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Regard sur l’Actualité - Teddy Riner PANORAMA
sabilité. Il est comptable de la vie de ces sportifs, il doit donner quelque chose, être reconnaissant. Quand je re- garde le Japon ou la Russie, je vois que la France est en retard sur ce plan.
Cela ne vous donne-t-il pas envie de devenir porte-parole, voire de faire de la politique pour changer la situation ? Non, la politique ne m’inté- resse pas telle qu’elle est. Mais ceux qui sont en place ont cette responsabilité. Il
enlève quelque chose au sport français. Peut-être que cela convient à ceux qui arrivent. Il y a encore dix ans, c’était
Vous restez discret sur vos affaires...
Oui, parce qu’aujourd’hui, c’est le temps du sport pour
c’est bidon ! Ce n’est pas du tout l’idée que je me fais du « business ».
Ce n’est le tout d’avoir 10, 15 ou 20 millions pour être à l’abri. Je n’ai pas envie de m’ennuyer, il faudra que je m’occupe après ma carrière
sur des hypothèses pessi- mistes. Il peut y avoir des déconvenues dans les affaires, mais je ne veux pas de mau- vaises surprises que j’aurais pu anticiper.
Vous avez déjà connu l’échec ?
Oui, j’ai dû me séparer d’une personne. Ce n’est pas facile, mais il faut aussi savoir le faire. Notamment pour pré- server l’état d’esprit positif de ceux qui restent. Dans les affaires au sens large, on peut perdre, mais on peut regagner ailleurs. Les affaires, c’est
qui se passe. C’est aussi pour cette raison que je refuse nom- bre de propositions ! Le pro- chain projet qui va naître, ce
différent et je m’y reconnais- sais mieux.
Quel type d’entrepreneur êtes-vous ?
Je ne m’interdis aucun secteur, tout m’intéresse. Si je sens bien quelque chose, je peux prendre des parts, je peux acheter ou créer, développer et revendre. J’aime mieux créer d’ailleurs. C’est ce qui me motive. Ceux qui m’im- pressionnent le plus sont d’ail- leurs les self made men. Nous touchons au véritable véritable entrepreneur : celui qui a une idée, un projet, qui y croit et sort ses tripes pour le réaliser. La plupart de mes associés sont déjà des patrons d’en- treprises, petites mais aussi plus grandes. L’un d’eux est même milliardaire. Mais tous ces gens ont construit leur fortune, ce ne sont pas des héritiers. Quand je discute avec eux de la manière avec laquelle je vois les choses, ils sont souvent un peu éton- nés de ma mentalité pour un sportif : pour moi, ce n’est le tout d’avoir 10, 15 ou 20 mil- lions. Cela permet d’être à l’abri, mais après ? Je n’ai pas envie de m’ennuyer. Bien sûr, après ma carrière, je pren- drai le temps de me reposer, de souffler, d’en profiter pen- dant un an ou deux les pieds sur la table (sic). Mais il me restera peut-être 50 ou 60 ans à vivre, et il va bien falloir que je trouve quelque chose
Dans quoi investissez- vous ?
Dans la pierre, les énergies renouvelables, la communi- cation, le marketing... Ma philosophie est celle du judo : j’ai une occasion, je la saisis. Je sais aussi ce que je peux ou ne peux pas faire. Ouvrir un restaurant, par exemple, n’est pas d’actualité. Cela pa- raît sympa, mais je n’ai pas le temps d’avoir les yeux des- sus. Pour mes activités, j’es- saie de m’entourer des meil- leurs et nous faisons des points de manière hebdomadaire ou mensuelle. Je veux savoir ce
sont des salles de sport. Je vais créer un réseau parce que je pense que c’est un marché sur lequel il est encore possible d’innover.
moi. Je n’ai pas besoin de montrer que je fais des choses à côté. J’ai envie de construire tranquillement... Bon en re- vanche la Bourse, c’est nul,
Comment décidez-vous de vous lancer dans une aventure ou pas ?
Le feeling... mais aussi la calculatrice. Je pars toujours
KEVIN STAUT, VICE-CHAMPION DU MONDE DE SAUT D’OBSTACLES
© Paco Lozano
existe des petites équipes d’ex- perts qui réfléchissent sur le sujet pour apporter leur contri- bution à des projets de loi ; ça, c’est intéressant ! Mais il est aussi très difficile de voir changer les choses, car un gouvernement en chasse un autre. C’est un peu la même histoire dans les fédérations. Les projets n’ont pas le temps de se structurer. Quand je vois qu’un établissement comme l’Insep est devenu privé, je ne peux que constater le dés- engagement de l’État.
L’Insep, le temple du sport français... Aujourd’hui, il est loué à des entreprises pour des congrès, nous ne nous sentons même plus chez nous. Moi, quand j’y suis entré, c’était notre village à nous, un lieu d’ef- fort, un symbole. Maintenant, je m’y sens presque agressé. On a désacralisé cette insti- tution, chacun vient y faire sa séance et puis repart. Il n’y a plus cet échange entre les différentes disciplines. C’est triste, parce que cela
pour m’occuper.
DÉC. / JANV.
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