Page 10 - EcoRéseau n°16
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n°16
PANORAMA Regard sur l’Actualité - Teddy Riner
« J’investis dans la pierre, les énergies renouvelables,
la communication, le marketing... »
Il fait partie des sportifs préférés des Français et affole les compteurs de son sport. À seulement 25 ans, le judoka est aussi pleinement entré dans les affaires, d'ailleurs lauréat du prix spécial des BFM Awards. Une polyvalence qui a attiré l’attention d’EcoRéseau, dont ce numéro est dévolu à ceux qui portent la double, voire la triple casquette.
2m04, 150kg (135kg au poids de forme), sept titres mondiaux, un titre olympique, 72 victoires consécutives, série en cours, pointure 49, 51cm de tour de bras, 2,2 millions d’occurrences de « Riner » sur Google... Et on en passe. Les chiffres et les superlatifs peuvent s’étirer à l’infini dès qu’il s’agit du colosse judoka. « Moi, ce qui me fait avancer c’est qu’après m’être en- traîné comme un dingue, et cela deux fois par jour, j’enchaîne sur des cours, des rendez-vous, des pro- jets... », prévient ce jeune homme drôle, malin, pressé aussi. Il dispose de 30 minutes pour notre interview, il en offrira le double. « Combien vous en vendez de ce mag ? C’est une vraie aventure d’entrepreneur ça ! La presse, c’est un monde qui est en train de changer. Mais il y aura toujours des gens pour s’intéresser au papier. D’ailleurs, c’est mon cas, vous ne me verrez jamais lire un journal sur ma tablette. J’ai toujours des journaux avec moi », lance-t-il en feuilletant le dernier ÉcoRéseau. L’homme s’intéresse, bon communicant sans avoir besoin d’en faire trop. Pourtant, voici long- temps que Teddy Riner a dépassé le cadre de son sport, plus encore que David Douillet, l’autre gentil géant du judo français, double champion olympique, y était parvenu avant lui. Car à 25 ans, un âge auquel son illustre aîné n’avait pas encore décroché de titre aux JO, Riner est déjà un entrepreneur qui s’affirme.
Teddy, vous vous définissez comme un compétiteur sur le ta- tami... Mais aussi en dehors, c’est bien cela ? D’abord, je le confesse, même si l’expérience et la maturité ont pris le dessus sur moi, je reste un gamin ! C’est ce qui me fait avancer, ce qui me fait me lever tous les matins. Parce que si je n’y croyais pas, si je n’avais pas cette envie d’aller m’amuser et de me dépasser, il y a un moment que j’aurais arrêté le judo. Mais j’aime être avec cette bande de potes à l’entraîne- ment, j’aime la complicité que j’ai avec Franck Cham- billy, mon entraîneur. C’est cela qui me motive : le goût du défi, le besoin de relever ceux que l’on me propose tous les jours. Je suis dans le défi permanent, sur tout, tout le temps. Si je peux marcher plus vite, si je peux être le premier à démarrer au feu, si je peux aller payer plus vite que vous la consommation que l’on vient de prendre...
Je vous en prie (rires) ! Ce n’est pas usant parfois ? C’est ma façon d’être. Ma psychologue me répète sou- vent d’arrêter de perdre de l’énergie inutilement. Mais c’est ce qui me permet de m’alimenter. En revanche, parier au tabac, cela ne m’in-
et je sentais la pression arriver. Il fallait y faire face. Je suis allé la solliciter avec l’aide de Paulette Fouillet, qui s’oc- cupait du suivi des athlètes pour la FFJudo. Nous avons mis un schéma en place que nous reproduisons toujours aujourd’hui et qui m’a appris à repousser la pression, à créer des routines qui me per- mettent d’être relâché : j’ai mon casque sur les oreilles, dans mon sac, j’ai toujours les mêmes aliments depuis 2004, qui sont parfois diffi- ciles à trouver car la marque a changé ou n’est plus distri- buée. De ce fait, quand je trouve le bon paquet de bon- bons, j’en achète six ou sept d’un coup !
Vous avez aussi une avocate...
Oui, Delphine Verheyden, spécialisée en droit du sport, qui décrypte les contrats et gère mes intérêts. Il y a aussi mon père, qui a longtemps géré le petit réseau des conseillers financiers, des banques, les relations avec Delphine et mes attachées de presse, le comptable... Il l’a
n’ai pas envie de me poser LA question – « que vas-tu faire demain ? » – dans les derniers moments de ma carrière sans avoir rien pré- paré. Ne serait-ce que parce que cela enlève énormément de pression sur les épaules et permet de se sentir libre
assez ses champions ?
S’il reste discret sur ses affaires, il apparaît comme di- rigeant de pas moins de sept entreprises en France. Depuis la création de Riner Judo Connexion en 2008, qui affichait un chiffre d’affaires de 1,72 million d’euros en 2013, il a créé Riner Judo Production (2009) pour gérer son image, puis Teddy Riner et YT10 pour ses lo- cations immobilières (2011), Distrisport (ventes par automates, 2012), TR Leader Group en 2013, une société holding et Riner Estate (immobilier) en juillet dernier. S’il a mis de côté un projet de campus univer- sitaire autour des nouvelles technologies (design, cinéma, etc.), il dit aussi avoir investi dans des secteurs d’activité très différents et possède une société d’événementiel domiciliée en Californie. Pas mal à 25 ans, avec une implication dans son sport qui ne faiblit pas. Combien pèse Teddy Riner ? Là encore, pas de confidences. Néanmoins, entre son salaire de club substantiel à Le- vallois, estimé à 10000 euros par mois, la bourse fédérale due au champion olympique de son rang, les primes à la performance pour les titres continentaux, mondiaux et olympiques versées par le Ministère et par son partenaire sportif Adidas avec qui il est en contrat depuis 2007, mais aussi ceux signés avec Coca-Cola via Powerade en 2011, le Cloud Watt fin 2012 à la sortie de son titre olympique, la Banque des Antilles Françaises, les Brioches Pasquier depuis 2013, les es- timations autour des deux millions d’euros annuels cir- culent. Et ce n’est pas fini. Une ascension impressionnante que semble vivre avec un sourire impavide cee judoka issu de son petit club du JC Bolivar, dans le 19 arron- dissement de Paris. Déjà une success-story.
En tout cas, il faudrait da- vantage d’accompagnement. Dans le judo, mais aussi dans de nombreux autres sports. En judo, nous avons des sa- laires convenables, avec une bourse de club et une aide fédérale en fonction de nos
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DÉC. / JANV.
En raison de mon jeune âge d’abord. Sur le plan sportif, j’étais également toujours sur- classé : on comptait sur moi
téresse pas.
presque agressé
dans la tête. Et encore, j’ai la chance d’avoir des par- tenaires et de gagner ma vie. Mais certains n’ont pas cette chance. Ils donnent tout pendant dix ans pour représenter la France, mais se trouvent dans des situa- tions difficiles au quotidien et parfois plus encore après leur carrière.
Vous voulez dire que la France ne reconnaît pas
De quelle manière vous êtes-vous entouré, vous qui étiez champion du monde à seulement
18 ans ?
De ma psychologue d’abord. Meriem Salmi me suit depuis 2004 lorsque je suis entré à
très bien fait, mais j’ai repris l’entreprise et je gère désor- mais la société, qui exploite mon image et mes partena- riats.
Vous avez aussi créé d’autres structures, non ? Oui, j’ai pris part dans d’au- tres sociétés. Je suis en train de me construire sur le plan entrepreneuriat. Je répète souvent à mes amis, du mi- lieu du judo notamment : je
résultats, mais regardez dans des sports olympiques comme la gym, la lutte, la boxe... Je vois des athlètes qui s’entraî- nent toute l’année durant une décennie et qui vivent avec 1000 euros par mois, et sans formation qui leur assurerait un travail stable à l’issue de leur carrière. Le haut niveau, c’est un choix personnel, mais c’est aussi la France qui brille à travers eux, et notre pays ne peut pas fuir cette respon-
l’Insep à l’âge de 15 ans.
Pourquoi ce choix ?
Quand je suis entré à l’Insep, c’était
notre village à nous, un lieu d’effort,
un symbole. Maintenant, je m’y sens


































































































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