Page 12 - EcoRéseau n°16
P. 12
www.ecoreseau.fr
n°16
PANORAMA Regard sur l’Actualité - Teddy Riner
une question d’équilibre. Mais il m’arrive rarement de perdre. Dans le sport, je perçois les choses différemment
que je motive mes équipes.
un professeur (rires) qui me donne des cours particuliers trois heures par semaine sur la géopolitique, les grands enjeux économiques natio- naux et internationaux – ce
as écouté le cours, mais il faudra que tu pousses ta ré- flexion ». Ce à quoi, avec mon 18 sur la feuille je ré- pondais « Madame, vous n’al- lez pas m’en vouloir d’écouter
aux demandes. Et pour ce qui est du public, j’ai du mal à passer inaperçu (rires), mais il faut accepter les sollicita- tions des gens. Si on ne veut pas subir, il ne faut pas sortir de chez soi. À partir du mo- ment où je mets les pieds de- hors, je dois être accessible et cool avec les gens. Cela va ensemble, cela fait partie du job. Quand j’ai envie d’être tranquille, je reste chez moi, dans mon canapé.
avec les entraîneurs : je fais un sport de combat, qui fait mal, qui doit faire mal pour être prêt. Je suis prêt à souffrir. Prêt à faire mal aussi. Pas à blesser, mais à faire mal. Chaque match est un combat : celui qui est en face de moi va avoir mal et va perdre. Mais je crois que c’est pareil à la boxe par exemple.
Ces qualités de combat- tant, devez-vous les adap- ter au business pour ne pas être trop frontal ou déstabilisant parfois ? Souvent, oui. On me dit « Calme toi, ce n’est pas un combat ! ». On m’appelle le
C’est-à-dire ?
Avez-vous des parcours de référence, des dirigeants qui vous inspirent ?
Ce qui me vient en tête, ce
L’échec sur le tapis, je n’y pense pas. Je sais que je peux perdre, personne n’est invin- cible, mais, si j’y crois et que je ne lâche rien, je me dis que c’est impossible. C’est une question de posture men- tale. J’ai perdu deux combats importants dans ma vie de judoka : lors des JO 2008 où j’étais très jeune et en finale des Mondiaux toutes catégo- ries en 2010 au Japon, sur décision. C’est derrière moi... Mais, surtout, je dis merci à
Le prochain projet qui va naître est un réseau de salles de sport car je pense que c’est un marché sur lequel il est encore possible d’innover
Vous êtes recordman des titres mondiaux avec deux championnes... Et maintenant ?
sont les Brioches Pasquier – c’est l’un de mes partenaires, là, je suis bon ! (rires). Sé- rieusement, on parle de
que je préfère, l’histoire... Cela m’aide à me forger une bonne culture générale.
attentivement ce que vous dites ! » (rires) J’étais malin.
C’est resté un trait de caractère ?
Oui, j’écoute tout ce qu’on me dit. Si c’est bon pour mon judo par exemple, je le pompe à fond (sic). Et, franchement, je suis curieux de tout, le monde qui m’entoure m’in- téresse. À part peut-être les araignées et les serpents ! (Il
Je veux être tout seul là-haut (il mime, NDLR) avec huit titres mondiaux, avant d’aller chercher l’or aux Jeux olym- piques de Rio en 2016 et peut-être de me préparer pour un autre titre olympique en 2020, au Japon, puisque, dans notre discipline, un Japonais (Tadahiro Nomura, en 1996, 2000 et 2004 en -60kg, NDLR) a remporté trois fois les JO. Vous savez, même si je les ai, il a fallu aller les chercher, ces titres. On essaie de comparer les époques et ce n’est pas possible, on ne pourra jamais refaire l’his- toire. Ce sont des années dif- férentes et le judo a évolué. Mais on ne peut pas dire que c’est facile, ce que j’entends parfois. Quand on gagne, on dit que c’est très facile. Quand on perd, qu’on a trouvé plus fort. Moi, je ne vais laisser personne me battre parce que je m’entraîne vraiment dur.
rotor !
a fait Fort Boyard, NDLR)
Parce que vous ne me prenez pas des sous comme ça (rires) ! C’est vrai que, dans les négociations, je suis dur. Vous savez, le judo est telle- ment dur qu’il forge à réussir. On n’a pas le choix sur un tapis.
Quelle est votre relation avec l’entraîneur ?
Là, c’est une histoire d’amour. Franck Chambily est mon père dans le judo. Il est là depuis le début, lors de mon premier titre européen puis mondial en 2007, de mes pre- miers JO en 2008, même s’il a parfois été dans l’ombre, notamment lors des JO 2012 puisque ce n’est pas lui qui me coachait, mais Benoît Campargue, le seul autre coach que j’ai eu sur la chaise et qui s’occupe aujourd’hui du pilote de F1 Romain Gros-
Pourquoi ?
ces échecs. Parce qu’ils m’ont permis de travailler encore davantage. Mes titres mon- diaux et le titre olympique de 2012 se sont nourris de cette expérience douloureuse de 2010. J’aurais peut-être travaillé aussi dur, ou peut- être pas.
Quel type de manage- ment affectionnez-vous ? Soigner les gens, créer de l’émulation, de la confiance. Quand mes salariés bossent bien, je les emmène au res- taurant, nous allons ensemble à des concerts – la dernière fois c’était celui de Pharrell Williams. Ce sont des mo- ments simples, mais impor- tants je crois. Celui qui tra- vaille bien doit être reconnu, gagner sa vie en conséquence. Parce que si je gagne, tu gagnes. C’est de cette manière
brioche... 40 ans que cela dure, avec une part de marché énorme pour une entreprise familiale, toujours dirigée par la fratrie à partir d’une brioche que leur maman cuisinait. C’est fort ! Je pense aussi au patron d’Habitat, Hervé Giaoui. Il a commencé avec un tout petit magasin, pris une première franchise But puis un Conforama et est au- jourd’hui le P-Dg d’une marque redevenue française, qui vient de fêter ses 50 ans.
Votre inscription à Sciences Po avait créé un petit buzz médiatique justement. Où en êtes- vous sur le plan de la formation ?
Je prends des cours d’anglais quatre heures par semaine. J’ai quitté Sciences Po, mais, en partant, j’ai pris avec moi
L’école, ce n’était pas votre truc ?
Si, mais je l’ai toujours envi- sagée à ma façon : derrière pour les matières qui ne m’in- téressaient pas. Devant pour les autres pour bien écouter le professeur... Parce que j’ai toujours eu une excellente
Les voitures, parlons-en. Vous allez repartir dans une sportive allemande. L’automobile, c’est une passion ?
© Paco Lozano
C’est un jeu. Tant que je gagne, cela se passe bien, après... En France je trouve que c’est un peu trop mani- chéen : quand tu gagnes, tout est beau, quand tu perds, on te massacre alors que l’on devrait davantage accompa- gner les sportifs. Mais nous avons aussi besoin des médias pour exister. J’aimerais que mon sport soit beaucoup plus médiatisé, autant que le foot- ball, mais, pour cela il faudrait changer le système, qu’il y ait plus de compétitions, alors qu’elles s’enchaînent déjà beaucoup. Sauf que c’est un sport individuel où on ne peut pas compter sur le banc des remplaçants, qu’il y a des ré- gimes, etc. Avec la dérive possible du dopage car cela pousserait les athlètes à être tout le temps performants.
Justement, on dit que, malgré votre statut, vous êtes celui qui s’entraîne le plus en équipe de France...
Sans doute, mais je ne me soucie pas des autres. J’ai besoin de m’entraîner beau- coup, qu’on me rentre dedans. Pour savoir que je suis prêt et parce que physiquement
jean.
Quel rôle jouent les
médias pour vous ?
En revanche la Bourse, c’est nul, c’est bidon ! Ce n’est pas du tout l’idée que je me fais du « business »
Oui, pour les belles voitures, puissantes (Il possède aussi une Porsche Cayenne, NDLR) qui va de pair avec le fait que j’ai la bougeotte, y com- pris en vacances. J’aime le sport auto, la vitesse, que ce soit en jet ski, en bateau, en quad, à moto...
.
mémoire auditive et que le
simple fait d’écouter me per- Et être hyper médiatisé sais que je suis bon, que je mettait de ressortir le cours est difficile à gérer ? me sens monter dans les tours. le jour de l’interrogation, qua- Non, je n’ai pas le sentiment
siment à la virgule près. Bon, de l’être trop, juste ce qu’il Après autant d’années, cela avait aussi ses inconvé- faut, et cela me convient. Je vous en avez toujours nients. Je me souviens d’une refuse beaucoup de choses. envie ? professeur d’histoire qui me En fait, je ne donne pas beau- Oui, je sais que cela passe disait : « C’est bien Teddy, tu coup d’interviews par rapport par là. J’en parle souvent
C’est compatible avec vos contrats de sponsoring ? J’ai un trop bon avocat ! (rires) Elle place tellement
je le sens. C’est ainsi que je
de clauses...
12
DÉC. / JANV.
Propos recueillis par Olivier Remy et Jean-Baptiste Leprince

