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n°17
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L’Air du temps - Agriculture urbaine ART DE VIVRE & PATRIMOINE Etude d'un sujet de loisir ou d'évasion pour en déterminer ses tenants et ses aboutissants, son évolution, ses innovations
Les raisins de la Concorde
CPotagers, élevages, ruches se fraient un chemin dans les grandes villes. Grâce à l’agriculture urbaine, les citadins se réapproprient leurs quartiers et leur alimentation.
omme chaque année, trouvent une activité, de la les Parisiens se pres- mixité sociale, et une ali- seront fin février en mentation saine. Quant à la
rangs serrés dans les allées révolution verte de Rosario,
du Salon de l’agriculture pour admirer veaux, vaches, co- chons et couvées. Et comme chaque année, le reste de la France moquera ces visiteurs qui ne connaissent du monde agraire que cette campagne de folklore. Mais pour com- bien de temps encore ? Car, si ce n’est pas encore la Beauce, Paris voit fleurir entre les limites bitumées de son boulevard périphérique de nombreuses initiatives qui lui donnent des airs de pays de Cocagne. Un peu partout dans la cité, particuliers, as- sociations, entreprises et mu- nicipalité verdissent parcs, toits et friches.
initiée après la crise de 2001, elle fait vivre des centaines de familles grâce aux jardins communautaires et à la li- vraison de paniers de fruits et légumes.
PARIS LA MAIN VERTE
De l’autre côté du spectre, l’heure est à la profession- nalisation du mouvement, avec ça et là l’émergence de projets entrepreneuriaux. A Chicago, la ferme verticale FarmedHere, la plus grande du pays, cultive sur 8300 m2 les végétaux les plus fragiles, qui supportent mal le trans- port, comme le basilic, la salade et la menthe. A New- York, le plus grand potager sur toit du monde, Brooklyn Grange, produit 23 tonnes de légumes chaque année. « De plus en plus d’entre- preneurs parviennent à mon- ter des projets rentables et à créer de l’emploi », remarque Eric Duchemin.
Des exemples ? 22 hectares de toits parisiens sont déjà végétalisés. Le plus grand, au-dessus du centre commer- cial Beaugrenelle, dans le XVe arrondissement, couvre 7000 m2. Une « canopée verte » qui présente des avan- tages pour la rétention d’eau et la réduction du bruit. L’école AgroParisTech a aussi créé sur son toit un jardin potager laboratoire pour tester des solutions innovantes des- tinées à cultiver de façon du- rable en milieu urbain, grâce à la réutilisation d’intrants locaux : compost, déchets de bois ou encore marc de café. Ce ne sont peut-être là que les prémices d’un mouvement plus large, puisque la Mairie de Paris évalue à 314 hectares la surface des toitures végé- talisables dans la capitale. D’autant plus que cette mode peut prendre bien des formes. En 2013, cette même mairie a ainsi sélectionné 30 initia- tives dans le cadre de son appel à projets « végétalisa- tion innovante ». Parmi eux, des poulaillers participatifs, des fraisiers sur murs, des potagers sur roues, et même
Trac’lib
une champignonnière sur marcs de café. Les fameux « champignons de Paris » ? Les abeilles se sont aussi frayé un chemin sur les toits de la capitale, qui compte plusieurs centaines de ruches, dont quelques unes sur le toit de l’Opéra Garnier. L’en- treprise Apiterra, spécialisée dans l’installation de ruches d’entreprises et de collecti- vités, en compte 330 à Paris.
PROSOMATEURS
concept a toujours existé, les villes se sont développées grâce à l’agriculture. Dans les pays du sud, les deux res- tent très liés et dans certaines villes d’Afrique, comme Kins- hasa ou Dakar, l’agriculture urbaine représente encore 80% de la consommation ». Dans les pays occidentaux, en revanche, elle a perdu droit de cité pendant les Trente Glorieuses, avant de
de Montréal, Bruxelles, ou encore New-York a de fortes colorations écolos et colla- boratives. Les « prosoma- teurs », contraction de pro- ducteur et consommateur, prennent en main leur ali- mentation. Rien qu’à Paris, des riverains regroupés en association animent et culti- vent une centaine de jardins partagés.
Paris n’est que l’un des nom- breux représentants d’un phé- nomène dont l’ampleur ne cesse de croître : l’agriculture urbaine, qui fournit déjà de la nourriture à un urbain sur quatre dans le monde selon la FAO (organisation des Na- tions Unies pour l’alimenta- tion et l’agriculture). Elle peut prendre bien des formes, des parcelles partagées aux
PÉRI-RURAL
Pour les territoires, alors que plus de 50% de la population mondiale vit déjà en ville, et que le chiffre de 70% est avancé pour 2050, l’enjeu est considérable : « Combien de temps notre modèle de production va-t-il pouvoir survivre ? Tout le système est pensé pour que les den- rées alimentaires viennent de l’extérieur, et de plus en plus loin à mesure que la ville s’étend. L’agriculture urbaine est une réponse à cette incohérence ». Pour rendre les villes davantage
Poulaillers participatifs, fraisiers sur murs, potagers sur roues, et même une champignonnière sur marcs de café
L’agriculture urbaine a aussi parfois une fonction sociale : « Pendant les crises écono- miques, les citadins peuvent éprouver le besoin de renouer avec l’agriculture pour se nourrir, retrouver une acti- vité, et créer du lien », ex- plique Eric Duchemin. A l’instar de Détroit, aux Etats- Unis, et de Rosario, en Ar- gentine. Dans la ville de Ford et General Motors, qui a été laminée par la désindustria- lisation et a perdu plus de la moitié de sa population de- puis 1950, les friches se transforment en jardins po- tagers – on en dénombre 1300 – où 16000 personnes
Curieusement, ces insectes menacés à la campagne sont en meilleure santé à la ville, car la mairie n’utilise pas de pesticides et la diversité vé- gétale y est très importante compte tenu de la variété des parterres de fleurs. Depuis 20 ans, la Ferme du Bonheur cultive son mode de vie com- munautaire et artistique entre autoroutes et barres HLM, à deux pas du quartier d’affaires de la Défense.
fermes verticales, dans des tours. Compte tenu des contraintes de surface, elle concerne essentiellement le maraîchage, la culture d’arbre fruitiers et de petits élevages. On n’est pas près de voir le Champ-de-Mars se couvrir de blé. Eric Duchemin, pro- fesseur associé à l’Institut des sciences de l’environne- ment à l’Université du Qué- bec à Montréal, se fend d’un rappel historique : « Le
faire son retour au milieu des années 1970, sous des formes associatives, en ré- ponse à la crise des chocs pétroliers. « Aujourd’hui, c’est le mouvement environnemen- tal qui prend le relai, motivé par la protection de la bio- diversité et le désir de bien manger », explique le spé- cialiste, par ailleurs auteur de Agriculture urbaine : amé- nager et nourrir la ville. La passion agraire qui s’empare
ffisantes, les urba-
auto-su.
nistes réfléchissent déjà à en faire un écosystème plus har- monieux, avec des rues tra- cées pour favoriser l’enso- leillement maximal, accroître le nombre d’espaces exté- rieurs et créer des espaces collectifs dans les bâti- ments.
Aymeric Marolleau
FÉVRIER 2015
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