Page 30 - EcoRéseau n°16
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n°16
PANORAMA Grand Angle - Ils cumulent business et politique
ture, composée de fiscalistes
et d’avocats, qui a provoqué
un tollé devant l’amende-
ment de la PLFSS pour
2015 (loi de financement de
la Sécurité sociale) visant à
taxer les dividendes des ac-
tionnaires majoritaires de une activité profession-
Le piège principal et classique est d’appliquer stricto sensu la gouver- nance d’entreprise dans la collectivité
qu’avant son départ, ou une sorte de fonds de dotation au sein des instances profession- nelles (Medef, CGPME...) assurant une rémunération durant une période de transi- tion permettant de retrouver
nelle ; autant pour les entre- preneurs/chefs d’entreprise, la compensation ne pourra jamais réellement pallier l’absence du leader à la tête de l’entreprise et le manque à gagner inhérent... » Des pistes sont en tout cas à re- chercher pour inciter ces forces vives à se lancer dans la gestion de la Cité. « Dans une période très dure comme celle que nous vi- vons, il est primordial qu’un maximum de personnes tam- pons, connaissant les pro- blèmes des collectivités et les contraintes des entre-
« Si le temps m’est compté depuis que je suis élue et femme d’affaires à la fois ? En voilà une drôle d’idée ! »
fiance les dirigeants et se di- sent déçus par les politiques, ceux qui franchissent le pas intègrent finalement un club encore très fermé. Et pour- tant de récents sondages montrent clairement que les Français font majoritaire- ment confiance aux PME pour obtenir des résultats, et notamment créer de l’em- ploi, quand 10% seulement s’en remettent aux poli- tiques. La prise de conscience collective des bienfaits de l’entreprise pourrait bien pousser plus d’élupreneurs sur le devant de la scène, comme le constate Jean-Christophe Fromentin : « Je suis opti- miste. Si vous écoutez un discours politique d’il y a sept ans, vous pouvez constater que le mot « com- pétitivité » n’était pas uti- lisé. L’entreprise s’est invitée au cœur du débat public, ce qui augure de grandes évolutions ». La société aurait en tout cas beaucoup à y gagner. « Leur multiplication serait une vraie amélioration. Au- paravant les politiques haïssaient le monde de l’entreprise, c’était désas- treux. Aujourd’hui j’évo- querais plutôt une méconnaissance, ce qui est également dommageable et donne lieu à des mesures
SA et de SAS en les assujet- tissant aux cotisations so- ciales. Le gouvernement, par la voix du ministre des finances Michel Sapin, a or- donné la modification et le retrait de l’amendement fin octobre. A quand une plus grande représentativité donc ? Virginie Calmels es- quisse quelques moyens de contourner les obstacles : « Il faudrait réfléchir à une forme de compensation du risque. Autant pour des ca- dres dirigeants de grandes entreprises on pourrait ima- giner un engagement de
parfois insensées, qui vont à l’encontre de la bonne santé économique des PME », dé- plore Claude Nougein, qui
dans le sérail, coupés de la réalité ». Avec sa vigie PLF
aux entreprises, Jean-Chris- tophe Fromentin démontre que les élupreneurs ont bien les pieds sur terre et peuvent
Entrepreneurs, qui
dans les moindres détails
scrute
s, aident au rapproche-
Mon expérience de gestion d’entreprise patrimoniale m’a permis d’éviter le piège des emprunts toxiques indexés sur la roupie indienne
prise.
ment des deux univers. N’oublions pas les fonda- mentaux. L’entreprise réus- sit grâce au soutien de son territoire, et si la collectivité vit, c’est parce qu’il y a des entreprises sur le terri- toire », rappelle Pierre Pé- coul.
stigmatise « les attachés techniques les lois et amen- apporter un nouveau son de celles-ci à reprendre le sala- parlementaires devenant dements pour éviter des cloche dans l’Hémicycle. rié à l’issue de son mandat par la suite députés, vivant coups de massue inattendus C’est justement cette struc- dans les mêmes conditions
Vu ailleurs
Businessman en politique, un profil commun hors des frontières
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DÉC. / JANV.
La faible proportion d’entrepreneurs présents dans le champ politique serait-il un phénomène franco- français ? Peut-être bien, si l’on se réfère aux va-et- vient entre les sphères économique et politique de plus en plus courants chez nos voisins européens comme aux Etats-Unis. Parmi les cas les plus emblé- matiques de grands patrons parvenus à de hautes positions dans la vie publique, impossible de faire l’impasse sur Silvio Berlusconi, l’ex-président du Conseil en Italie. Fondateur et dirigeant de la holding financière Fininvest, puis du groupe de communica- tion Mediaset, « il Cavaliere » détient le record de longévité à la présidence du Conseil de la République Italienne, avec plus de neuf années à son actif. Celui qui avait déclaré au début de sa carrière politique « vouloir s’occuper de la chose publique pour ne plus
vivre dans un pays gouverné par des forces imma- tures » aura, in fine, largement marqué l’Italie par ses scandales judiciaires à répétition. C’est dire si l’entrée de dirigeants économiques sur la scène po- litique ne va pas forcément de soi. On notera d’ail- leurs que le schéma inverse n’est pas moins problématique, comme l’illustrent les polémiques ayant entouré le recrutement en 2006 de l’ex-chan- celier allemand Gerhard Schröder par Gazprom, en tant que président du conseil de surveillance du consortium Nord Stream. Outre-Atlantique le mé- lange des genres est un sport national loué, mais cer- tains ne passent pas totalement inaperçus. Parmi les parcours les plus évocateurs, rappelons celui de Mi- chael Bloomberg, maire de New York de 2002 à 2013, également fondateur de Bloomberg L.P., une
société de services et d’informations financières. Avant de fonder sa compagnie, il était associé dans la banque d’affaires Salomon Brothers, services de trading actions. Toujours aux Etats-Unis, le cas très récent de Tom Wolf, businessman élu gouverneur de Pennsylvanie en novembre 2014, mérite largement d’être souligné. En effet, le dirigeant de l’entreprise familiale The Wolf Organization, l’un des plus grands fournisseurs de cuisines du pays, s’est imposé en un temps record sur la scène politique en capitalisant sur sa richesse personnelle. Il a ainsi investi plusieurs millions de dollars pour remporter la primaire démo- crate. Notamment à coups de spots valorisant sa réussite... d’entrepreneur.
Charles Cohen

