Page 34 - EcoRéseau n°16
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n°16
CLUB ENTREPRENDRE Liberté d’Entreprendre - Un ouvrage qui fera date
Inscrire l’esprit d’entreprise dans la devise républicaine. Vite !
Léonidas Kalogeropoulos, président de Médiation & Arguments, vice-président d’Ethic, fondateur du collectif David contre Goliath – lanceur d’alerte sur les cas d’entrepreneurs victimes de distorsion de concurrence auxquels EcoRéseau, qui est associé, consacre chaque mois une page –, n’est pas un doux rêveur. Le livre qu’il publie le prouve en force. Et lorsqu’il répond à Stéphane Soumier sur BFM que « la France sera à nouveau leader européen dans moins de dix ans... », ce n’est pas un vœu pieu, mais un véritable programme... A condition
d’encourager le formidable esprit d’entreprise qui est en train de germer au sein de la population. Une vision d’avenir très proche de celle qu’adopte EcoRéseau depuis sa création, qui a décidé de s’associer pleinement à cette aventure, et qui dans son prochain numéro, en allant demander l’avis de nombreuses personnalités, consacrera sa Une à cet esprit d’entreprise qui doit dépasser le simple cadre de l’entrepreneuriat. En attendant ce manifeste est à lire sans modération, pour M. Tout-le-monde comme pour les Ministres en train de plancher sur les réformes à venir.
n L’esprit d’entreprise, une valeur positive à encourager ?
Si on définit l'esprit d'entreprise comme la tendance à agir, à se prendre en main, à avoir le sens de l'initiative, des responsabilités, à faire preuve de volontarisme et de détermination, quel que soit son métier ou sa place dans la société, diriez-vous que l'esprit d'entreprise est une valeur positive qu'il faut encourager ?
n Sondage réalisé par Opinion Way sur l’Esprit d’Entreprise et les Français
Si on devait réformer
la France en se fixant
Aujourd’hui, 88% des Français considèrent que l'esprit d'en- treprise représente une valeur positive qu’il faut encourager. Quelle autre valeur recueille- rait un tel plébiscite d'opinions favorables, transcendant tous les clivages ?
NON 11%
NSP 1%
OUI 88%
30%
Une très bonne chose
56%
Plutôt une bonne chose
pour objectif de favoriser, d'encoura- ger, de récompenser dans toutes les sphères sociales l'esprit d'entreprise, pensez-vous que ce serait une ... ?
86%
12%
OUI NON NSP
9%
Plutôt une mauvaise chose
3%
2%
Sondage exclusif de Opinion Way pour Médiation & Arguments – « L’esprit d’entreprise et les Français », réalisé sur un échantillon de 1024 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, interrogées les 18 et 19 décembre 2013.
Entretien avec Léonidas Kalogeropoulos
« Le souffle de l’esprit d’entreprise qui traverse notre pays va balayer les années sombres, si on lève tous les carcans. »
Une très NSP mauvaise
chose
L’esprit d’entreprise est-il un concept récent ?
Il n’y a pas eu d’éclairage structuré et cohérent sur l’ensemble du mou- vement qui anime la société fran- çaise et qui transcende tous les cli- vages. Des dirigeants défendent les entreprises et sont étiquetés à droite, quand des start-up adoptent un état d’esprit plus libertaire... Différents vocabulaires s’y rap- portent aussi, comme le champ lexical de tradition économique libérale avec les mots « concur- rence », « marché », etc., ou celui qui est tourné vers l’innovation avec les termes « disruptif », « créativité »... Mais tout cela ap- pelle un certain état d’esprit. L’en- treprise a longtemps été un lieu de clivage entre la gauche et la droite, elle est pourtant devenue au fil du temps un terreau de consensus français : celui de la passion pour l’entrepreneuriat, qu’il importe d’encourager par tous les moyens.
Vous pensez avant tout aux entrepreneurs ? Certainement pas. Ils sont la partie émergée de l’iceberg, l’avant-garde,
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maislemouvementestplusprofond et concerne la vie et les velléités d’autonomie de tout le monde. Les gens se prennent en main – pas seulement au travers du statut d’auto-entrepreneur –, et cette lame de fond transcende les statuts. Ar- tistes, acteurs, fonctionnaires, élus, pompiers se tournent vers cet esprit d’entreprise qui gagne la société et les sphères du salariat. Dans l’en- treprise on aime les salariés qui ont envie de progresser et qui se responsabilisent.Au volontarisme unanime s’ajoutent des initiatives privées célébrant l'entreprise et ceux qui y travaillent — Fête des Entreprises, J'aime ma Boîte, Prix National Stars & Métiers de l'arti- sanat, Prix de l’audace créatrice, Talents des Cités, Salon des entre- preneurs, BFM Awards... — ou des émissions qui mettent en scène des candidats concourant pour faire valoir leur talent dans la chanson, le sport, la cuisine... La société françaiseesttraverséed’uneaddition de stimuli qui convergent depuis plusieurs années pour éveiller les appétits, les volontés et les énergies qui finissent par éclore d’une ri- chesse, d’un grand potentiel en contradiction avec les chiffres. Les gens savent désormais qu’avec 2000 milliards de dette, il n’y aura plus un « Père Noël de l’Etat » avec une recette fiscale miracle ou
une nouvelle loi du travail salvatrice. L’esprit d’entreprise qui traverse notre pays est notre seule richesse, elle va balayer les années sombres, si on décloisonne tous les carcans pour lui donner tout son souffle.
Nous rapprochons-nous ainsi de la philosophie anglo-saxonne ?
Pas vraiment. Les bienfaits de ce mouvement de fond ne sont pas seulement la résorption à terme des déficits, la victoire dans la bataille pour la compétitivité... Il existe un humanisme dans cet esprit d’entreprise, qui touche à la richesse que chacun détient au fond de lui. C’est une révolution pacifiste qui fait tomber les murs de Berlin symboliques que sont notre Code du Travail, le statut de la Fonction Publique, les droits spéciaux. Après l’esprit des Lu- mières, voici l’esprit d’entreprise qui induit des bouleversements sociaux, sociétaux, et finalement économiques. Nous touchons à un enjeu de civilisation, qui va in- fluencer la perception des diplômes, la méritocratie républicaine, la ma- nière d’enseigner, les relations so- ciales dans l’entreprise. Nous sommes à un moment de bascu- lement. L’esprit d’entreprise est même présent chez les élèves, les étudiants qui ont la curiosité d’ap-
prendre. Cette idée allume ce qu’il y a de plus créatif. Le libéralisme à la française est différent de celui desAnglo-Saxons qui ne concerne que les patrons et chefs d’entreprise. Il est donc plus prometteur car il entraîne le pays dans son ensemble. Je pense que la France retrouvera le leadership européen dans moins de dix ans, ce qui peut paraître un peu fou dans un contexte de mo- rosité. Mais en tant que vice-pré- sident d’Ethic et porte-parole du collectif David contre Goliath, je constate toutes les semaines ce foisonnement d’idées, de projets. L’esprit d’entreprise ajouté dans la devise républicaine éveillerait le pays tout entier. Il ne s’agit pas juste de modifier les frontons, mais d’éveiller dans les consciences au fait que chacun joue un rôle dans la création des richesses de la Nation. Le triptyque républicain ne fonctionne pas sans cet esprit d’entreprise.
Quels sont les grands freins que vous rencontrez ? Depuis2006j’aidéfenduleprincipe d’inscrire la liberté d’entreprendre dans la Constitution (liberteden- treprendre.com). L’expression de « liberté d’entreprendre » peut soulever de mauvaises interpréta- tions et donc des réticences. Cela fait craindre à certains que les en-
trepreneurs seraient libres de faire ce qu’ils veulent. Or la France est attachéeàlarégulationéconomique. Certains comprennent aussi qu’il s’agirait d’une liberté pour une élite méritante qui a créé des en- treprises. Or les salariés ont aussi un effet d’entraînement. Il s’agit d’intégrer le dynamisme de tout le monde. En obstacle principal il me faut citer le détournement des régulations au profit d’avantages corporatistes et de traditions obso- lètes. Dans la culture française la seule chose qui compte est le di- plôme. Or certains entrepreneurs talentueux ont pour seul diplôme le permis de conduire. Ajoutons à cettelistenoirelesstatutsparticuliers, les phénomènes de rentes, les ca- tégories sectorielles qui obtiennent la conservation d’avantages en mettant en balance la paix sociale. Tout cela appauvrit le pays.
C’est aussi une ligne
de conduite pour le gouvernement ? Constater le consensus qui existe autour de l’esprit d’entreprise comme clef de voûte de l’ambition républicaine, c’est ouvrir le prisme par lequel s’éclaire la logique et le sens des réformes nécessaires, dont notre pays a besoin. La ligne du gouvernement actuel, dans ses in- tentions, est en phase avec cet ob-
jectif, et la droite est précisément critique parce que l’exécutif ne va pas assez loin dans cette ligne ! Le sondage d’OpinionWay (cf. gra- phiques ci-contre) démontre que les Français sont prêts à prendre leur destin en main et à tout faire pour faciliter ces dynamiques. Ce manifeste se termine par une pro- position de référendum d’initiative populaire, qui éviterait que les efforts soient annihilés par des cor- porations tentées de prendre le pays en otage.
Pourquoi avoir choisi EcoRéseau pour le lancement de votre manifeste ?
Tout simplement parce que je trouve l’initiative de ce journal qui existe depuis deux ans maintenant, extrêmement innovante et auda- cieuse. Chaque mois EcoRéseau explore les univers les plus pro- metteurs en termes d’innovation et dresse une présentation large de l’esprit d’entreprise, sous toutes ses formes. Ainsi un journal qui consacre sa Une aux intrapreneurs, aux élupreneurs ou aux mampre- neurs loue comme moi cette prise en main de son destin par chacun. Ce mensuel assume des prises de positions qui sont les miennes. Le
choix était donc évident.
Propos recueillis par Julien Tarby


































































































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