curiosité, ils nous demandent aussi d’être curieux en retour, en nous intéressant à d’au- tres domaines que le vin. D’où la nécessité d’être créatifs en intégrant le vin dans le domaine de l’art, un univers qui passionne bon nombre de clients. Ce lien, nous le matéria- lisons de diverses façons. Déjà par l’implication de ma compagne, Marie Reil- hac, artiste peintre, dans l’affaire familiale. Elle a notamment travaillé sur une communication gra- phique et décalée au tra- vers de flyers, supports publicitaires, cartes de vœux, ou encore la réali- sation chaque année de nouveaux tableaux pour notre salle de dégustation. Enfin, nous avons lancé, il y a trois ans, un nouveau site web très visuel. Ce- lui-ci fait la part belle à des photos insolites prises par des professionnels. Etant moi-même pas- sionné par cet art, je coor-
moins de dix personnes, je privilégie un management de proximité. Nous es- sayons de tout partager, aussi bien les plaisirs que les maux du vin ! C’est donc d’abord un travail col- lectif : nous passons énor- mément de temps ensemble, à échanger, goûter tous les produits, etc. Le métier de viticulteur est complexe au quotidien ; il faut être at- tentif à tous les paramètres pour avoir un bon équilibre entre l’alcool, l’acidité et l’enveloppe aromatique. au-delà de la production, reste encore la commercia- lisation, l’anticipation des attentes des clients, etc. C’est dire la nécessité de s’entourer de bons conseils pour bien mener sa barque ! Quoi qu’il en soit c’est moins la passion que la ri- gueur et la précision qui dictent notre quotidien.
nos voisins, certains ont dû – par manque de prévi- sion – revendre leur pro- priété. D’ailleurs, à Saint- Julien, presque toutes les propriétés ont été vendues depuis les années 50. Moi, j’ai pour ambition de trans- mettre les miennes à mes deux enfants.
Pour faire une petite fortune dans le vin en France,
il faut en investir une très grosse! Denis Durantou
Quid des perspectives
quel.
veloppent encore à Bor- deaux, beaucoup de pro- ductions vont disparaître. En attendant, j’investis dans d’autres secteurs que le vin, avec pour objectif que celui-ci ne représente pas plus de 50% de mes reve- nus.
d’avenir pour l’entre- preneuriat dans le vin en France ?
LBS : Elles ne sont pas vraiment florissantes. L’an- née dernière a été sombre, avec une diminution de no- tre chiffre d’affaires et une
Propos recueillis par Charles Cohen
Mai 2015 31


































































































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