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n°16
RH & FORMATION Réseaux & Influences - clubs de nautisme et yachting
Clubs de voiles dévoilés
À peine remis de l’effervescence de la Route du Rhum, le monde de la voile se croise lors du Salon nautique. Un univers de yachts clubs et de sociétés discrètes, traditionnels,
mais qui sont en pleine mutation...
L ’esquisse du milieu de la voile d’au- jourd’hui pourrait être tracée en trois coups de pin- ceau : l’industrie nautique à tribord, incarnée par la Fé- dération des industries nau- tiques, propriétaire du Salon nautique de Paris. Le réseau des clubs sportifs structuré par la FF Voile à la proue. Enfin, à tribord, les yacht clubs et les sociétés nautiques. Pionnier, le Yacht Club de France, créé en 1867 quelques années seulement avant le Cercle de la Voile – autre ré- férence parisienne davantage orientée sur les régates et les règlements, reste un bastion du milieu du nautisme et le référent de l’élégance morale du milieu. Jules Verne et Éric Tabarly en furent. Prestigieux donc, mais pas forcément très dynamique, ni le plus ouvert à qui frappe à la porte... de la cabine. Pas d’absolue nécessité non plus à fréquenter le Cercle de la Mer amarré Pont de Suffren pour comprendre le milieu. Les sociétés en question ? Une trentaine de « clubs al- liés » du Yacht Club de France, de la Manche à la Méditerranée et jusqu’en Guadeloupe. Car, activité cô- tière oblige, c’est bien sur le plan local que beaucoup de choses se jouent. Avec une ambition latente : faire briller son territoire davantage que celui du voisin, même si la gentleman attitude ne laisse jamais ouvertement transpa- raître une quelconque guerre de clochers, tout comme les noms des grands patrons se veulent discrets sur le mouil- lage de leur navires de plai- sance. Des clubs qui bénéfi- cient de l’influence de leurs membres et épaulent les pro- jets maritimes de leur fief. Des sociétés en mutation,
et plus jeune membre du conseil d’administration du puissant Yacht Club de la Baule, qui soutenait cinq skippers au départ de la Route du Rhum. Auparavant, ce milieu et la Baule croulaient sous l’argent. Aujourd’hui, nous devons réfléchir comme des entrepreneurs. » Pour ce club trentenaire initié par François-Xavier Baley et Lu- cien Barrière, où gravitent de grands noms de la voile dont les frères Peyron et Pajot et qui compte aujourd’hui 350 membres, « pas de pro- sélytisme. La règle veut que deux parrains soient néces- saires pour faire partie du club. En général, les choses se font naturellement par le prisme du bateau, pour les propriétaires de Dragons par exemple ou ceux qui partici- pent aux Voiles de légende. Mais nous ouvrons la porte aux entrepreneurs qui sou- haitent investir, explique en- core ce trentenaire originaire de la station balnéaire, très impliqué dans le kitesurf. C’est la passion de la voile qui nous anime, mais le club est un réseau quand même, il ne faut pas le nier. J’ai un cabinet à St Brieuc et j’envi- sage d’en ouvrir un ici. Ma carrière n’a jamais été menée très loin du bateau. La voile est un lien, quelque chose d’un peu élitiste aussi, mais toujours un réseau social au sens humain du terme, jus- tement ce qui nous différencie des réseaux d’entrepreneurs.
nières sur Seine, dans les Hauts-de-Seine. Pas banal. Il a cherché des appuis et décrypté les arcanes du mi- lieu. « Quand j’ai créé ma
une soif de mer, de récits de voyage, peut-être de liberté, et sans doute aussi d’un monde high class qu’ils peu- vent toucher du doigt. Mais
rend ce réseau plus ouvert, moins égocentré. D’ailleurs, nous avons tout intérêt à créer une dynamique, voire à mutualiser nos business »,
Sans doute aussi parce que chacun évolue dans son coin, possède ses propres soutiens et qu’il est difficile de les exposer, encore plus de les partager. En fait, le modèle reste à créer, c’est un milieu très intéressant où il reste beaucoup de choses à réali- ser. Pour ne prendre que la référence sportive, c’est par exemple l’un des rares où l’on peut être un amateur et se battre contre des pros », explique celui qui, benjamin de la Solitaire du Figaro en 2010, est aujourd’hui soutenu par le Cluster Maritime Fran- çais, une task force créée en 2006 pour défendre la com- munauté maritime au sens large avec des actions de communication mais aussi d’influence.
aussi.
» Normand originaire de Cherbourg, fin connaisseur du milieu associatif, politique et sportif, Alexandre Plan- quette a fondé Navy Classic en août 2013 avec le soutien de sa commune. Un chantier naval qui rénove des Chris- craft et autres Riva à... As-
c’est quand même le point laisser fantasmer ? « L’activité commun de tous les clubs. de réseautage et de lobby Les gens y viennent pour n’est pas aussi dynamique vivre leur passion de la na- que l’on pourrait s’y attendre, vigation. Même si tout le mais c’est peut-être aussi une monde ne navigue pas, beau- question de génération. coup de gens aiment l’idée L’émergence de jeunes en- simple d’être fan de nautisme, trepreneurs avec des outils certains viennent y assouvir modernes de communication
prestigieux Vendée Globe de 2016. Originaire de La Ro- chelle, il fait son état des lieux : « Le réseau méditer- ranéen est davantage déve- loppé que celui de la côte Atlantique et globalement, nous ne sommes pas très en avance dans ce domaine.
CLUBS DE BONNES MANIÈRES
« Les Trente Glorieuses sont loin derrière nous, témoigne Benjamin English, avocat de 33 ans installé à Saint-Brieuc
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en rade !
« Refus de priorité et de dire bonjour... Cela se règlera au club ça ! »
COMPÉTITION DES TERRITOIRES
La Rochelle a perdu du terrain sur Port-la-forêt ou le Sud de la France. Chacun draine notamment des régates cor- poratives comme la Baticup à Pornichet, la Juris’cup à Marseille ; la finance, la grande distribution, les ex- perts comptables ont aussi la leur. Plus au Nord, à Lo- rient, on réfléchit en termes de club de la Sailing Valley. Christophe Baudry, directeur de l’association Lorient Grand Large créée en 2009, précise : « Avec 70% des en- treprises et du savoir-faire gravitant autour de la course au large ici, et la Cité de la voile, Lorient a construit un grand projet autour de son ancienne base sous-marine. Dans le cadre du service pro- posé aux skippers, nous dé- veloppons un club de parte- naires, sur la base de la Volvo Ocean Race que nous avions alors construite avec un ticket d’entrée de 1000 euros, pour que les gens se connaissent, échangent, et que cela ne concerne pas uniquement la jet-set voileuse. » Peut-être une piste pour ne pas rester
société, je me suis notamment rapproché du club de la Jatte, à Neuilly. J’y ai créé des liens grâce à des amis mem- bres de ce club. Dire de vé- ritables liens d’amitié serait travestir la réalité, mais de possibles intérêts commun, oui. Tous les membres aiment le nautisme, et je crois que
pour être coopté, ce n’est pas une question d’argent. Les nouveaux riches ne sont pas forcément les bienvenus. C’est aussi un club des bonnes manières. »
assume ce quadra qui réfléchit à la création d’un club nau- tique à Asnières. Itinéraire complètement différent, ob- jectifs de haute performance, mais même état d’esprit chez Arthur Le Vaillant. Ce jeune skipper est en pleine re- cherche de sponsors pour fi- naliser sa participation au
L’émergence de jeunes entrepreneurs avec des outils modernes de communication rend ce réseau plus ouvert,
moins égocentré
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PEAU NEUVE
Un club sélect aussi puissant que l’imaginaire pourrait le
Olivier Remy

