Page 62 - EcoRéseau n°15
P. 62
www.ecoreseau.fr
n°15
RH & FORMATION Réseaux & Influences - Les réseaux régionaux
Du folklore aux affaires
Loin des clichés, les réseaux régionaux ne fédèrent pas seulement des amateurs de biniou ou des Fdanseurs de bourrée. Bretons, Auvergnats ou Savoyards exilés peuvent bénéficier d’un coup de pouce
de leur diaspora pour faire des affaires. Focus sur les associations régionales, d’hier à aujourd’hui.
ondateur du réseau faire des études ; sur les chan- en avant leur savoir-faire, en breton BZH Network, tiers et dans les cuisines, ils France ou à l’étranger : Stéphane Péan se re- ont laissé la place aux immi- « Nous avons notamment fait
trouve propulsé à Tokyo de grés d’aujourd’hui. Désor- la promotion d’une marque
par son job en 2005. Mais ce Malouin d’origine ne veut pas se couper de ses racines. « A l’époque, c’était l’émer- gence des réseaux sociaux, explique-t-il. Sur Viadeo, à l’époque Viaduc, j’ai cherché des gens de ma région et tout a commencé comme ça. » Très vite, Stéphane Péan réus- sit à réunir pas moins d’une cinquantaine de Bretons ex- patriés au Japon et fonde son association quelques mois après. « Nous ne voulions pas seulement faire du cul- turel, explique-t-il. Nous sou- haitions monter un réseau économique pour faciliter les échanges et promouvoir la Bretagne. C’est parti du Ja- pon, puis j’ai été contacté par des Bretons en France et à l’étranger à New York, Moscou... » Aujourd’hui, l’association revendique 6000 membres sur Viadeo et 2800 sur Facebook.
mais, les associations se consacrent principalement à faire vivre le patrimoine cul- turel de leur région. Toutefois, les occasions de parler business demeurent. « Lors des repas que nous organisons, nous apprenons qui a une affaire à vendre, qui embauche, confirme Gé- rard Paloc. Je connais deux frères qui ont ainsi repris la brasserie d’un Auvergnat partant à la retraite. »
cosmétique bretonne au Ja- pon », indique Stéphane Péan.
UNE LONGUE HISTOIRE
Les réseaux régionaux ne sont pas nés d’hier. Leur his- toire débute au XIXe siècle avec l’émigration massive vers les grandes villes – Paris en premier lieu – pour y trou- ver du travail, de Bretons, Auvergnats, Savoyards... Près de 1,5 million de Fran- ciliens seraient d’origine bre- tonne, 500000 auvergnate. Pour s’entraider, les nouveaux arrivants créent amicales et associations, dont une bonne partie subsiste encore au- jourd’hui. A Paris, les Au- vergnats animeraient encore 250 associations, contre une cinquantaine seulement pour les Bretons.
Parmi ces immigrés de l’an- cien temps, les Aveyronnais. « Ceux-ci ont d’abord fait les boulots les plus rudes : porteurs d’eau, cochers de fiacre..., indique Gérard Pa- loc, président de la Fédération des amicales aveyronnaises. A l’instar des immigrés d’au-
Au moins le club des Basques de Paris ne perd jamais ses balles de golf...
La tradition d’entraide en di- rection des jeunes perdure. A l’instar du Foyer savoyard de Paris, créé en 1933. « No- tre souci est d’aider ceux qui montent sur Paris, explique Maurice Vallet, le président de l’association. Nous les conseillons sur les quartiers où habiter, nous leur donnons de bonnes adresses de foyers. Nous pouvons aussi les aider à trouver un stage. » Fonc- tionnant par adhésion, l’as- sociation compte aujourd’hui 300 à 400 personnes. Contrairement à ce que son nom indique, le Foyer sa- voyard ne propose pas de lo- gements pour les jeunes tra- vailleurs. D’autres réseaux régionaux le font. L’associa- tion « L’Oustal des Avey- ronnais de Paris » met à la disposition des jeunes Rouer- gats des studios situés dans l’immeuble éponyme, dans le 12e arrondissement. Les arrivants de Lozère, de l’Aveyron ou du Cantal peu- vent aussi bénéficier de lo- gements au sein du Foyer des jeunes travailleurs de la Cité des Fleurs, situé dans le 17e arrondissement de Paris. La solidarité est aussi finan- cière : les Aveyronnais ont leur banque, la Compagnie aveyronnaise de services et de gestion (Caseg). « Elle travaille presque exclusive- ment avec des Aveyronnais », indique Gérard Paloc.
ANCIENS VS MODERNES
Vieilles de plus d’un siècle, beaucoup d’associations ré- gionales peinent à se renou- veler et voient l’âge de leurs adhérents augmenter. « Avant Internet, les jeunes s’adres- saient à moi pour que je les aide ; aujourd’hui, c’est en dernier recours », déplore Maurice Vallet. C’est parce qu’il jugeait dé- passées les amicales histo- riques que Stéphane Péan a décidé de monter son propre réseau. « On ne voulait pas se contenter du folklore et des crêpes, comme les vieilles associations, explique-t-il. Nous souhaitons monter un réseau économique. » Comme BZH Network, une nouvelle génération de ré- seaux régionaux a vu le jour, plus orientés business et dé- passant les frontières. A l’ins- tar du réseau Racines Sud, qui regroupe les Languedo- ciens expatriés dans le monde, ou encore de l’As- sociation des cadres bretons (ACB), qui vise à favoriser le développement écono- mique de la Bretagne en fé- dérant des Bretons aussi bien en France qu’à l’international. Pour ne pas se laisser dépas- ser, il est nécessaire que les associations historiques s’adaptent au changement d’époque, estime Gérard Pa- loc : « Les jeunes gardent la
62 NOVEMBRE 2014
jourd’hui, les Aveyronnais ont connu la barrière de la langue et les différences de mœurs. Peu à peu, ils sont devenus brasseurs et bistro-
compter sur ses pairs, car cela se saurait su s’ils tra- vaillaient mal. »
D’où cette tradition des « mé- tiers réservés », ces affaires
le feu des projecteurs suite à l’affaire des œuvres d’art vo- lées en 2010, les « cols rouges » savoyards de l’hôtel Drouot se transmettaient entre
Les jeunes gardent la fibre régionale, mais l’expriment désormais sur les réseaux sociaux
ais l’ex-
tiers. » Les nouveaux venus transmises par bouche-à- eux leur charge de commis- peuvent heureusement comp- oreille entre membres d’une sionnaire suite à un privilège ter sur le soutien de leur com- même communauté. Les accordé par Napoléon III. munauté. « Dès qu’un Avey- « Bougnats » possèderaient
fibre régionale, m. priment désormais sur les réseaux sociaux, observe-t- il. Nous avons donc organisé une rencontre avec un groupe créé spontanément sur Lin- kedIn, comptant un peu plus de 200 membres. » L’avenir des associations se tisse dés- ormais sur la Toile.
ronnais s’installait, il se tour- encore 60% des brasseries TRADITION
nait vers les gens du pays parisiennes, soutenus par les D’ENTRAIDE
pour trouver du fournisseurs historiques, tous Mais les temps ont changé. personnel, explique Gérard d’origine auvergnate : Tafa- Aujourd’hui, les jeunes pro- Paloc. Il savait qu’il pouvait nel, Bertrand et Richard. Sous vinciaux vont en ville pour
Les réseaux régionaux per- mettent également aux en- treprises locales de mettre
Catherine Quignon

