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CLUB ENTREPRENDRE Business guides - Séminaires haut de gamme
ces séminaires haut de gamme dans une dizaine d’années s’avère difficile pour des pro- fessionnels, souvent plus en- clins au pragmatisme qu’à la prospective. « Les prévisions ?
célérer (délais plus courts en- tre la réservation et l’événe- ment) ; des séminaires moins longs et un nombre de parti- cipants restreint (le retour des « grand-messes » n’est pas
sement 5 étoiles situé à proxi- mité des Champs-Élysées. Or cela n’a pas été le cas, bien au contraire. Le besoin de réunions formelles, de face à face, de moments « humains »
Mais le pressentiment est bien là. Selon Ludovic Corpechot, « je n’ai pas de boule de cristal, mais la technologie va encore beaucoup évoluer : il y aura de grands change-
directeur marketing de Relais & Châteaux, ces évolutions technologiques iront dans le sens de davantage de colla- boration, d’interactions et au- ront une incidence en matière d’organisation. Le schéma traditionnel du séminaire, avec un orateur et le reste de l’équipe l’écoutant, qui sem- ble déjà avoir un peu de plomb dans l’aile, pourrait devenir définitivement obso- lète. « Les nouveaux progrès technologiques imprimeront une façon différente d’envi- sager le travail dans ces séances. Dans une dizaine d’années, nous serons dans des salles de moins en moins classiques mais dans des configurations bien plus in- tuitives, libres, organiques... » Moins formelles, en somme : adieu, la traditionnelle dis- position en U. L’évolution pourrait être rapide.
lons, comme l’IMEX à Franc- fort.
D’autre part, la clientèle étran- gère des séminaires haut de gamme devrait également croître en raison du besoin toujours plus marqué des en- treprises de communiquer vers leurs différents publics, à l’externe ou à l’interne. Des sociétés et groupes étant de plus en plus ouverts sur le monde, donc des publics de plus en plus larges. Cette évo- lution implique un travail d’anticipation et d’adaptation de la part des organisateurs. « A cet égard, l’un des enjeux qui va émerger dans les an- nées à venir sera notre ca- pacité à gérer ces publics in- ternationaux et à répondre à des standards de niveau in- ternational, détaille Isabelle de Ponfilly, la directrice com- merciale des Yachts de Paris. Cela passe notamment par la maîtrise de l’intégration des particularités culinaires ou par la capacité à accueillir en plusieurs langues sans dif- ficultés. »
Il y a une dizaine d'années, on pensait que les séminaires et réunions allaient disparaître au profit de la visioconférence. Ce n’est pas du tout le cas
C’est extrêmement complexe, prévu !) ; des clients type co- mêlant travail et convivialité ments, même si on ne peut dans notre métier, confirme mités de direction provenant est, dans un monde chaque pas encore discerner en quoi prudemment Yves Brunot, le de différents secteurs ; da- jour davantage « connecté », ils consisteront. » De grands
« Placer la session de travail requérant la plus grande attention à 13h30 n’était peut-être pas la meilleure idée... »
OUVERTURE À L’INTERNATIONAL
ET DIFFÉRENCIATION Dans les années à venir, la part de la clientèle étrangère devrait également s’accroître. L’ouverture de plus en plus grande sur l’international constituera un enjeu de taille pour les organisateurs de sé- minaires haut de gamme. Et ce pour deux raisons princi- pales. En premier lieu, les restrictions budgétaires des entreprises françaises pour ce type d’événement ne de- vraient pas s’inverser et im- pliquent donc pour les pro- fessionnels du secteur de partir à la conquête de nouveaux clients. « Ce démarchage est très important pour nous, pré- cise David Fiévé, directeur de la restauration du Grand- Hôtel du Cap-Ferrat. Pour les séminaires comme pour l’hébergement, miser sur la clientèle étrangère est pri- mordial afin de continuer à développer cette part de notre activité. » Pour ce faire, le
Enfin, last but not least, l’un des mots-clés de la décennie à venir sera la différenciation. Si la qualité du service, la beauté du cadre, la réussite de l’organisation, restent des exigences logiques des clients de séminaires haut de gamme, ces derniers, de plus en plus, désirent aussi être surpris. Goûter à une expérience à la fois authentique et originale. « Je pense que l’une des ten- dances fortes des prochaines années sera : toujours plus d’innovation, résume Isabelle de Ponfilly. C’est là tout l’en- jeu d’un savoir « se réinven- ter » indispensable pour conti- nuer à attirer les publics. » Dans cette optique, les Yachts de Paris développent par exemple une collection d’of- fres intitulée « L’art de vivre au fil de l’eau ». « Nos clients peuvent organiser un sémi- naire d’une journée dans un lieu d’exception sur la Seine, partir en croisière cocktail ou dîner à bord d’un yacht au charme intemporel,
directeur de l’agence conseil en événements d’entreprise Aéreau. Les années se suivent et ne se ressemblent absolu- ment pas : les demandes des clients changent, le marché évolue à une vitesse farami- neuse... Je travaille dans ce domaine depuis 17 ans, et pourtant dans le meilleur des cas c’est après-coup que je peux réellement analyser ce qui s’est passé. » Pas évident, donc, d’anticiper tendances et changements.
vantage d’exigence sur l’as- pect sain et « éthique » de la nourriture avec des demandes de plus en plus spécifiques (sans gluten, végétalien)... Point positif en tout cas : les séminaires haut de gamme existeront donc toujours. Ima- giner l’inverse peut paraître
plus que jamais important et pertinent. Et le sera encore plus demain.
Reste que si les avancées technologiques n’auront pas sur les séminaires haut de gamme l’effet dévastateur d’une météorite sur les dino- saures du Crétacé, elle n’est
changements et donc, en conséquence pour les lieux d’accueil et les organisateurs, des équipements à mettre à disposition des clients pour répondre à ces nouvelles pos- sibilités ainsi qu’à leurs nou- velles exigences. « On peut par exemple imaginer l’ho-
Des configurations bien plus intuitives, organiques... Adieu, la traditionnelle disposition en U
d’un musée
Quand ils acceptent néan- moins de se prêter au petit jeu du séminaire-fiction, les professionnels interrogés n’imaginent pas de révolution ni de retournement de situa- tion. D’un avis unanime, ils considèrent plutôt que les évolutions observables au- jourd’hui iront en s’accen- tuant : un rapport au temps qui devrait continuer à s’ac-
incongru, mais la question pourtant pas sans incidence logramme d’un dirigeant se Grand-Hôtel mise notamment s’est visiblement bien posée sur leur évolution. Là encore, trouvant, au moment du sé- sur le « local » – pas simple- il n’y a pas si longtemps. « Il il s’avère complexe de dé- minaire, à l’autre bout de la ment la région niçoise bien y a une dizaine d’années, on terminer précisément de planète. Ou, en donnant com- entendu, mais les territoires pensait presque que les sé- quelle manière, ou quels se- plètement dans la fiction, plu- proches de la France comme minaires et réunions allaient ront ces changements hi-tech sieurs hologrammes dans la le Royaume-Uni, l’Allemagne disparaître au profit de la vi- – la plupart des objets connec- pièce. Cela consommerait ou Monaco, dont les ressor- sioconférence », se souvient, tés dont l’usage est au- beaucoup de flux et nécessi- tissants associent trop souvent légèrement amusé, Ludovic jourd’hui presque naturel terait une adaptation de notre ce 5 étoiles à un établissement Corpechot, le directeur de n’existaient pas encore part. » uniquement de « leisure » – l’Hôtel Napoléon, un établis- quelques années auparavant. Selon Thomas Jobbé-Duval, et s’implique sur certains sa-
s’amarrer au pied.
pour aller y découvrir une exposition emblématique. » Ce renouvellement perma- nent, cette capacité à proposer des alternatives et à étonner seront essentiels non seule- ment pour attirer de nouveaux clients mais aussi (surtout ?) pour les fidéliser.
56 DÉC. / JANV.
Julien Fournier

