Page 45 - EcoRéseau n°17
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n°17
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Prospective - Jobs en France en 2050 CLUB ENTREPRENDRE Compte-tenu des innovations en cours dans le domaine, EcoRéseau imagine dans une fiction ce à quoi il ressemblera en 2050,
Métiers d’avenir
puis demande l'avis d'un expert du secteur. De quoi révéler des potentiels insoupçonnés
APôle Emploi existera-t-il encore en 2050 ? Le travail sera-t-il épanouissant ? Numérique, environnement, vieillissement de la population et évolutions technologiques auront en tout cas tout révolutionné.
ssis derrière son pu- négatif. Parfois il propose des de bras pré-tatoués, et lance pitre de contrôle à contreparties financières, la commercialisation d’un l’accueil du FabLab comme lorsque l’avatar d’un casque solaire pour la re-
du boulevard Chirac, José- de ses clients avait cyber- pousse des cheveux... il se
Raoul profite des dernières minutes de calme avant le gros rush de 9 heures. Sur sa tablette, il consulte un cyber- ouvrage-vidéo consacré aux « métiers d’autrefois » au- jourd’hui disparus. Ici un té- lémarketeur (un job désormais automatisé), casque sur les oreilles, du sourire commer- cial plein la voix. Là une caissière, lasse, bipant mé- caniquement salades et pa- quets de lessive. Là, encore, un facteur sur son vélo, pé- dalant de porte en porte – ceux-ci n’ont pas encore to- talement disparu, mais la dé- matérialisation et la livraison du courrier par drones postaux leur ont porté un sacré coup...
9h01. Les premiers clients s’enregistrent avec leurs smartglasses et foncent vers les imprimantes 3D profes- sionnelles. C’est, depuis quelques années, la grosse tendance : chacun se lance dans l’entrepreneuriat. Beau- coup avaient perdu leur em- ploi lors de la vague d’auto- matisation robotique de 2022.
« Observateur du réchauffement climatique... Maman sera fière de moi »
Banquiers, ouvriers, pharma- ciens, chauffeurs de taxi, tra- ders, journalistes... s’étaient ainsi retrouvés sur la paille. Le gouvernement avait alors lancé un immense plan de formation pour ces nouveaux chômeurs. L’objectif ? Dé- velopper leurs talents, leurs envies et leur insuffler le goût de l’entrepreneuriat.
Comme ses amis, José-Raoul a su en profiter. Ancien laveur de carreaux – un métier dés- ormais obsolète, les nouvelles
frappé une autre joueuse. Celle-ci l’avait traité de fai- néant car il lui avait confié n’avoir que deux professions.
Enfin, il assure dans le cadre de son immeuble l’activité de coach en décrochage. Le principe est simple : apprendre aux autres à « ralentir », à calmer leur dépendance tech- nologique – les hôpitaux n’ont plus de place pour les indivi- dus ayant perdu les pédales suite à une panne de leur drone d’intérieur – à ne pas avoir trop de projets à la fois. Lui-même a du mal à limiter les siens et à s’en tenir à ses trios activités – alors quand
dit que quelques mois de chô- mage ne seraient pas de trop pour que certains prennent un peu de recul. Et qu’il a bien fait de refuser ce poste de responsable de la parta- geothèque de son immeuble, cet espace où les voisins se prêtent voitures et appareils électro-ménagers.
Midi approche... Vu l’af- fluence et sa triple-casquette, il n’aura encore pas le temps d’aller déguster son burger végétarien préféré au McBio- nald’s du quartier avec son ami Karim-Gustave, jardinier de façades d’immeubles, créa- teur d’applications pour
jour sur des jeux sociaux col- laboratifs, les dérapages sont fréquents et les conséquences
vitres étant auto-nettoyantes
– il a désormais trois activités.
Chaque Français exerce si-
multanément, en moyenne, peuvent être désastreuses. il voit que son voisin de palier
smartcars ap.
nois pour développer une ac- tivité de guide touristique es- tival. Tant pis, il se fera livrer une pizza par drone. Quand il pense qu’il y a encore quelques dizaines d’années, ce service était effectué par des humains sur des scooters thermiques...
3,6 métiers. En même temps
José-Raoul, via son avatar
est à la fois concepteur d’ali-
prenant le chi-
Il faut montrer que l'on peut très bien créer son propre métier
caments de régime, dévelop- peur de capteurs pour détecter les risques d’obésité chez le nourrisson, qu’il planche sur un projet d’impression 3D
qu’il gère l’accueil et la sur- sur ces réseaux, sert de mé-
veillance du FabLab,
restaurateur d’e-réputation. joueurs s’estimant offensés.
il est diateur entre ses clients et les
Les Français passant
moyenne quatre heures par pour éviter un bouche-à-oreille
en Il parlemente, nuance, tempère
Julien Fournier
Interview d'Anne-Caroline Paucot, membre du groupement d'entrepreneurs Les Propulseurs
et auteur du « Dico des métiers de demain »
« Nous aurons dix ou quinze métiers dans une vie, parfois plusieurs en parallèle »
La notion de métier telle que nous l'entendons au- jourd'hui aura-t-elle encore un sens dans le futur ? Cette notion un peu rigide va exploser. Aujourd'hui, on suit des études, acquiert des compétences puis exerce un métier. Demain, on se réinventera en permanence : on aura des compétences qui vont s'agréger de plus en plus et, à un moment donné, on se par- tagera entre plusieurs activités. On le voit déjà avec le dévelop- pement des doubles ou triples cursus. Nous aurons sans doute successivement dix ou quinze métiers, parfois même plusieurs en parallèle. Ce modèle du double métier simultané existe déjà et
va se répandre.
Le Département américain du Travail estime que « 65% des écoliers d'aujourd'hui pratiqueront, une fois diplômés, des métiers qui n'ont même pas en-
core été inventés ». Autour de quels axes vont se créer ces nouveaux métiers ?
Le premier, évidemment, est le numérique, qui est en train de revi- siter 100% des métiers. Les plus traditionnels vont être revisités si profondément qu'ils disparaîtront. Coiffeur par exemple. A partir du moment où l'on fera une recherche de coiffure avec la réalité augmentée et qu'un robot va effectuer la coupe, parlera-t-on encore de coiffeur ? Même chose pour les agriculteurs lorsque le tracteur fera le travail tout seul à partir de données numériques... Il sera un ageekulteur ! Il faut aussi parler du nouvel or noir, la data. C'est un domaine à explorer totalement car hier cela n'existait pas.Tous les métiers autour de l'exploitation de cette « ressource » vont se dé- velopper. Parmi les autres axes, on trouve l'environnement, le vieil- lissement de la population, la santé (car nous allons passer du curatif au préventif), l'économie collaborative, l'impression 3D... La
société va être profondément transformée.
L'automatisation va faire disparaître de nombreux métiers. L'entrepreneuriat sera-t-il une nouvelle voie à explorer ?
Oui, c'est un axe essentiel. Que chacun puisse créer son petit bu- siness et le faire évoluer. Mais le mot fait encore peur. Il faut sim- plifier le rapport à cette notion, gagner en souplesse. Il est pour cela important de l'intégrer davantage dans les écoles et les uni- versités, en favorisant le développement de projets personnels plutôt que l'acquisition de connaissances que l'on trouve partout. Cela devrait être une des bases, même en primaire, pour déve- lopper l'agilité de l'esprit. Il y a tellement de choses possibles, de voies qui sont en train de s'ouvrir. Il faut montrer que l'on peut
très bien créer son propre métier.
FÉVRIER 2015
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