Page 38 - EcoRéseau n°16
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n°16
CLUB ENTREPRENDRE Interview croisée - Entrepreneurs du haut de gamme made in France Militants du Made in France
L’un a porté sa marque vers le label « Origine France Garantie », l’autre a investi dans la construction d’une nouvelle usine en Isère. Alors que le salon made in France a rencontré un franc succès, EcoRéseau se tourne vers Smuggler et Paraboot qui ont choisi de produire en France et de le faire savoir. La panacée ?
Comment vous êtes-vous lancé dans l’aventure ? GA : J’ai repris la marque Smuggler en 2000 en m’al- liant avec Serge Bonnefont, président de France Confec- tion. Cette association n’était pas fortuite. J’avais dans l’idée de pérenniser un outil de production en France et d’ainsi protéger un savoir- faire artisanal, mais aussi de permettre à une marque de pouvoir se développer dans les meilleures condi- tions dans le domaine du haut de gamme et du luxe. En juin 2013, nous avons réalisé une levée de fonds de 1,5 millions d’euros au- près de Midi Capital, dans le but d’ouvrir de nouveaux points de vente en propre en région parisienne, dans
chard-Pontvert) en tant que directeur industriel. Cette PME familiale était en bonne santé financière mais il fallait la moderniser, l’or- ganiser différemment. Ce que j’ai fait. Puis en 2012, j’en ai pris la direction gé- nérale, devenant le premier directeur qui ne faisait pas partie de la famille Richard. Une immense fierté pour moi et une grande marque de confiance de leur part ! Aujourd’hui, je travaille main dans la main avec la quatrième génération (Clé- mentine Colin Richard, di- rectrice générale de la so- ciété Capuce SA et Marc- Antoine Richard, directeur de production), notamment dans la construction de notre nouvelle usine, qui sera opé-
un pari raisonné sur l’ave- nir.
actions commerciales et marketing qui vont faire par- ler de nous ! Nous sommes le seul fabricant au monde à réaliser nos propres se- melles en caoutchouc, selon un procédé imaginé par
standard, il faut 15 à 20 mi- nutes pour fabriquer une chaussure. Nous, nous met- tons deux heures en moyenne. Ce savoir-faire est unique. Qui le sait ?
national du mérite il y a un an, j’ai dit que j’en étais fier et triste en même temps, car nous étions les derniers à fabriquer en France. Mais pour moi, cette récompense, c’était avant tout la recon-
L’obtention du label officiel Origine France garantie ? + 15% de chiffre d’affaires enunan!
Gilles Attaf
Etes-vous satisfait de l’image véhiculée par l’entreprise ?
GA : Oui, car nous avons déringardisé le fait de pro- duire en France, nous sommes à présent dans « l’air du temps ». Nous avons misé sur ce que j’ap- pelle « l’originalité élégante », c’est à dire offert un vê- tement sur mesure, très per- sonnalisé, avec un choix de 800 tissus et des doublures colorées. Notre image repose sur la qualité de nos presta- tions. Quelles que soient nos ambitions, notre pro- duction restera limougeaude. La compétence de nos 130 ouvriers est irremplaçable et nous cultiverons notre image tricolore. Nous sommes le dernier costumier français, nous comptons bien le rester. L’obtention du label officiel Origine France garantie est une grande fierté pour nous, à tous les niveaux du groupe, et il nous a per- mis d’augmenter notre chiffre d’affaires de 15% en un an ! Finalement, Arnaud Montebourg a été notre
les capitales régionales fran- çaises et internationales. En 2000, nous avions eu du mal à réunir les fonds pour le LBO, car à l’époque le Made in France n’était pas vendeur. Entre temps, nous avons obtenu le label « Ori- gine France Garantie », ce qui nous a aidés à attirer les sociétés de capital-in- vestissement. Aujourd’hui, ce sont elles qui nous ont contactés ! Le 100% français est devenu un argument qui fait vendre, à l’heure où les clients recherchent de plus en plus la traçabilité de ce qu’ils achètent. RF:A40ans,aprèsdes années passées dans de grands groupes industriels, j’ai souhaité rejoindre une entreprise à taille humaine. Je suis entré en 1997 chez Paraboot (entreprise Ri-
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rationnelle début 2017. Nous avons investi 8 millions d’euros dans ce projet, qui est à la hauteur de notre ambition. C’est une façon pour l’entreprise d’entrer de plain-pied dans le XXIe siè- cle. Les deux usines de Tul- lins et d’Izeaux étaient vieil- lissantes. Elles ne répon- daient plus aux normes en- vironnementales et consom- maient beaucoup d’énergie. Le nouveau site industriel permettra de réorganiser les lignes de production, d’être plus productif tout en pro- posant des espaces de travail modernisés, qui nous per- mettront de garder une main d’œuvre qualifiée et formée. Le soutien au Made in France, l’annonce de la baisse de charges, ajoutées au crédit d’impôt recherche font de cet investissement
meilleur VRP !
RF : Je suis plutôt mitigé. Au Japon, Paraboot a une image très moderne, tandis qu’en Chine et aux Etats-Unis la
marque est consi-
dérée comme conventionnelle. En France, Paraboot
jouit d’une bonne
image, qui reste at- tachante et fami-
liale. Mais celle-ci
doit évoluer
pour passer du haut
de gamme de bonne facture à du haut de gamme luxe. Mais le luxe discret, celui qui nous ressemble, loin du luxe bling-bling ! Jusqu’à présent le Made in France nous aidait en Asie, mais pas en France car c’était ringard. Les choses sont en train de changer ! Nous vou- lons rajeunir notre image et le faire savoir grâce à des
Gilles Attaf
Rémy Richard-Pontvert, fondateur de Paraboot. Dé- coupe, piquage, grattage du cuir, teinture des bords, ra- botage de la semelle, laçage et mise en boite : pas moins de 150 opérations manuelles sont nécessaires pour éla- borer une chaussure Para- boot. Dans une fabrication
Comment définiriez-vous votre style de manage- ment ?
GA : Je communique beau- coup en interne sur notre fabrication et sur notre sa- voir-faire, car l’ADN de la marque se trouve dans notre usine. Quand Arnaud Mon- tebourg m’a remis l’Ordre
© Dahmane
naissance de nos ouvriers, de ces petites mains si pré- cieuses... et finalement un pan entier de l’économie qui avait été oublié pendant si longtemps ! Alors, je veux valoriser ces per- sonnes : c’est ainsi que j’ai fait venir le grand photo- graphe Gérard Uféras dans
rachète en 2000 Smuggler
Fabricant de costumes haut de gamme pour hommes depuis 1978. Il s'associe aux ateliers France Confection de Limoges, dernière usine à fabriquer du prêt-à-porter masculin en France. En 2014, le groupe Orphée Longchamp, né de cette fusion, compte 150 salariés dont 130 à l’usine de Limoges, et table sur un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros.


































































































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