Page 36 - EcoRéseau n°17
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n°17
CLUB ENTREPRENDRE Liberté d’Entreprendre - FL140 et son difficile accès aux aérodromes
Dans chaque numéro, Ecoréseau revient sur une passe d’arme entre un nouvel entrant et un (ou des) acteur(s) historique(s)
Bataille aéroportée
d’un secteur, relevée par la plateforme David contre Goliath qui défend la concurrence face aux abus de position dominante.
C L’accès aux aérodromes, infrastructures pourtant publiques, est géré de manière arbitraire par les collectivités. es professionnels du parachutisme et des baptêmes de l’air comme FL140 en pâtissent.
’est une histoire de PRIVATISATION DE vel, où nous avons obtenu un ans, chacun devant réaliser devant le tribunal administratif. sont établis sont contraints portes qui se fer- L’ESPACE PUBLIC accord limité après trois ans entre 300 et 400000 euros de Mais les avocats nous expli- d’exercer sur des terrains situés ment. Vincent Hau- En 2008 l’Etat a confié aux de demandes, nous n’avions CA supplémentaire et employer quent qu’il n’existe pas de ju- dans des zones moins intéres-
bourg fonde FL140 en 2008, collectivités locales, mairies pas le droit d’exercer durant 14 personnes. Le manque à risprudence, les terrains ayant santes. Certaines zones de cha-
qui propose des baptêmes de l’air ainsi que du para- chutisme biplace. A cette fin il embauche des profession- nels, puis cherche des places dans les aérodromes. Une tâche qui se révèle beaucoup plus compliquée que prévu, voire impossible. « Quand nous obtenons un accord il est ponctuel, s’installer dé- finitivement sur un terrain relève de la mission impos- sible. A Romans-sur-Isère nous avons dû nous adresser au responsable des sports de la mairie qui a demandé leur avis aux clubs implantés, qui naturellement ont refusé un nouvel acteur. Celui-ci a refusé notre installation. A Montpellier-Candillargues le gestionnaire, personne physique, était pour, mais notre demande a été refusée à la mairie parce qu’il y avait déjà une association sportive. A Bourges le maire a accepté, mais l’adjoint au maire a refusé à cause d’une association de parachutisme très éloignée », énumère la- coniquement le jeune chef d’entreprise. Vous avez dit infrastructure publique ?
et CCI, la gestion des aéro- dromes en délégation de ser- vice public. Les gestionnaires doivent gérer les infrastructures au sol et maintenir l’accès à tout le monde. Le problème est qu’aucun contrôle n’est réalisé par la Direction générale de l’aviation civile (DGAC). Les décisions sont petit à petit devenues arbitraires, « ou pour le moins guidées par les inté- rêts des usagers en place », contribuant à l’organisation de monopoles sur les terrains et de petits arrangements entre amis. Les associations d’avia- tion en place ou les particuliers pilotes, notables qui ont un pouvoir d’influence sur les décisions des collectivités, blo- quent le développement de professionnels dont l’activité croissante et les nuisances so- nores effraient. « A Albertville le comité de développement de la Savoie avait donné son accord, mais le maire, prési- dent de l’aéroclub, a refusé. A Saint-Jean-en-Royans les gestionnaires ont souhaité que la collaboration cesse. Et j’en passe... », se désespère celui qui n’a pas ménagé ses efforts pour s’imposer. « A Courche-
le mois le plus intéressant, quand les touristes affluaient, contrairement à un autre uti- lisateur. Nous avons dépensé 30000 euros pour faire mar-
gagner revient donc à un mil- lion d’euros de CA et 42 em- plois, déplore le gérant. Au- jourd’hui nous employons seu- lement 4,3 postes équivalent
seulement été cédés en 2008. Le droit d’usage des terrains publics n’a donc pas encore donné lieu à des procédures. Je ne suis pas encore allé au tribunal à cause de la mauvaise publicité que cela induirait – le bouche à oreille fonctionnant chez les gestionnaires –, mais cela pourrait changer », avertit celui qui a écrit aux mairies concernées et au groupement des industriels et professionnels de l’aviation générale, sans ob- tenir de résultat.
landise attractives sont réservées aux associations, Lyon Corbas par exemple, ou encore Gre- noble Isère en ce qui concerne le parachutisme. Nous avons attendu sept ans à Grenoble pour obtenir une place ! Et nous avons dû nous engager à ne pas y faire de parachutisme, mais seulement de l’hélicoptère. La société est aussi présente à Roanne pour le parachutisme et dans quatre autres aéro- dromes de manière itinérante. Tout cela pour un CA de 400000 euros et l’emploi de quatre personnes durant l’an- née, et 14 en été. Bien loin des chiffres initialement prévus ». Les 150 opérateurs éprouvent donc les pires difficultés à exer- cer leur activité, alors que le tissu aéroportuaire est le plus
« Prenons un peu de hauteur sur ces désagréments si terre à terre... »
cher l’activité durant les pé- riodes creuses, jusqu’à ce qu’on nous avertisse que ce n’était plus possible. » Ces refus et atermoiements ont bloqué le développement de FL140 durant ces sept années. « J’ai dû investir des millions pour développer une nouvelle activité d’hélicoptères pour des baptêmes et du parachu- tisme, le décollage vertical nous permettant d’échapper au diktat aéroportuaire. Avec mon associé nous avions comme objectif d’ouvrir un nouveau terrain tous les deux
ENVOL DES TALENTS HORS DES FRONTIÈRES Certains professionnels persé- vérants se font une place grâce au tribunal administratif, après des années de batailles. Ainsi à Gap, la plus grosse structure de saut en parachute en France, quatre opérateurs ont été auto- risés à exercer après avoir in- tenté un procès à la Commu- nauté de communes. Des appels d’offres sont organisés tous les trois ans. D’autres passent par la voie des petits cadeaux, ou attendent de se faire connaître. Mais en attendant le nouvel entrant a peu de chances de trouver un terrain et ceux qui
temps plein, et 14 en été ; désormais je développer l’en- treprise en essayant de ne pas dépendre des aérodromes, en privilégiant les hélicoptères, simulateurs de vols et drones. »
dense d’Europe. Ajo. verrou au sol les espaces aériens qui sont parcimonieusement accordés par le service de na- vigation aérienne qui a tous pouvoirs, et vous comprenez pourquoi certains acteurs fi- nissent par partir exercer en Belgique, en Italie, au Maroc et aux Etats-Unis...
Matthieu Camozzi
RECOURS IMPOSSIBLES !
utez à ce
Les deux associés ont sollicité la DGAC au niveau régional, à Lyon, puis au niveau national à Paris, où on leur a répondu que le gestionnaire faisait ce qu’il voulait. « Le mieux que nous ayons obtenu, c’est une reconnaissance du problème et des encouragements à aller
Les entrepreneurs victimes de ce genre de procédés, qui souhaitent porter à la connaissance de tout le monde leur exemple, sont invités à entrer en contact avec le collectif David contre Goliath (www.collectif-david-contre-goliath.fr)
36 FÉVRIER 2015


































































































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