Page 20 - EcoRéseau n°20
P. 20
www.ecoreseau.fr
n°20
PaNoRaMa International - Mongolie
Focus sur un pays ou sur une problématique qui concerne plusieurs pays et interpelle la rédaction,
Yourtes à forte croissance
choisi en toute subjectivité
DPlus grands taux de croissance au monde, puis fléchissement. La Mongolie, cas d’école de la fameuse malédiction des ressources naturelles ? La vérité est plus complexe...
u haut des 105 mè- cherche de nouvelles autours de cette extrac- cours internationaux semble et demande moins de char- est russe », rappelle antoine tres de la tour Blue sources d’uranium, au-delà tion », décrit antoine Maire, donc totale : « Le ralentis- bon comme en 2014, c’est Maire. Et les investissements Sky – le plus haut des classiques gisements du chercheur au Centre d’étude sement est dû en premier toute la Mongolie qui trem- étrangers se sont récemment
gratte-ciel d’oulan-Bator, Niger, du Canada ou du Ka- et de recherche internatio- lieu à la chute du cours des ble. effondrés à cause d’une dé-
semblable à une voile de bateau bleu azur –, le visi- teur distingue avec surprise une boutique Louis Vuitton et les immeubles résidentiels modernes, qui ont remplacé les mornes bâtiments ad- ministratifs de style stali- nien. au loin, le début des steppes verdoyantes tradi- tionnelles. La Mongolie, bouddhiste et chamanique, aux hivers continentaux re- doutables, dont la plus faible densité au monde confine au désert, joue bien souvent les grandes oubliées des sphères diplomatiques et économiques. « Le dernier émissaire français à s’être présenté ici l’a fait durant le règne de Saint-Louis », affirmait fin 2014 l’homo- logue de Laurent Fabius, notre ministre des affaires étrangères alors en visite au Pays du Ciel Bleu. alors que diable va donc faire EcoRéseau dans cette yackière ? L’observateur peut aussi voir, entre le cen- tre moderne et la nature au loin, les districts de « gers », ces quartiers informels com- posés des traditionnelles yourtes rondes, reliées par des routes de terre. Chaque année, 40000 nomades abandonnent leur style de vie séculaire pour s’y ins- taller, dans l’espoir de cueil- lir quelques fruits de la pros- périté hors norme du pays. Ces dernières années, les descendants de Gengis Kahn ont en effet enregistré les plus forts taux de crois- sance de la planète, excédant les 10%, atteignant même 17,5% en 2011, « plafon- nant » à 9,1% en 2014...
zakhstan. « De même pour
nale (CERi) à Sciences-Po.
matières premières, puis à
gradation d’image. Le Par- lement a en effet démis de ses fonctions le Premier mi- nistre Norov altankhuyag en novembre 2014, pour cause de corruption. Pourtant, l’alternance politique est une réalité, et le pays une vraie démocratie. « Plusieurs ré- seaux gravitent autour du pouvoir. Il n’y a pas un homme fort comme au Ka- zakhstan, et nous assistons juste à des règlements de compte internes », affirme antoine Maire. C’est surtout la tentative de renégocier le contrat concernant le finan- cement d’oyu tolgoï avec le géant minier Rio tinto qui a déplu. D’autant que la multinationale s’est livrée à une communication agressive à l’égard du gouvernement. « De plus, le texte de loi sur les investissements étrangers dans les zones stratégiques n’a pas été validé, mais le mal a été fait, nombre d’in- vestisseurs internationaux se sont détournés », ajoute an- toine Maire. Une situation dangereuse. « La Mongolie a été le second pays à devenir socialiste en 1921, passant directement du féodalisme au socialisme, sans avoir développé une base indus- trielle entre temps. La tran- sition des années 1990 a donc été terriblement difficile, le pays a perdu un tiers de sonPIB,etamis15ansà retrouver ce niveau », retrace antoine Maire. Les inves- tissements internationaux
Problème de voisinage ? Il suffit de déplacer la maison...
les métaux stratégiques, dont la Mongolie est bien pourvue », observe Nicolas Mazzucchi, chercheur as- socié à l’institut de relations internationales et straté- giques (iris). Et le géo-éco- nomiste, qui étudie les re- lations de pouvoir en lien avec les matières premières et l’énergie, de citer le gi- sement de cuivre et d’or d’oyu tolgoï, au sud du
l’effondrement de la mon- naie nationale, le Tugrik », résume antoine Maire. Les économistes évoquent bien souvent la malédiction des matières premières au sujet de certains pays du Golfe ou du Venezuela. Les Etats bénéficient de ressources considérables qui ne pro- viennent pas des recettes fiscales et font donc moins d’efforts pour développer
NŒUD GORDIEN DIPLOMATIQUE
Mais le pays est surtout aux prises avec un problème géo- politique de premier ordre : son enclavement entre la Russie et la Chine, qui le rend dépendant des deux géants et des taxes de transit. La stratégie du troisième voi- sin au niveau diplomatique est aussi celle du « troisième tiers » en économie. La Mon-
Sans compter les investis- sements étrangers, notam- ment de Chine, qui déve- loppent les infrastructures.
TROP DE DÉPENDANCES
Mais 40% des trois millions d’habitants vivent encore sous le seuil de pauvreté, ce qui exclut la demande intérieure comme relai de développement. L’agricul-
La stratégie du « troisième tiers », pour éviter l’alternative Chine/Russie, pourrait bien profiter aux entreprises françaises
entiels pour
GRISES MINES RAYONNANTES
avec le retour à la mode du nucléaire, les géants de l’énergie se lancent à la re-
désert de Gobi, qui pourrait contribuer à 30% du PiB. « Les investissements ini- tiaux sont certes colossaux, à 4,6 milliards de dollars, quand le PIB est de 10 mil- liards. Mais la croissance suit, générée par la vente du minerai, les machines et les services développés
ture représente encore 41% du PiB, et l’industrie à peine 15%. Le décollage de l’éco- nomie repose uniquement sur les mines. « Le pays souffre du mal hollandais : il n’y a pas de secteur pro- ductif national », soutient Nicolas Mazzucchi. La dé- pendance à la variation des
des secteurs d’avenir (le contre-exemple parfait res- tant la Norvège). L’autre grande dépendance, qui s’est petit à petit instaurée, est à rechercher du côté de la de- mande chinoise, qui acca- pare 90% de la production minière mongole. Quand l’Empire du Milieu éternue
golie se tourne vers les oc- cidentaux, pour que ses échanges avec les trois parties se répartissent équitablement. « Plus facile à dire qu’à faire, sachant que 87% des exportations sont tournées vers la Chine et 42% des importations en proviennent. Et 100% du pétrole importé
sont donc ess.
sortir de cette impasse. Une bonne nouvelle pour les in- dustriels français. La centrale thermique de GDF Suez à oulan-Bator ou la mine d’uranium d’areva, dans le sud, ne sont peut-être que les premiers projets d’une longue série...
20
Mai 2015
Julien Tarby

