Page 84 - EcoRéseau n°17
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n°17
ART DE VIVRE & PATRIMOINE La Sélection culturelle
Choix culturels et artistiques de la rédaction, sans prétention aucune
Expos/éatre
BD
n Persepolis
Du déjà vu, certes ! Mais il y a parfois de ces ouvrages géniaux qui résonnent universellement. La BD autobiographique de Marjane Satrapi, plus riche que l'animé, nous invite à com- prendre ce qu'est l'Islam à travers les recherches existentielles de son auteur. Adolescente contestataire en Iran, étudiante marginalisée par sa pudeur en Autriche, la dessinatrice nous évoque les difficultés à arbitrer des choix façonnant son iden- tité sans tomber dans l'identitaire. Le récit illustré nous éclaire également sur ce qu'a été la Révolution Islamique, sur l'enfance et la guerre, sur le sectarisme et l'intégrisme reli- gieux, qu'il soit de voile noir ou en col blanc. Malgré ce ma- nichéisme de valeurs qui ressort aussi dans la gamme chromatique des dessins, tout de noir et de blanc, l'histoire, elle, est toute en nuances et nous force à construire une vi- sion du monde ou rien n'est tranché. Ou tout est gris clair et gris foncé.
Persepolis, 2002, a.p de 14,20 euros
Cinéma
n Lucrèce Borgia, mis en scène par David Bobée
La Lucrèce Borgia de Victor Hugo est ambivalente : émouvante par l’amour qu’elle porte à son fils Gennaro, dont elle ne peut avouer la maternité, l’empoisonneuse-incestueuse est aussi monstrueuse par sa haine meurtrière et sa folie destructrice. 30 ans après 37°2 le matin, de Jean-Jacques Beineix, Béatrice Dalle interprète, avec cette figure his- torique scandaleuse, son premier rôle au théâtre. La pièce vaut aussi par la mise en scène très moderne de David Bobée, qui mêle théâtre, danse, cirque, musique – Butch McKoy chante et joue en live dans un coin du décor. Le hip-hop, le rock et le slam don- nent une nouvelle jeunesse au texte de l’auteur des Misérables. Un bassin, qui recouvre entièrement la scène, sert de piste aux acteurs qui ne craignent pas de s’y jeter à inter- valles réguliers, et testent la résistance à l’eau des spectateurs des premiers rangs. La surface miroitante participe aux jeux de lumière et à l’atmosphère enivrante de la pièce. En tournée dans toute la France depuis octobre 2014, avec 60 dates prévues jusqu’en mai 2015.
En tournée dans toute la France depuis octobre 2014, avec 60 dates prévues jusqu’en mai 2015.
n Nouvel Accrochage des collections au LaM
« La maison que j'habite », reprise de l'oeuvre éponyme de Brassaï,
sera le fil rouge de nouveaux accrochages, récentes acquisitions du musée telles qu'une palissade de Raymond Hains et trois graffitis de Brassaï. Certains indéboulonnables de Daniel Buren et d'Annette Messager ont été déboulonnés pour l'oeuvre Sans Titre de Matt Mul- lican et certaines photographies d'Alan McCollum. Une ribambelle d'oeuvres nouvellement exposée qui atteste du dynamisme du Musée de la métropole du Nord. Le turnover et les arbitrages sur les créations sont l'occasion de nous désenclaver de nos préjugés sur
l'art brut et l'art contemporain. Et parce que la peur de ne pas comprendre ne doivent pas paralyser, le LaM propose chaque dimanche des parcours destinés aux novices. Une démocratisation des droits du génie voulue par ce musée et les chefs de file de l'art brut dont le Lam demeure une vitrine d'excellence.
Lille Métropole Musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut. La maison que j'habite, du 23/12/2014 au 10/05/2015
Du mardi au dimanche de 10h à 18h.
n Mons 2015, c’est parti !
René Magritte, Jacques Brel, Georges Simenon, Benoît Poelvoorde, François Damiens, Jean-Claude Van Damme... Si un pays méritait de voir l’une de ses villes auréolée du statut de Capitale européenne de la culture, c’était bien la Belgique. Et c’est Mons qui a décroché la timbale. Après des semaines de préparation, la « cité du Doudou » – en référence à la célèbre fête locale – donne ce samedi le coup d’envoi à plusieurs mois de festivités sur ses terres et sa périphérie. Mons 2015, ce seront 300 événements ma- jeurs, un millier d’activités culturelles et artistiques proposées au grand public, le tout sur 17 villes partenaires situées entre Lille et Gand. Parmi ces festivités, des expos (Van Gogh, Napoléon, Verlaine, la Chine...), du théâtre et de la danse (Michaël Clark Com- pany, Jean-Michel Van den Eeyden, Bartabas, Marco Martinelli...), de la musique (DJ Mellow, Electrabel, Jean-Louis Murat...), mais aussi de la littérature, des arts urbains, de la gastronomie, du design, de la mode et du numérique...
Au-delà d’une « simple » vocation culturelle, Mons 2015 se veut la concrétisation de la métamorphose d’un territoire voulant devenir une véritable « Creative Valley ». Ainsi, la cité s’est-elle couverte depuis deux ans de nouvelles infrastructures majeures : un nouveau centre de congrès ou encore cinq musées flambant neufs.
C’est donc le top-départ d’une véritable renaissance qui sera donné ce week-end sur les bords de la Haine. 17 lieux, 11 en extérieurs, six en indoor, accueilleront les curieux et les fêtards tout le week-end dans un esprit déambulatoire. Au programme, des ins- tallations de feu par la compagnie Carabosse dans le parc de la ville, une étrange cho- régraphie de robots géants sur la façade du Marché aux herbes, des hot pots finlandais pour un bain de minuit à la belle étoile, les « Sons des Ténèbres » de l’Ecole supérieure des arts, une nuit blanche avec le pianiste Franck Braley et l’Orchestre royal de chambre de Wallonie, une soirée Woodstock au Théâtre du Manège, ou un plus classique feu d’artifice.
Bref, ce week-end, soyez Belges !
n Timbuktu, d’Abderrahmane Sissako
Le dernier film d’Abderrahmane Sissako prend pour point
de départ un fait historique : l’occupation de la ville de Tom- bouctou, au Mali, de juillet à décembre 2012, par des isla- mistes. Le cinéaste mauritanien montre comment, en imposant la charia, ces derniers interdisent la musique, les cigarettes et le football, procèdent à des mariages forcés et rendent des sentences injustes dans des tribunaux impro- visés. Le film s’ouvre sur une longue séquence très symbo- lique où des statuettes et des masques traditionnels sont frappés et progressivement détruits par les balles des isla- mistes s’exerçant au tir. Sissako montre avec finesse la ré- sistance de la population face à des ordres injustes. Cela donne par exemple lieu à un magnifique match de football sans ballon, ou à des dialogues entre un imam et le chef des occupants, qui confrontent leurs conceptions de l’islam.
Timbuktu a été présenté en sélection officielle au festival de Cannes 2014, et est en lice pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère aux Oscar 2015.
n A Most Violent Year
En ce moment à l'affiche. New York, hiver 1981. Violence et délinquance sont monnaie courante dans les artères de la Grosse Pomme. Immigré ambitieux, Abel Morales, alors entrepreneur dans le pétrole, concrétise l'investissement de sa vie mais doit en retour trouver une coquette somme d'ar- gent. Reste 30 jours. En travers de sa route, des concurrents véreux, un procureur au zèle mal placé et des banques fri- leuses mettent le dirigeant sous pression et posent la ques- tion suivante : comment rester intègre à une époque qui ne l'est pas ? Loin des clichés et de la bien-pensance, la sobriété des réponses apportées et les silences, véritables syncopes psychologiques, animent des séquences épurées, théâtrali- sées par les jeux de lumière. Se dégage une atmosphère flot- tante qui contraste avec la gravité des rapports humains. Un film cynique sur le rêve américain dont la maestria s'ex- prime sans ostentation.
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FÉVRIER 2015

