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n°17
CLUB ENTREPRENDRE Créer aujourd’hui - Statut d’étudiant-entrepreneur
La création d'entreprise, c'est avant tout du concret et de l'opérationnel. D'où cette rubrique qui explore de manière très pratique
La fabrique à Zuckerbergs
l'une des phases de l'entrepreneuriat.
MAlors que le chômage des jeunes dépasse 20%, le gouvernement veut inciter les étudiants à créer leur boîte dès les bancs
de l’école. C’est le sens du statut d’étudiant-entrepreneur, en place depuis quelques semaines.
ark Zuckerberg a ont été élevés dans une culture afin de mesurer leur motiva- effet de levier. » Quelques créé Facebook sur du salariat. Des freins culturels tion, leur ambition et le réa- voix se sont déjà élevées, les bancs d’Har- et personnels faisaient de lisme de leur projet. En com- comme celle des « Moi-
vard, la célèbre Université du l’échec un impossible. La plément de leur formation neaux », contre l’insuffisance
Nord-Est des Etats-Unis. Ser- gueï Brin et Larry Page se sont rencontrés sur les bancs de Stanford, où ils ont lancé Google. Malgré le Social Net- work de David Fincher, la fi- gure américaine de l’étudiant- entrepreneur n’a pas encore traversé l’Atlantique. Selon l’Agence pour la création d’en- treprise (APCE), 10% des étu- diants américains qui en ont l’envie franchissent le pas de la création d’entreprise, contre seulement 3% des 600000 étudiants français qui aime- raient se lancer. Alors que le chômage des jeunes dépasse 20%, le gouvernement veut inciter les étudiants à créer leur emploi plutôt que de s’épuiser à en chercher un. Ainsi, fin 2013, il a mis en place les Pôles étudiants pour l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat (PEPITEs), des socles sur lesquels le statut national étudiant-entrepreneur, officialisé fin septembre, doit s’ancrer pour permettre à la nouvelle génération de créer sans crainte... et sans atten- dre.
contrainte du marché a donné à la nouvelle génération un état d’esprit différent : elle ose entreprendre, et entre- prendre autrement. » Odette Baldaïa, quadra, livre un avis tranché sur ses camarades de promo. Cette future consultante en risque psycho-sociaux, ins- crite au Pôle Entrepreneuriat Étudiant de Lorraine, pointe l’un des facteurs les plus pré- cieux qui pourrait faire éclore les « Mark Zuckerberg, Larry Page ou Steve Jobs » made in France, nouvelle rengaine de nos politiques. On n’y est pas encore, mais on paierait pour voir. Geneviève Fioraso, la secrétaire d’Etat à l’Enseigne- ment supérieur et à la Re- cherche, a fixé l’objectif en septembre dernier : « 20000 jeunes créeront ou reprendront une entreprise d’ici 2017 ».
-Mark?-Présent!-Sergey?-Présent!-Larry?-Présent!
principale, les candidats retenus bénéficieront d’aménagements de cursus et d’une modulation de leurs horaires. Ils pourront consacrer la durée de leur stage de fin d’études à peau- finer leur projet et auront accès à des espaces de co-working. En outre, ils bénéficieront de la prolongation des avantages liés au statut étudiant en termes de couverture sociale, de tarifs préférentiels dans les trans- ports... « 400 statuts ont été accordés en quelques se- maines, ça va vite, n’en dé- plaise aux sceptiques, analyse Jean-Pierre Boissin. Faisons
du statut. Ce collectif de jeunes entrepreneurs a alerté notam- ment sur la prise en compte des crédits ECTS (les succes- seurs des unités de valeurs, ou UV), réclamé l’exonération des charges sociales la pre- mière année, la prolongation des prêts étudiants afin de se verser un salaire sans attendre plusieurs mois et insisté sur la clarification du cumul des cotisations sécurité sociale étu- diante / caisse de prévoyance / URSSAF. Reste que les PEPITEs sont bel et bien au travail. Pour certains, le lear- ning by doing y est même déjà engagé depuis plusieurs années sous d’autres entités.
Jean-Pierre Boissin, désigné « Monsieur statut étudiant- entrepreneur » en tant que coordinateur national. Celui qui est aussi le président de
frir des équivalences pour les jeunes créateurs. Une sorte de statut de sportif de haut niveau adapté à l’entrepre- neuriat. On ne protège pas
Le gouvernement veut inciter les étudiants à créer leur emploi
FAVORISER L’INTRAPRENEURIAT Sylvie Sammut dirige le PEPITE du Languedoc-Rous- sillon depuis trois ans : « Nous avons mis en place un D2E depuis ce mois de janvier après un recrutement le 5 dé- cembre, explique cet ensei- gnant-chercheur spécialiste de l’entrepreneuriat à Montpellier 1. Les étudiants sont inscrits dans l’un des neuf établisse-
« Les gens de ma génération
SPORTIFS DE HAUT NIVEAU...
Reste à mettre du contenu dans ce cadre administratif. « Etant fonctionnaire, mon contrat de travail est de 40 ans, alors je dois montrer que nous sommes actifs !, sourit
l’Académie de l’Entrepreneu- riat et de l’Innovation, qui a forgé son expérience comme professeur à l’IAE Grenoble, se félicite de voir « un État acteur qui s’investit. C’est un message fort aux étudiants, aux chefs d’entreprise et aux parents. L’idée centrale est de donner des avantages, d’of-
du risque, mais on les aide dans leur formation et on les accompagne. » En pratique, l’Etat a mis en place en 2013 29 PEPITEs, soit un par aca- démie. Fin 2014, les comités de sélection de 20 de ces PEPITEs ont auditionné plus de 500 candidats au Diplôme d’étudiant entrepreneur (D2E),
la démonstration de la de- mande ! Et appliquons à nous– mêmes ce que l’on demande à ces jeunes : oser ! Il faut que les universités soient intelli- gentes et aillent dans le sens de lieux inter-établissements. Ayons une vision large de l’acte entrepreneurial. En sou- haitant que la réussite fasse
J’aime ma boîte
J
se développer avec une volonté d’éthique. Et si les administrations et les donneurs d’ordre aimaient mieux leurs fournisseurs ?!
Nous observons depuis plusieurs années le développement de struc- tures « cost killer » n’ayant aucune connaissance du secteur sur lequel elles s’attèlent (nettoyage, trans- port, sécurité, etc.) et imposant aux prestataires de réduire leurs prix. Ma boîte Assistance Pharma Presto est spécialisée dans le trans- port de sang où les procédures sont
J’aime ma boite et mes clients mais je veux qu’on la respecte
chronique parrainée
e vis au quotidien des situa- tions qui vont finir par tuer les PME qui veulent continuer à
nombreuses et doivent être respec- tées scrupuleusement pour ne pas altérer le produit.
Nous sommes confrontés depuis quelques années à un phénomène très inquiétant sur l’analyse des dossiers d’appel d’offre. Le fac- teur prix est valorisé à hauteur de 60 voire 70% et la qualité/sécurité de la prestation pour 40 voir 30%. Pourtant même sur ce secteur sen- sible le prix le moins disant est re- tenu au mépris de la qualité !
nisation basée sur la sous-trai- tance. Il n’y a plus de scrupules à faire prendre tous les risques aux sous-traitants et à leurs salariés : on externalise le risque social. La paupérisation du secteur s’accélère et le pire est que les donneurs d’or- dre sont souvent des hôpitaux ou des entreprises de l’Etat ! L’abîme entre le discours politique et la réalité du terrain se creuse.
Frédéric Peyre PDG d’Assistance Pharma Presto
par Sophie de Menthon
Présidente d'ETHIC Présidente de SDME Membre du CESE
Le monde du transport est un uni- vers où les marges sont déjà très faibles, et beaucoup d’acteurs sous pression s’orientent vers une orga-
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FÉVRIER 2015
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